Les nouvelles mesures de prévention obligatoire pour éviter une nouvelle épizootie d’influenza aviaire inquiètent fortement la Confédération paysanne et le Modef. Le point sensible : la fin de la dérogation à la claustration pour les élevages de moins de 3 200 volailles. Ainsi lors de périodes à risque, la mise à l’abri concernera l’ensemble des élevages, avec maintien de la mention « plein air » : une aberration et une tromperie pour le consommateur, estiment les deux syndicats.

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Pour sensibiliser les consommateurs et les inclure dans le combat, une dizaine d’éleveurs de volailles, venus de toute la France, a investi la place de la République à Paris le 14 octobre 2021 pour la vente symbolique de dix mille « derniers œufs plein air ».

Une dizaine d’éleveurs s’est réunie le 14 octobre 2021 à Paris pour organiser la vente symbolique des derniers œufs de plein air. © Raphaëlle Borget

« Ces arrêtés tuent littéralement le plein air »

« Cette nouvelle réglementation va complètement à l’encontre de la demande sociale, insiste Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne. Monsieur Macron nous parle d’une troisième révolution agricole, basée sur le numérique, la robotique et la génétique. Mais c’est une révolution paysanne dont nous avons besoin. »

« Ces arrêtés tuent littéralement l’élevage de plein air de qualité, ajoute-t-il. Mais on poursuivra notre lutte, au niveau national comme local, pour les remettre en cause ».

30 % des éleveurs de plein air menacés

La Confédération paysanne table sur une disparition de 30 % des éleveurs et éleveuses de volailles de plein air du fait de cette « réglementation assassine ». « Certains arrêteront, d’autres enfreindront les règles », regrette Nicolas Girod.

Pierre Dufour, éleveur de canards gras dans le Lot, fera partie de la résistance. « Jamais je ne claustrerai mes volailles, j’irai au tribunal, et j’ai les arguments pour me défendre », clame-t-il à La France Agricole.

« Les causes de la crise, on les connaît. Il y a eu des rapports scientifiques : ce sont les transports toujours plus nombreux, la segmentation de la production, les densités d’élevage toujours plus élevées, et de manière générale, l’industrialisation de la filière, et non les petits producteurs de plein air en totale autarcie. Mais rien n’est fait pour changer le modèle. On n’a pas assez de puissance », dénonce-t-il.

Des propositions balayées

Les réunions de travail pour l’élaboration de la feuille de route sur laquelle se base la nouvelle réglementation n’avaient pas satisfait les deux syndicats. « On a proposé beaucoup de solutions mais rien n’a été entendu. On a signé cette feuille de route, un peu sous pression, en émettant toutefois des réserves. Celles-ci n’ont pas du tout été prises en compte », regrettent-ils.

« La claustration a été posée comme la solution unique. Malgré toutes les réunions et les groupes de travail, nous n’avons pas réussi à faire sortir la DGAL, Direction générale de l’alimentation, de cette logique », analyse Caroline Nugues, chargée de communication à la Confédération paysanne.

L’accord interprofessionnel du Cifog (interprofession des palmipèdes à foie gras), qui devrait compléter les nouvelles mesures, est « encore plus préjudiciable », s’inquiètent les syndicats.

Raphaëlle Borget