Dirigé par François Bayrou, le Haut-commissariat au plan, organe de réflexion prospective du gouvernement, a analysé dans un rapport publié le 21 octobre 2021, les forces et les faiblesses de l’agriculture française face aux évolutions de la consommation alimentaire française et mondiale.

Il estime « qu’il ne serait pas crédible d’imaginer les productions de demain sans prendre en compte l’évolution des marchés alimentaires internationaux et nationaux », ajoutant que « les régimes et comportements des consommateurs orientent de plus en plus l’offre ».

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Une place à prendre à l’exportation pour le lait, les céréales et les vins

Si les consommations de produits laitiers, de céréales et boissons alcoolisées baissent ou stagnent en France depuis plusieurs années, elles devraient augmenter au niveau mondial à l’avenir.

La consommation de céréales devrait s’accroître de plus de 1 % par an d’ici à la fin des années 2020, selon la FAO, de même que celle de produits laitiers, détaille le rapport. La consommation de vin est en hausse « plus ou moins continue », de 8 % sur la période allant de 2000 à 2016, portée par la Chine.

Le Haut-commissariat au plan considère donc que la place de la France en tant qu’exportateur majeur pour ces trois filières est un atout pour répondre à cette demande. Selon le rapport, la France est :

  • Le deuxième producteur européen et le quatrième exportateur mondial de lait ;
  • Le troisième exportateur mondial de céréales ;
  • Le premier exportateur mondial dans la catégorie vins et spiritueux.

Renforcer la place des fruits et légumes français

À l’inverse, la filière des fruits et légumes a une carte à jouer sur le marché français, mais n’est pas armée pour cela, regrette le Haut-commissariat au plan. Ce dernier déplore l’augmentation du déficit commercial du secteur (les importations sont supérieures aux exportations) depuis plusieurs années.

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Le déficit a atteint 5,9 milliards d’euros en 2019, alors que la végétalisation des repas est une tendance forte identifiée pour les années à venir. Le Haut-commissariat au plan s’interroge donc concernant « l’évolution de la compétitivité de la filière française des fruits et légumes » face à ce constat d’augmentation probable de la demande.

Selon le rapport, la surface du verger français a reculé de 195 000 ha en 2 000 à 171 000 ha en 2019 (−12 %), alors que la production de fruits a chuté « de 3,7 millions de tonnes en 2000 à 2,3 millions de tonnes en 2018, loin derrière les productions espagnole et italienne (respectivement 11,4 et 9,4 millions de tonnes), mais également derrière les productions grecque et polonaise (3,7 et 3,5 millions de tonnes) ».

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Davantage de production bio française

Même son de cloche pour les produits issus de l’agriculture biologique (AB). La production française ne couvrirait que 67 % de la demande en volume. Le Haut-commissariat au plan rappelle que « bien qu’elle connaisse un ralentissement, la consommation de produits bio en France continue de bénéficier d’une croissance à deux chiffres, +10,4 % en 2020 par rapport à 2019 », et que le marché alimentaire bio mondial a plus que septuplé en vingt ans, dépassant 112,3 milliards d’euros en 2019.

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« Avant de s’interroger sur la possibilité pour les secteurs concernés de se projeter à l’exportation, l’augmentation de la production devrait être dirigée en priorité vers la satisfaction de la demande nationale », conclut le Haut-commissariat au plan, ciblant principalement les filières des fruits et légumes, et des produits issus de l’agriculture biologique.

Attention cependant, cette analyse du Haut-commissariat au plan est globale, et notamment pour certaines filières en agriculture biologique, ne tient pas forcément compte des situations individuelles, telle que celle de la filière du lait, qui fait face actuellement à une situation de surproduction.

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Marie Salset