Lors de leurs conférences de presse respectives, le mercredi 18 février 2026, Jeunes agriculteurs (JA) et la FNSEA ont joué la même partition : après des mois de fortes mobilisations, les deux syndicats entendent préserver un climat apaisé lors de l’inauguration du salon international de l’agriculture (Sia) en présence du président de la République, le 21 février. Pas de blocage, pas de coup d’éclat, mais une pression politique soigneusement calibrée.
« Nous ne souhaitons pas en faire un lieu conflictuel, même si nous avons un certain nombre de choses à dire, que ce soit au président de la République, au Premier ministre, aux membres du gouvernement, aux parlementaires… », prévient le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau. Son homologue de Jeunes agriculteurs (JA), Pierrick Horel, a lui aussi explicitement écarté toute « représentation musclée » ou boycott. Le Sia, insiste-t-il, doit rester un moment « de travail et d’échange », sans prise d’otage ni conflit ouvert.
Choisir ses priorités
Parmi les priorités de JA pour ce salon : la promotion de la planification et des « contrats d’avenir », censés sécuriser les installations et redonner de la visibilité économique aux exploitations. L’organisation compte mettre « beaucoup d’énergie » à convaincre les derniers sceptiques — politiques, acteurs économiques, parfois même agriculteurs — de la pertinence de ce nouveau modèle, nécessaire selon elle pour planifier la production face au changement climatique.
JA attend un engagement financier de l’État, et souhaite que la loi d’urgence agricole comporte un article dédié, afin que la planification ne soit plus une simple option, mais un cadre structurant pour la souveraineté alimentaire. Pour lancer les premiers contrats, JA propose notamment d’utiliser les 100 millions d’euros de reliquats non consommés du crédit d’impôt pour l’agriculture biologique.
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La FNSEA priorise plutôt ses demandes concernant la Politique agricole commune (Pac). Arnaud Rousseau prévoit d’interpeller le président de la République sur la négociation du futur cadre financier pluriannuel, qui déterminera le budget de la politique agricole européenne. Le syndicat craint que l’agriculture ne soit sacrifiée au profit de nouvelles priorités budgétaires — réarmement de la défense, soutien à l’Ukraine, remboursement du plan « Next Generation EU ».
Les chiffres avancés par la Commission européenne évoquent une baisse potentielle de 13 % de l’enveloppe française, soit environ un milliard d’euros perdu chaque année.
Le Premier ministre également attendu
Sébastien Lecornu, dont la venue serait prévue lundi 23 février — l’information restait à confirmer au moment des conférences de presse —, sera lui aussi attendu de pied ferme. Eau, prédation, moyens de production : les trois axes de la future loi d’urgence agricole devront se traduire par des mesures « d’ampleur », et non par de simples « pansements sur une jambe de bois », avertit la FNSEA.
e syndicat réclame des clarifications sur le calendrier parlementaire : si le texte n’arrive au Sénat qu’en juin, il risque de ne pas passer à l’Assemblée nationale avant octobre — contredisant l’engagement du Premier ministre d’un passage « avant l’été ».
JA souligne que la situation « traîne un peu ». La loi devait initialement être annoncée avant le salon, puis pendant, mais il n’est plus certain qu’une annonce officielle ait lieu durant l’événement, indique Pierrick Horel.