Opération de déminage pour le « moine soldat » Sébastien Lecornu. Après des mobilisations à Bruxelles, à Liège, à Strasbourg mais aussi en France où des blocages et actions continuent d’être menées, le Premier ministre reçoit les syndicats agricoles à Matignon ce 19 décembre 2025. Jeunes Agriculteurs, FNSEA, la Coordination rurale et la Confédération paysanne échangeront successivement avec lui ce matin.
Cette séquence agricole se poursuivra l’après-midi pour l’exécutif avec la visite d’Annie Genevard sur une exploitation agricole des Yvelines qui évoquera quatre sujets : le projet d’accord avec le Mercosur, la stratégie sanitaire liée à la dermatose nodulaire contagieuse, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (appelé aussi « taxe carbone » et le budget de la Pac.
Pac, Mercosur, MACF : le « soutien » de Lecornu
Premier à être reçu, le syndicat Jeunes Agriculteurs (JA) a échangé sur plusieurs sujets, européens comme français, avec le Premier ministre. Si le report d’un mois de la signature de l’accord avec le Mercosur est « une petite victoire » pour le secrétaire général du syndicat Quentin Le Guillous, il a annoncé qu’il continuerait à « mettre la pression et à dire non au Mercosur ».
JA reste également mobilisé sur la taxe carbone. Si la Commission européenne a apporté des ajustements récemment à ses propositions, « le compte n’y est toujours pas ». « Pour nous, c’est aucune taxe sur les engrais qui vont arriver sur le territoire français tant que l’Europe et la France ne se sont pas réindustrialisés et qu’on n’est pas capable de produire nos propres engrais », martèle Quentin Le Guillous. La Pac a été l’autre sujet européen évoqué alors que la Commission européenne propose une baisse de 20 % du budget.
« Monsieur Lecornu nous a rappelé son soutien sur tous ces sujets-là, indique le secrétaire général de JA tout en évoquant un « alignement pour l’instant » avec Matignon. « Le Premier ministre a été ferme. Il ne veut pas voir arriver sur le territoire français des aliments produits avec des molécules interdites parfois depuis trente ans sur le territoire européen. »
Des nouvelles commandes de vaccin
Sur la stratégie sanitaire pour éradiquer la dermatose nodulaire contagieuse, le Premier ministre a souligné une accélération de la vaccination. « Il nous a dit qu’il allait tout faire pour que, d’ici à la fin de l’année, tous les territoires actuellement en zone réglementée et zone vaccinale soit vaccinés, dont les Landes, les Pyrénées-Atlantiques, l’Hérault, le Tarn et l’Aude », relate Quentin Le Guillous. Sébastien Lecornu aurait aussi indiqué que des nouvelles commandes de vaccin avaient été passées.
JA a profité de ce rendez-vous pour appeler à prendre en charge « la pédagogie » autour de la stratégie sanitaire « avec les préfets, les GDS, les vétérinaires, les chambres d’agriculture » grâce à « du porte-à-porte et des grandes réunions d’explication de la maladie ». En parallèle, le syndicat défend « un durcissement du ton » de l’État sur les déplacements illégaux des animaux ainsi qu’un « durcissement des sanctions ». « Il est intolérable de voir encore aujourd’hui des agriculteurs cacher des animaux ou disséminer la maladie partout sous le territoire français. »
Un nouveau rendez-vous en janvier
En clôture de ce premier entretien, le Premier ministre a indiqué la volonté de fixer un nouveau rendez-vous avec les syndicats au début de janvier. Un rendez-vous qui se tiendrait entre le 8 et 10 janvier 2026, selon le président de la FNSEA. « Nous avons besoin de déclarations claires avec des échéances concrètes d’ici au Salon de l’agriculture, insiste Arnaud Rousseau à la sortie de Matignon aux alentours de midi. La gestion de l’eau, la crise viticole, les engrais, ce sont des sujets sur lesquels il nous faut avancer. »
Outre ce rendez-vous, le Premier ministre s’est engagé auprès du syndicat majoritaire à dresser la liste de ses intentions par courrier d’ici à ce soir. « Il y a une défiance de la parole publique après des agriculteurs, nous avons besoin de cet écrit pour avoir des réponses précises », souligne Arnaud Rousseau. Un courrier qui conditionnera la suite des mobilisations syndicales. « Tant que nous n’aurons pas de courrier, nous continuerons à avoir un réseau mobilisé. Nous l’attendons pour donner des consignes très claires, promet le céréalier. Mais notre objectif n’est pas de déranger les Français. »
« Je sens qu’il y a une volonté du Premier ministre de trouver des solutions »
La Coordination rurale sait de son côté qu’elle sera reçue le 5 janvier 2026. À l’issue de près de deux heures de réunion avec le Premier ministre, Sébastien Lecornu, ce 19 décembre, le syndicat indique qu’elle « ne lâchera pas » même si elle souhaite « une sortie de crise ». Son président, Bertrand Venteau, a déclaré qu’il attendait qu’une solution soit trouvée « rapidement » pour « qu’on arrête d’abattre des troupeaux sains ».
L’organisation attend des réponses et « une porte de sortie » de la part du Premier ministre. « Si ce n’est pas le cas, on ira cibler ceux qui nous entravent. On utilisera des leviers juridiques et on poursuivra les mobilisations, insiste le président de la Coordination rurale. Pour le moment, je sens qu’il y a une volonté du Premier ministre de trouver des solutions. »
Toutefois, Bertrand Venteau se dit « atterré » par les conseillers qui entourent Sébastien Lecornu qui, selon lui, « sont incapables de trancher et de prendre des décisions ».
Vers des abattages sélectifs ?
Même si dans l’ensemble Sébastien Lecornu serait « resté vague » sur les mesures envisagées pour lutter contre la dermatose nodulaire contagieuse, il aurait évoqué être « ouvert à l’abattage sélectif » des animaux réellement atteints de la maladie. Pour la Coordination rurale, demandant la fin de l’abattage total systématique des bovins, il s’agirait d’une « avancée ».
Déploiement de la vaccination sur tout le territoire, relocalisation de l’engraissement des bovins en France, ces mesures « ne sont pas encore actées mais pourraient être utiles », défend Bertrand Venteau. « La vaccination totale, ça permettrait de contenir la maladie et de rassurer les éleveurs », met-il en avant.
Au menu de l’échange avec Sébastien Lecornu, la question du Mercosur a été abordée. À ce sujet, bien que repoussé, Bertrand Venteau considère que le traité de libre-échange va être signé. « La France ne pèse pas assez pour faire changer les choses », souligne-t-il.
Aucun « engagement politique fort »
La Confédération paysanne est la dernière à avoir été reçue par le Premier ministre durant une heure et demie. Le syndicat a tenu à ce que les échanges concernent seulement la stratégie sanitaire liée à la dermatose nodulaire contagieuse. « Nous ne sommes pas arrivés comme la FNSEA avec une liste de courses pour se détourner du sujet de la dermatose nodulaire », tacle Stéphane Galais, porte-parole du syndicat.
Sur une ouverture de Sébastien Lecornu en faveur des abattages sélectifs, le son de cloche est différent du côté de la Confédération paysanne. Le Premier ministre n’a entrouvert la porte à l’abattage ciblé que sous une condition, a relaté le syndicat lors d’une conférence organisée en fin d’après-midi : qu’il ne soit pratiqué que dans des zones où une couverture immunitaire vaccinale suffisante a déjà été atteinte. Une réponse insuffisante pour le syndicat car elle signifie que l’abattage total continue en attendant que cette immunité soit effective.
« Il n’y a pas d’avancée majeure sur la revendication de la fin de l’abattage total », renchérit Stéphane Galais regrettant l’absence d'« engagement politique fort » et une stratégie sanitaire dictée « par le libre-échange ».
La Confédération paysanne « entendue » sur certaines de ses revendications
Le syndicat estime avoir été malgré tout « entendu » sur quelques sujets : un accès priorisé des stocks de vaccins pour les races locales à faible effectif, l’extension de la vaccination aux centres d’insémination et les exploitations pratiquant la transformation à la ferme. Le Premier ministre se serait dit prêt à faire avancer les travaux sur « des tests permettant de révéler l’immunité acquise par les animaux ». Même si le délai d’un an pour obtenir les résultats annoncés par le Premier ministre est jugé « trop long » par la Confédération paysanne.
Le syndicat se satisfaisait également d’avoir été étendu sur la gouvernance du comité scientifique. La Confédération paysanne a regretté que toutes les instances syndicales n’y soient pas représentées. Comme les autres syndicats, la Confédération paysanne doit de nouveau rencontrer le Premier ministre durant la première semaine de janvier.