La situation brésilienne, la publication de stocks bas dans plusieurs régions du monde et la demande en huile font encore grimper les prix. Pour l’ensemble des oléagineux, mais surtout pour les céréales, les cours restent toutefois très tributaires de la situation du maïs.

Hausse des prix du blé en nouvelle récolte, baisse pour l’ancienne

Le mouvement des prix est inverse à celui de la semaine dernière : les prix du blé de la nouvelle récolte grimpent alors que ceux de l’ancienne lâchent du lest. Ce vendredi 7 mai 2021 au matin, le prix du blé en 2020 s’élevait à 229 €/t rendu Rouen (base : juillet), soit presque 7 €/t de moins que la semaine dernière, malgré une remontée depuis mercredi, où les prix étaient descendus à 221 €/t.

Cette baisse correspond à une activité assez modérée à l’exportation et reflète aussi l’arrivée des pluies dans plusieurs régions françaises et la prévision de nouvelles précipitations pour la semaine prochaine.

Malgré tout, l’amélioration des conditions météo n’a pas suffi à faire baisser les prix de la nouvelle récolte qui gagnent, eux, plus de 11 €/t à Rouen cette semaine, à 230 €/t. Ils sont actuellement influencés par trois éléments principaux :

Premièrement, le maïs continue de tirer le blé vers le haut. Les nouvelles dégradations des perspectives de la production de maïs au Brésil (qui arrivera juste avant l’été) enflamment les prix mondiaux et influencent également les prix du blé, partout dans le monde.

Deuxièmement, quelques alertes — légères — ont émergé en Russie : la situation des blés d’hiver dans le centre est vraiment mauvaise, et le déroulement des semis de printemps se fait très lentement. Ce qui vient, pour le moment, conforter un niveau de récolte de blé moyen pour 2021 inférieur à 80 millions de tonnes, comme nous le prévoyons depuis plusieurs semaines.

L’analyste russe Ikar a annoncé hier la baisse de son estimation de 79,5 à 79 millions de tonnes. Cette évolution est perçue plutôt comme une nouvelle haussière. En Russie encore, le ministère a publié les statistiques de stocks à la fin de mars 2021 : ces derniers sont bas à cause du rythme très dynamique des exportations de janvier et de février.

Même s’ils ne sont pas exhaustifs, ces stocks permettent d’entrevoir une situation du blé proche d’un équilibre fragile en fin de campagne (aucune lourdeur), ce qui indique probablement des utilisations intérieures un peu plus fortes qu’escompté. Dans ce contexte, les prix russes ont gagné plus de 10 $/t en ancienne récolte et 5 $/t en nouvelle et cela a aussi contribué à la hausse des prix français de la récolte de 2021.

Troisièmement, les conditions sèches persistent dans l’ouest du Canada et les plaines du nord aux États-Unis. Elles restent scrutées de près. Elles seront décisives pour les semis. L’ampleur des récoltes de 2021 dans cette région est en effet une variable de taille dans un contexte de chute des stocks américains de la campagne en cours. La publication, le 7 mai 2021 en début d‘après-midi, des statistiques de stocks du Canada au 31 mars 2021 le confirme : une forte baisse (de plus de 13 %) des stocks de blé par rapport à mars 2020 est relevée.

Enfin, en France, la notation de Céré’Obs s’est encore dégradée cette semaine pour le blé avec maintenant 79 % des plantes en état bon ou excellent contre 81 % la semaine dernière (un niveau toutefois très supérieur aux 57 % l’an dernier, à la même date).

Il est à noter que le Maroc vient de publier la remise en place d’une taxe à l’importation à partir du 1er juin 2021 : il s’agit d’une mesure habituelle visant à protéger le marché intérieur au moment de la récolte qui s’annonce bonne.

Le maïs mondial au plus haut depuis 8 ans

C’est le maïs qui accuse la plus forte hausse de prix cette semaine : il gagne 10 €/t Fob Rhin, à 250 €/t, et 13 €/t sur la façade atlantique, à presque 256 €/t (base : juillet). Cette augmentation pousse le maïs français à 320 $/t Fob Bordeaux, en progression de 17 $/t par rapport à la semaine dernière.

Le maïs français est propulsé vers le haut par les maïs des États-Unis et ceux sud-américains. Au Brésil, les prix augmentent de 25 $/t cette semaine avec la confirmation de dégâts importants pour la seconde récolte du maïs, qui se rapproche maintenant des 90 à 95 millions de tonnes au lieu de plus de 100 millions attendus il y a encore quelques semaines. Les maïs brésiliens font grimper les prix US (+32 $/t), également dans un contexte où le maïs US doit tout faire pour essayer de gagner de la surface aux dépens du soja. Et c’est maintenant que cela se joue. Les prix du maïs US à Chicago ont ainsi touché hier un record depuis mars 2013.

Le CNGOIC (cercle de réflexion chinois) vient pourtant de publier une prévision de progression de la récolte chinoise pour 2021 mais cela ne suffit pas à apaiser le marché. Avec la réduction brésilienne, le bilan du maïs mondial de la campagne de 2020-2021 en cours se tend encore plus et la baisse du niveau des eaux dans le fleuve Paraná qui approvisionne le port de Rosario en Argentine vient aussi ajouter son lot d’inquiétude.

Toutefois, les semis de maïs avancent bon train aux États-Unis, les perspectives sont bonnes dans l’Union européenne et en Ukraine, et la production mondiale de maïs va nettement rebondir en 2021-2022. Cela ne permettra pas une grosse détente de la situation. Malgré tout, si la campagne de culture se passe bien aux États-Unis, et si le ministère de l’Agriculture américain, USDA, entérine mercredi prochain (date de la prochaine publication de ses bilans) une révision en hausse des surfaces de maïs, les prix pourraient commencer à se stabiliser, voire à retomber modérément.

La hausse se propage aussi à l’orge

Les prix des orges de l’ancienne campagne ne sont toujours pas disponibles. Ceux de la nouvelle récolte regagnent 7 €/t après en avoir perdu un peu plus la semaine dernière, à 217 €/t rendu Rouen (base juillet). Cette hausse découle de l’évolution des prix du maïs et du blé. Elle est cohérente avec un marché mondial de l’orge qui se tend pour la campagne de 2021-2022 avec une consommation animale boostée par le prix élevé du maïs.

Pour la campagne de 2020-2021, le Canada vient de publier une chute de 20 % de ses stocks d’orge à la fin de mars par rapport à la même date l’an passé. En France, les stocks restent attendus en nette baisse par rapport à l’an passé. La Tunisie vient d’acheter 50 000 tonnes pour chargement sur mai-juin à un prix porche de 280 $/t à destination.

En orge comme en blé, les prix subissent largement l’influence du maïs, ce qui les rend tributaires de toute correction baissière qui pourrait se produire en maïs.

L’orge brassicole de printemps de la récolte de 2021 suit, modérément, la hausse des orges fourragères et gagne 4 €/t cette semaine à 229 €/t Fob Creil alors que les prix des orges d’hiver s’affaissent de 3 €/t (à 217 €/t Fob Creil).

Les prix du colza tentent l’ascension de l’Everest

Les cotations du colza atteignent de nouveaux records cette semaine en raison des inquiétudes concernant la récolte de l’Union européenne et d’une consommation industrielle soutenue.

En France, les cultures de colza, qui ont déjà subi les affres du gel plus tôt dans la saison, ont souffert du manque d’eau en avril 2021. Bien que la situation ne semble pas alarmante, les observations sur le terrain font état de parcelles peu fleuries et pauvres en siliques dans certains secteurs laissant présager des rendements décevants.

Les températures inférieures aux normales saisonnières qui persistent dans une partie de l’Europe devraient par ailleurs engendrer un retard de maturation des colzas. Malgré cela, les perspectives de récolte demeurent plutôt satisfaisantes en Allemagne, en Pologne et au Royaume-Uni où les cultures ont moins souffert qu’en France.

Face au risque climatique, les prix rendus Rouen et Fob Moselle ont gagné presque 25 €/t entre le 30 avril et le 5 mai pour atteindre un record historique de 526 €/t. Les cotations pour la nouvelle campagne ont grimpé de plus de 37 €/t sur Euronext (à 534 €/t).

Les prix UE (Union européenne) ont également bénéficié du déficit prononcé outre Atlantique. Les stocks canadiens se tarissent rapidement compte tenu de la très forte demande à l’exportation (–38 %, selon StatCan, en mars 2021 par rapport à mars 2020). Le canola bénéficie aussi d’une demande accrue en trituration puisque l’huile de colza profite de la relance de l’économie mondiale qui soutient notamment la demande en biodiesel.

Les contrats de juillet 2021 sur le canola échangé à Winnipeg se sont ainsi renchéris de presque 118 $/t (à 801 $/t) par rapport au 30 avril tandis que ceux de novembre ont gagné 67 $/t (à 625,5 $/t).

Les cours du soja bénéficient de l’envolée de l’huile et du maïs

Après s’être affaissés un peu la semaine dernière, les cours du soja ont fortement remonté pour atteindre environ 590 $/t à Chicago durant la séance du 7 mai (+27 $/t de gain sur la semaine). Les prix mondiaux ont très largement bénéficié de l’envolée de l’huile de soja dont la consommation profite de moindres disponibilités en huile de palme. Les conditions trop sèches au Brésil faisant redouter une moindre récolte de maïs ont encore propulsé les prix de cette céréale, ce qui a apporté du soutien additionnel à la fève.

En cas de fortes pertes avérées en maïs, la demande animale mondiale pourrait en effet se reporter partiellement sur le tourteau de soja, alors que le marché du soja s’annonce déjà tendu. La flambée des contrats à terme résulte également d’une crainte que les emblavements de soja aux États-Unis déclinent en faveur du maïs à la suite du récent gain de compétitivité de ce dernier.

Par ailleurs, les cours brésiliens Fob Paranagua ont glané presque 18 $/t sur la semaine (à 568 $/t). Ils continuent d’être alimentés par une demande à l’exportation exceptionnelle. Les exportations de soja brésilien ont cumulé pratiquement 17,4 Mt au cours d’avril dernier (+17 % par rapport à avril 2020).

Les prix des tourteaux ont également grimpé dans le sillage de la fève. Sur la semaine, ils affichent des gains de 10 $/t à Chicago (à 472 $/t) et de 13 €/t à Montoir (à 431 €/t). Le tourteau argentin s’est valorisé de 10 $/t (à 449,5 $/t). La hausse des cours en Amérique du Sud est également alimentée par le bas niveau du fleuve Paraná qui contraint actuellement les opérateurs à réduire un peu les volumes chargés à bord.

Les cours du tournesol soutenus par ceux du colza

Les cotations des graines de tournesol de qualité oléique récoltées en 2020 ont bénéficié du soutien du colza. Elles ont gagné 15 €/t cette semaine à Saint-Nazaire, à 495 €/t. Les prix Fob ukrainiens sont en revanche restés plutôt stables depuis le 30 avril (à 735 $/t). Les niveaux de prix déjà extrêmement élevés ont en effet dissuadé les acheteurs.

Tallage

À suivre : conditions météo et état des cultures partout dans le monde, récolte de maïs au Brésil, surface de maïs et de soja aux États-Unis, stocks de blé russes, demande mondiale en huile végétale, prix du pétrole.

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