Sur les marches de l’Opéra-Bastille à Paris, Damien Londiveau, de l’association Combat Monsanto, appelle par mégaphone à « engager un changement global de société » via la négociation d’une « nouvelle Pac » (politique agricole commune), devant une centaine de personnes de tous âges. « La mobilisation est nécessaire » pour « un rapport de force » dans la négociation, explique-t-il.

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La négociation arrive dans la dernière ligne droite

Tom Baquerre, également de Combat Monsanto, se dit « satisfait » de cette mobilisation « malgré le contexte sanitaire très difficile ». « La Pac détermine les sept prochaines années de l’agriculture et de l’alimentation françaises, on ne peut pas laisser passer ce moment-là. »

Les ministres européens de l’Agriculture se réunissent ce lundi 19 et ce mardi 20 octobre 2020 pour tenter de trouver une majorité qualifiée sur un ensemble de trois textes cruciaux qui détermineront la prochaine Pac.

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Le Parlement examine les mêmes textes à partir de mardi. Ensuite, le « trilogue » (conseil européen, Parlement et Commission) devra trancher entre la fin de 2020 et le début de 2021 pour définir les règles qui s’appliqueront à partir du 1er janvier 2023.

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Mobilisation générale

Un peu partout en France, des actions ont eu lieu samedi sous le slogan « Notre assiette pour demain », à l’appel notamment d’Attac, Générations Futures, Terre Solidaire, Combat Monsanto, Objectif Zéro OGM ou encore la Fédération nationale d’agriculture biologique.

À Lille, une centaine de personnes étaient réunies. Drapeau de la Confédération paysanne sur l’épaule, Antoine Jean, producteur de lait à Nomain (Nord), a dénoncé au micro « la course permanente à l’agrandissement des fermes » à cause des aides à l’hectare de la Pac.

« Je suis installé paysan depuis 30 ans et j’ai l’impression de vivre toujours le même combat », lance Antoine Jean. Cet éleveur adhérent de la Confédération paysanne estime que « la Pac peut changer les choses de manière importante ces prochaines années ».

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« Nous sommes tous des mangeurs »

À Bordeaux, des bottes de foin et cagettes de légumes d’automne ont été déposées sur les pavés de la place de la Bourse, où quelques dizaines de militants s’étaient rassemblées. « Nous sommes tous des mangeurs, donc nous avons tous notre mot à dire sur la façon dont on va se nourrir, cette parole n’appartient pas qu’à la FNSEA », dit à Sylvie Nony, porte-parole du collectif Notre assiette pour demain en Gironde.

Chauffeur de bus de 53 ans, Éric Payen est venu pour l’occasion en « Amish », le dress code de la journée, « pour tourner en dérision les propos du président Emmanuel Macron » sur les opposants à la 5G. Comme lui, des militants avaient ressorti des malles chapeaux de paille, vestons, fichus et grands jupons.

« On nous prend pour des ringards »

« Nous revendiquons une agriculture saine pour l’homme dans le respect de la biodiversité, dit ce militant d’ANV COP 21 en Gironde. J’ai mon portable bien sûr, mais nous sommes contre le déploiement de la 5G alors que les études de nocivité et non-nocivité n’ont pas encore été rendues. On nous prend pour des ringards, mais nous sommes à l’avant-garde quand nous disons qu’il faut changer de vitesse […], nous sommes pour le progrès dans les limites acceptées par notre planète », explique-t-il.

« Nous demandons une réforme en profondeur de la Pac qui commencera en 2023 pour transformer la façon dont nous nous alimenterons demain », avait indiqué vendredi Mathieu Courgeau, paysan et président de la plateforme française « Pour une autre Pac », qui réunit 43 organisations, dont Les Amis de la Terre, la Confédération paysanne, Attac, Slow Food, WWF ou la Ligue de protection des oiseaux (LPO).

AFP