Dans un contexte où la colère agricole enfle, quatre anciens ministres de l’Agriculture, de sensibilités politiques différentes, prennent la parole ensemble dans une publication de la Tribune Dimanche, diffusée le samedi 20 décembre 2025. Concernant la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), ils affirment soutenir l’abattage total dès la détection d’un cas, avertissant contre la « division » ou des mesures guidées par « l’émotion ». Les quatre personnalités publiques indiquent s’exprimer par « le devoir de porter une parole d’apaisement, de responsabilité et de vérité ».
Un foyer de dermatose détecté en Haute-Garonne (22/12/2025)
En préambule de leur prise de position, les quatre anciens ministres de l’Agriculture rappellent que la France n’en était pas à sa première crise sanitaire majeure. Ils citent la crise de la vache folle, la fièvre aphteuse, tuberculose bovine ou encore l’influenza aviaire. « La DNC s’inscrit dans cette lignée, insistent-ils. Cette maladie animale est classée parmi les plus graves par les autorités sanitaires européennes et internationales, avec des conséquences potentiellement dévastatrices et durables pour les cheptels comme pour l’avenir même de l’élevage. »
« Face à cette crise, ni le virus ni son antidote n’ont de racines idéologiques »
Au 22 décembre 2025, selon le ministère de l’Agriculture, 114 foyers de DNC ont été recensés, et tous ont été dépeuplés. Face à ce constat, les quatre anciens ministres de l’Agriculture se disent comprendre et entendre « pleinement le sentiment de désolation » des éleveurs, « notamment ceux directement frappés par la maladie, qui ont perdu leur troupeau ». « Leur souffrance mérite de l’attention, du respect, de la reconnaissance et un indéfectible accompagnement », martèlent-ils.
Les quatre anciens ministres de l’Agriculture affirment que « l’adversaire n’est ni l’État ni la science, mais le virus ». Selon eux, une « évidence » apparaît : « Face à cette crise, ni le virus ni son antidote n’ont de racines idéologiques ». « Les décisions sanitaires peuvent se fonder uniquement sur des données scientifiques éprouvées, sur l’expérience accumulée et sur l’intérêt collectif », considèrent Michel Barnier, Marc Fesneau, Stéphane Travert et Julien Denormandie.
Notre adversaire n’est ni l’état ni la science mais le virus !
— Michel Barnier (@MichelBarnier) December 21, 2025
Notre tribune avec @MFesneau , @J_Denormandie & @StTRAVERT dans @LaTribune ! 👇🏻https://t.co/fOl3mcxnUM
Ainsi, le texte publié dans la Tribune Dimanche semble en adéquation avec l’action politique actuelle. « Nous apportons notre soutien au protocole mis en œuvre par la ministre de l’Agriculture et le gouvernement, confrontés eux aussi à une situation d’une extrême complexité. »
Vaccination ciblée ou encore respect strict des restrictions de déplacement, d’après eux, ces mesures permettrait de « briser les chaînes de transmission » de la DNC. À titre d’exemple, les quatre anciens ministres de l’Agriculture mentionnent le cas des Savoies. Selon eux, le protocole mis en place aurait démontré son efficacité. De ce fait, l’annonce d’un déploiement massif de vaccins en Occitanie permet « tous les espoirs pour ce territoire et le reste du cheptel national ». « Les choix opérés aujourd’hui s’inscrivent dans la continuité d’une doctrine sanitaire éprouvée, qui a permis à la France de surmonter des crises similaires et de préserver durablement son élevage. »
Un fonds d’urgence passant de 10 à 11 millions d’euros
Après une série de rendez-vous avec les principaux syndicats agricoles français, vendredi 19 décembre 2025 au soir, Sébastien Lecornu, dans un courrier de près de cinq pages, a réexpliqué la stratégie sanitaire mise en place pour lutter contre la DNC. Il annonce faire passer le montant d’un fonds d’urgence de 10 à 11 millions d’euros.
Dans sa lettre, le Premier ministre précise à nouveau sa volonté d’accélérer la vaccination du cheptel bovin. Samedi 20 décembre au soir, il a assuré qu’environ 50 % du cheptel ariégeois était désormais vacciné contre la dermatose, 70 % dans l’Aude et 100 % dans les Pyrénées-Orientales, trois départements ayant recensé des cas et par conséquent prioritaires pour la vaccination.
Par son courrier, Sébastien Lecornu tente aussi de rassurer sur l’indemnisation des éleveurs concernés par l’abattage de leur troupeau. Par ailleurs, il aborde également les perturbations économiques qu’entraîne l’épizootie.
« Faire face aux impacts économiques, c’est aussi veiller à permettre le plus rapidement possible l’export de bovins vaccinés en Italie et en Espagne, qui sont les deux destinations principales de la filière bovine française », garantit-il.
Des mobilisations qui se poursuivent mais ont tendance à refluer
Si au travers de sa lettre Sébastien Lecornu a souhaité « confirmer et préciser par écrit les actions et engagements de l’État » pour lutter contre la DNC, la mobilisation des agriculteurs persiste même si elles auraient tendance à refluer. Selon des chiffres fournis par le ministère de l’Intérieur dimanche 21 décembre 2025 en début de soirée, 23 actions mobilisant 720 personnes ont été comptabilisées, essentiellement dans le Sud-Ouest, contre 50 actions le samedi 20 décembre ou 93 le vendredi 19 décembre.
Dimanche 21 décembre, à partir de 22 h 00, à l’appel de la Confédération paysanne, plusieurs dizaines de personnes ont bloqué l’autoroute A2/E19 à la frontière franco-belge, dans le sens Mons-Valenciennes, à l’aide de ballots de paille posés en travers de la route, a constaté l’AFP.
Pour l’essentiel, les autres mobilisations de la journée se sont concentrées dans le Sud-Ouest. La circulation sur l’A63 près de Bordeaux, sur l’A64 entre Toulouse et Bayonne ou encore sur l’A75 en Lozère était toujours coupée dimanche à 23 h selon Bison Futé, après plusieurs jours de manifestations agricoles dans toute la France.
Le barrage sera-t-il « maintenu jusqu’à Noël ou après Noël, on ne sait pas », a déclaré à l’AFP Jean-Paul Ayres, porte-parole de la Coordination rurale de Gironde, qui dit attendre des « réponses » des autorités sur la DNC comme sur la crise viticole. Sur l’A63, à Cestas (Gironde), le chef cuisinier Philippe Etchebest est aux côtés des agriculteurs, en apportant son soutien à la mobilisation.
🔴 MOBILISATION EN GIRONDE – CR33
— Coordination Rurale (@coordinationrur) December 19, 2025
🚜 Blocage en cours à Cestas : les agriculteurs de la Coordination Rurale de la Gironde (CR33) sont mobilisés sur le terrain pour faire entendre leurs revendications.👨🍳 Présence de Philippe Etchebest aux côtés des agriculteurs, en soutien à une… pic.twitter.com/YJIdNjiPH1
À Carbonne (Haute-Garonne), le barrage de l’A64 a atteint son dixième jour. « On est nombreux, c’est plus facile en se relayant », a déclaré à l’AFP Benjamin Roquebert, éleveur, qui dit pouvoir « tenir longtemps ».
Pour l’heure, la Coordination rurale et la Confédération paysanne, opposées à la stratégie mêlant abattages massifs et vaccination contre la dermatose, n’ont pas appelé à la levée des blocages. Les sections départementales sont libres de continuer le mouvement, selon la Coordination rurale.