En cette édition 2026 du Salon international de l’agriculture (Sia), une question est sur toutes les lèvres des visiteurs : pourquoi n’y a-t-il pas de vaches ? À cette interrogation, Théophile, 10 ans, a la réponse. « Elles ne sont pas là car elles sont malades », lance-t-il. « Elles ne le sont plus, mais oui elles l’ont été », tempère Charly, son grand-père.

« Ça aurait été mieux qu’il y ait des bovins mais c’est comme ça, commente-t-il. On respecte la décision des éleveurs. L’avantage c’est que les odeurs sont moins marquées que d’habitude. Cet aspect ne nous manque pas trop. » Pour Jérôme Despey, président du Sia, cette édition du Salon est bel et bien « particulière ». À l’occasion d’un point presse organisé ce mercredi 25 février 2026, il reconnaît que quand on déambule dans le Parc des expositions depuis samedi, « on ne peut pas cacher qu’il manque quelque chose ».

25 % de fréquentation en moins sur les quatre premiers jours

Le son des cloches résonne toujours dans les allées, mais pas de trace du moindre bovin dans le pavillon 1. Pour la première fois de son histoire, le Salon international de l’agriculture (Sia) n’accueille ni vaches, ni taureaux, ni veaux. La décision prise par les organismes de sélections (OS) en prévention face à la dermatose nodulaire contagieuse encore très présente dans le sud-ouest de la France fin 2025, n’a pas été simple, car l’évènement a pris l’habitude de miser sur ces bêtes pour attirer les visiteurs au fil des années.

Pour cette édition 2026, les ovins sont les stars du salon. (© Clara Lahellec/GFA)

Pour la 62e édition du salon, la fréquentation est en baisse. 25 % de moins sur les quatre premiers jours de l’évènement en comparaison avec l’année dernière. Les raisons d’un tel chiffre sont nombreuses. La première se trouve être indéniablement « l’absence de bovins ». Les vacances scolaires ayant lieu sur la durée du salon sont aussi pointées du doigt. Pour rappel, le « premier salon de France » avait rassemblé ces trois dernières années plus de 600 000 visiteurs sur 9 jours.

En l’absence de vaches, d’autres animaux sous le feu des projecteurs

Entre les allées, d’autres animaux attirent l’attention des enfants, ici un parc de petits cochons qui s’agitent dans la paille, plus loin des poussins dans les mains d’un animateur de la coopérative des fermiers de Loué. Mais ceux qui en profitent le plus, ce sont bien les ovins. Leurs enclos s’étalent sur une centaine de mètres, mettant à l’honneur moutons, béliers et brebis de toutes les régions. Parmi les 631 bêtes présentées au Concours général agricole cette année, 115 ont reçu une médaille d’or et voient leur petit parc orné d’un blason rouge.

Cette année, Armand a remporté trois premiers prix, en laine et en viande. (© Clara Lahellec/GFA)

Armand, le célèbre bélier de race Texel qui cumule plus de 2 000 abonnés sur sa page Facebook, arbore un bavoir vert pomme et trois prix remportés quelques heures plus tôt au CGA (Concours général agricole). Occupés à brosser leurs bêtes couvertes de fange, Yves et Marie-Chantal Lacroix s’en réjouissent, mais trouvent l’évènement « un peu morose cette année ». « Aujourd’hui, on est là pour aider notre fils, mais on vient au salon depuis les années 1980 et sans bovins, c’est vrai que c’est différent », témoignent-ils.

Les éleveurs bovins en effectifs réduits

Si les ovins ont pris la lumière cette année, la plupart des éleveurs bovins ayant fait le déplacement ne sont pas venus les mains vides. Certains comme les représentants de la villarde du Vercors ont même planté leur animal fétiche devant leur stand, grandeur nature mais tout en plastique. Histoire de donner quand même à voir aux enfants.

Au stand de la race Limousine, pas de vrais animaux non plus. « Sans nos vaches, on est venus en effectifs réduits, souffle-t-on derrière le comptoir. On ne va pas se cacher que l’ambiance est spéciale. » Pour autant, selon Jean-Marc Escure, directeur de Limousin Promotion Label Rouge, « les échanges avec le public sont assez constructifs ». En écho avec cette impression, lors de son point presse, Jérôme Despey, a lui aussi tenu à saluer les échanges de « qualité » qu’il a pu observer entre exposants, politiques et visiteurs depuis le début de l’évènement.

À la place de Biguine, égérie 2026 du salon, déchue malgré elle, un hologramme fluorescent de la brahman s’agite sur l’écran du stand de son éleveur martiniquais, André Prosper. « Sans les bovins c’est un salon un peu tristounet, considère-t-il. Mais je pense qu’on pourra rebondir l’année prochaine avec de belles bêtes qui seront encore mieux préparées ». En attendant 2027, les passants peuvent toujours se consoler de cette absence en acquérant une peluche à l’effigie de l’animal, reconnaissable à sa bosse et à son fanon.

Vers un sursaut de fréquentation ?

Si la première partie du pavillon fait illusion, dès l’arrivée aux abords du grand ring central, l’ambiance est plus morose. Hormis quelques présentations ponctuelles, le carré de sable est bien vide. Pour Annick, originaire du Val-d’Oise et venue au Sia avec sa mère, « c’est très dur de voir un hall 1 sans bovins ». « Je suis venue exprès pour ça, j’ai vu sur internet qu’il n’y aurait pas de vaches, et je n’y croyais pas, mais finalement c’est vrai. »

Depuis ce mercredi, la fréquentation « semble être plus importante », selon Jérôme Despey qui parle même de « sursaut ». « On espère que ça continue jusqu’à la clôture du salon dimanche », confie-t-il à demi-mot.