Afin d’endiguer la propagation du virus, le ministère de l’Agriculture a annoncé jeudi 20 janvier 2022 l’abattage de 1,3 million de canards et volailles durant les trois prochaines semaines, dans le sud des Landes principalement, mais aussi l’ouest du Gers et le nord des Pyrénées-Atlantiques. Ce qui pourrait porter à 2,5 millions le total d’animaux abattus, principalement de canards, contre 3,5 millions l’hiver passé.

« On est désespérés. Le moral des agriculteurs n’est pas bon », assure Hervé Dupouy, éleveur à la tête de la section des palmipèdes de la FDSEA locale, et dont la ferme fut parmi les premières touchées et vidées dans la zone. Après quatre mois de production gelée l’an passé, la reprise d’activité n’est espérée, au mieux, que le 15 avril, estime-t-il.

Depuis 2015, c’est la quatrième fois que la grippe aviaire oblige les éleveurs du Sud-Ouest à vider temporairement leur élevage pour éradiquer la maladie.

De lourds investissements sans résultat

Cette année pour éviter le drame, les 1 100 éleveurs landais, dont 850 spécialisés dans le canard, avaient mis en place des mesures drastiques, comme la mise sous abri permanente de ces animaux.

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« On a fait 45 000 euros de travaux, on a agrandi les bâtiments, on a installé des abreuvoirs à l’intérieur, on a cimenté tous les tunnels… », détaille Thierry Dezès, éleveur de 43 ans basé à Baigts dans le sud des Landes.

Pour cet agriculteur-éleveur en « autarcie totale » ces mesures « n’ont strictement rien apporté ». « Je ne vois pas ce qu’on peut faire de plus », s’interroge-t-il après avoir mis deux employés en chômage partiel et vivant temporairement sur les revenus de son épouse, qui travaille à l’extérieur.

Pour Marie-Hélène Cazaubon, éleveuse et présidente de la chambre d’agriculture, « le sentiment d’injustice est immense » après les efforts consentis par la profession. Les mesures de biosécurité « il ne faut pas les remettre en cause car c’est cela qui permettra de repartir demain », ajoute-t-elle. Elle attend en outre le verdict des épidémiologistes de l’Anses (l’Agence nationale de sécurité sanitaire) dépêchés sur place pour connaître le mode de propagation du virus.

L’espoir de la vaccination

Pour le Modef, syndicat minoritaire et historiquement opposé à la mise à l’abri des canards et à « la densification des élevages », la situation est « dramatique ».

Cette année, « les petits producteurs ont joué le jeu », indique sa porte-parole locale Mélanie Martin. Mais « les mesures de claustration n’ont servi à rien ». Comme les autres syndicats, elle appelle à une campagne de vaccination, encore à l’étude, et à « un changement des règles au niveau européen » pour homologuer l’exportation de volailles vaccinées.

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Pour Joël Cabannes, éleveur à Mugron, seules deux solutions se profilent à l’avenir : « la limitation des mouvements de personnes et du nombre de canards, et le vaccin ». Sans cela, « on ne s’en sortira pas », juge cet éleveur en circuit court, « abattu » par la situation à tel point que trois jeunes de la famille se posent la question de leur future reprise de l’exploitation familiale.

Selon l’interprofession du foie gras, le Cifog, plus de 30 000 familles vivent du foie gras, générant 100 000 emplois directs et indirects en France, dont une grande majorité dans le Sud-Ouest.

Avec l’AFP