Lors d’une conférence le 18 janvier 2022, Laurent Grandin, président d’Interfel (1), a fait état d’un « vrai décrochage » de la consommation des fruits et légumes bio : la baisse en volume serait de l’ordre de 10 % à la fin d'octobre sur un an, selon FranceAgriMer. « C’est considérable, au regard des vingt dernières années d’évolution positive et constante », souligne-t-il.

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Des pommes bio sans débouché

Le secteur des fruits, et de la pomme en particulier, avait déjà signalé un engorgement, de plus en plus de pommes bio ne trouvant pas de débouchés. « Nous avons été les premiers, l’an dernier, à alerter le ministre de l’Agriculture sur ce sujet : l’offre est beaucoup soutenue, mais c’est la demande qui nous préoccupe. On est en train d’envoyer des producteurs dans le mur, comme on le constate aussi dans le secteur du lait et des œufs », déplore Laurent Grandin.

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Pressions budgétaires

La consommation dans le secteur conventionnel a, quant à elle, progressé de 5 % l’an dernier. « Le marché s’est construit autour des historiques du bio, auxquels s’est ajoutée une population, notamment dans la grande distribution, pour atteindre 8 % des volumes consommés de fruits et légumes en France », rappelle Laurent Grandin.

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Selon lui, face aux pressions sur les budgets (hausse du coût de l’énergie…), la part des consommateurs qui avait été gagnée sur les classes moyennes se serait « rétractée ». « Une récente enquête publique montre que 75 % des Français sont préoccupés par le pouvoir d’achat. Ces craintes sur le budget résiduel ne concourent pas à porter les fruits et légumes, et particulièrement le bio », argumente-il.

Crise d’identité

Le président d’Interfel soulève par ailleurs un « problème d’identité » des produits issus de l’agriculture biologique. « Le local, le « sans pesticides », et autres enjeux sociétaux qui interpellent aujourd’hui n’ont pas, ou insuffisamment, été pris en compte, estime-t-il. Les ingrédients qui constituent la bio ne sont plus suffisants pour ouvrir la demande. »

Le ministère a accordé à l’Agence bio des moyens pour mettre en place une communication transversale, de nombreuses filières étant touchées par la baisse de la demande. Interfel a prévu d’accompagner ce dispositif par une communication spécifique au bio, dans l’espoir d’endiguer le recul. Elle devrait être enclenchée « dans le courant de février ».

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La loi Egalim ne sauvera pas la filière

Les 20 % de bio dans la restauration collective prévus par la loi Egalim ne « sauveront pas la filière, affirme Laurent Grandin. Je voudrais rappeler que la restauration dans son ensemble (commerciale et collective) pèse 10 % dans notre secteur. La restauration collective représente 5 % des volumes de fruits et légumes, et 0,5 % en bio. Cela ne sauvera pas la situation de recul. »

Justine Papin

(1) Interprofession des fruits et légumes frais.