Selon Vincent Guérin, de l’Association nationale pommes poires (ANPP), le marché de la pomme de table est de 86 000 tonnes en 2019, dont 9 000 tonnes d’importation. 5 500 hectares sont certifiés en 2019 et 3 600 sont en conversion, soit une augmentation de 66 % en trois ans. La consommation progresse (+ 6,8 % par an), mais pas aussi rapidement que la production. « Nous sommes face à deux rythmes avec des risques de surproduction », indique l’expert.

Cet avis est partagé par Philippe Sfiligoï, secrétaire national fruits de la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab), dont la crainte est de voir des producteurs ne préparant pas le marché en amont, le résultat étant une déstabilisation de ce dernier. « Il ne faut pas aller trop vite et construire avec la filière », conseille-t-il.

Vincent Guérin estime que les solutions sont dans le soutien à la consommation, le développement de la demande chez les transformateurs, le ciblage de variétés adaptées et le marché de l’export. Du côté de la Fnab, un travail est engagé pour construire un prix de revient moyen tenant compte de la variabilité de la production. « Nous sensibilisons la filière et les producteurs à ce calcul », précise Philippe Sfiligoï.

C.  Salmon et S. Bergot

Témoignage
« J’ai diversifié ma production et mes modes de commercialisation » Peggy Ducrey, arboricultrice à Saint-Hilaire-Saint-Mesmin (Loiret)

« Je gère une exploitation de 12,5 ha près d’Orléans, dont 8,5 ha de pommes à couteau, poires, pêches et cerises. Je me suis installée en 2013 dans le cadre d’une reprise, et le passage au bio fut progressif pour me sécuriser. J’ai plusieurs circuits de commercialisation et je travaille avec Biocoop sous la marque Bio cohérence, ce qui me permet de me démarquer et de défendre mes prix dans un contexte de conversion massive dans d’autres régions. Le commerce équitable est également engagé avec ce distributeur. Tout n’est pas rose, mais nous sommes correctement rémunérés (en pommes, le prix producteur est de 1,70 à 2 €/kg chez Biocoop et à 3 €/kg en vente directe).

Pour une petite structure comme la mienne, la diversification des cultures et des débouchés est nécessaire. Des points de vigilance sont à souligner : aléas climatiques (gel) et gestion plus complexe de la main-d’œuvre et des ventes du fait de la variabilité des rendements. »