« Est-ce que stabiliser la Pac, c’est vraiment rendre service aux agriculteurs, à la France et à la planète ? » C’est la question posée au ministre de l’Agriculture par Dominique Potier et également par plusieurs députés de la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, le 19 mai 2021.

Attaqué sur son niveau d’ambition pour la future politique agricole commune par plusieurs députés, Julien Denormandie a défendu point par point sa position. Il estime que ce n’est pas un manque d’ambition de défendre la stabilité des enveloppes. « C’est plus courageux de dire : on stabilise les transferts, précisément car ils n’ont pas eu les effets escomptés », argumente-t-il, citant le manque d’effet des transferts d’enveloppe vers les filières d’élevage lors des dernières réformes.

Trop de transferts massifs

« La Pac est revue tous les sept ans, et tous les sept ans notre pays a pris une habitude, c’est de faire des transferts massifs », a expliqué le ministre, soulignant que pour lui ce n’est pas « le bon angle ». Il estime que la seule finalité de la Pac n’est pas le revenu. Ce dernier doit être porté par « la vente », sujet qui sera bientôt débattu à l’Assemblée nationale, avec la proposition de loi de Grégory Besson-Moreau qui vise à mieux encadrer les relations commerciales entre producteurs, transformateurs et distributeurs.

> À lire aussi : Négociations commerciales : la proposition de loi pour renforcer la loi Egalim est dans les tuyaux (15/04/2021)

De « sacrés » choix

Pour le ministre de l’Agriculture, les choix qui vont être faits sur les aides couplées animales, sur le financement du second pilier, sur l’agriculture bio et sur le soutien à la filière des protéines végétales montrent une forte ambition du gouvernement.

Il estime que la réforme qui est en train de se jouer sur les aides couplées bovines, avec la « mécanique des UGB » est une « sacrée réforme », que si le gouvernement réussit à abonder les 700 millions d’euros supplémentaires nécessaires pour maintenir l’enveloppe du second pilier de 2023 à 2027, « c’est qu’il y aune sacrée ambition ».

Pour financer des protéines ajoute-t-il, il faudra « faire un choix politique très fort » car cela revient à réduire les fonds sur une autre enveloppe d’aide couplée.

Sur l’agriculture bio, il argumente une augmentation du budget de 250 à 340 millions d’euros. Le ministre n’a en tout cas pas convaincu la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab) de son ambition, rapporte l’AFP. Elle estime que l’enveloppe promise par ce dernier est « gonflée par les aides à la conversion, seulement touchées par ceux qui se lancent dans le bio » et pas par les producteurs déjà convertis.

Les réactions des syndicats agricoles ne se feront pas attendre. Julien Denormandie doit leur présenter demain, le vendredi 21 mai 2021, les premiers arbitrages sur le plan stratégique national.

> À lire aussi : ICHN, MAEC, bio : les scénarios du ministère pour le second pilier de la Pac (05/05/2021)

Marie Salset