« En Amérique latine, la situation est très préoccupante, notamment dans le sud du Brésil », estime Marc Zribi, chef de l’unité des grains et du sucre de FranceAgriMer. La sécheresse qui règne actuellement sur de grandes zones de production de maïs est historique : « Cette situation n’a pas été connue depuis le début des années 2000 », appuie Marc Zribi. FranceAgriMer estime que la plupart des régions cultivées du Brésil devraient rester en déficit hydrique sévère jusqu’à la fin du mois de mai 2021. Cela participe à la hausse des cours mondiaux des céréales.

Une estimation de production très attendue

Les opérateurs attendent avec impatience le prochain rapport du ministère de l’Agriculture des États-Unis (USDA) qui doit paraître jeudi. « Le gros point d’interrogation, c’est notamment le niveau de la baisse de la seconde récolte brésilienne de maïs, estime Marc Zribi. Il pourrait atteindre dix millions de tonnes par rapport aux estimations antérieures. »

En Amérique du Nord, la situation devrait s’améliorer avec des conditions humides attendues dans les prochains jours aux États-Unis. Les conditions de culture en mer Noire sont également surveillées, avec un risque de temps sec et chaud.

Des terres abandonnées en Algérie

Sur le pourtour méditerranéen, les conditions de cultures sont contrastées, mais une sécheresse est observée sur une large partie du Maghreb. Les craintes se portent essentiellement sur la production algérienne, pays dans lequel les semis ont été compliqués. « Certaines zones de culture ont été abandonnées », précise Paul le Bideau, chargé d’études économiques au sein de l’unité des grains et du sucre. La situation reste également incertaine pour plusieurs autres zones, telles que le centre de la Turquie ou le nord de la Grèce.

En revanche, la situation semble plus prometteuse au Liban, en Tunisie, en Espagne, au Portugal et au Maroc. Un rebond de la production de céréales dans ce pays est même attendu, après deux années de sécheresse importante. Elle est ainsi prévue à un record de 9,8 millions de tonnes (Mt), dont 7,2 Mt de blé et 2,6 Mt d’orge.

L’ouest et le centre de l’Europe manquent d’eau

Dans l’Union européenne, Paul le Bideau souligne un déficit pluviométrique marqué sur l’Europe occidentale et centrale. Dans son dernier bulletin, la Commission européenne estimait que les mois de mars et d’avril avaient été « assez secs, avec un déficit de précipitations compris entre 50 % et 80 % » sur ces zones (Espagne, Portugal, centre et sud de la France, sud du Royaume-Uni, Italie, sud de l’Allemagne, Autriche, République tchèque et Hongrie).

En France, dégradation des conditions de cultures

En France, les conditions de cultures se sont dégradées. Par exemple sur l’ensemble du territoire, la part des blés en conditions « bonne à très bonne » (B + TB) a chuté de 8 points au cours du mois d’avril, selon Céré’Obs (–12 points en blé dur). « Le gel a peu impacté les céréales à paille, ou localement sur des cultures en avance, explique Catherine Cauchard, responsable de l’observatoire. Cela s’explique principalement par le stress hydrique. Les conditions se sont dégradées ces dernières semaines, avant de se stabiliser avec le retour des précipitations ».

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Le nord de la Loire est peu impacté, contrairement au sud-ouest de l’Hexagone. La part de conditions de cultures B + TB y est très basse (53 % par exemple en Aquitaine). « Dans le Centre, la situation est intermédiaire, avec des conditions qui commencent à décrocher sur les petites terres », souligne Catherine Cauchard.

Difficile valorisation des apports azotés

Toutefois, les moyennes françaises de conditions de culture B + TB des céréales à paille à ce jour sont proches des niveaux observés ces dernières années, et meilleures que l’année dernière.

Sur le maïs, le manque d’eau a rendu les levées hétérogènes, entraînant des dégâts de ravageurs (corvidés, sangliers…). « Le manque de précipitations a également compliqué les interventions comme les apports d’azote et le désherbage, complète Catherine Cauchard. Certains agriculteurs ont démarré l’irrigation pour valoriser les apports d’engrais, favoriser la levée des cultures d’été, ou limiter l’impact du stress hydrique. »

Hélène Parisot