L’inflammation est une réaction physiologique naturelle et indispensable à la vache laitière : elle permet le vêlage et assure que l’animal réponde aux agressions physiques ou bactériennes. Le système immunitaire va être mobilisé d’abord pour faciliter cette réaction puis, normalement, pour l’éteindre. « Pas de bon système immunitaire sans réactions inflammatoires », résume Émilie Knapp, vétérinaire et nutritionniste chez RumeXpert. Elle intervenait lors de la session organisée par l’Aftaa (spécialiste des formations en nutrition animale) à Nantes, le 27 novembre 2025.
Il faut toutefois que le système immunitaire soit capable de gérer la phase d’extinction de l’inflammation. À l’échelle du troupeau, certains animaux sont capables de passer plus facilement que les autres les périodes à risque, et valorisent au final leur ration de manière plus efficace.
Identifier le bon indicateur
C’est visible avec le cortisol, hormone du stress, anti-inflammatoire à court terme mais qui va devenir inflammatoire si la situation stressante se maintient au-delà de quelques heures. Dans tous les cas, l’inflammation a un coût métabolique pour la vache laitière, d’autant plus élevé chez les plus hautes productrices. D’où l’importance d’objectiver le statut immunitaire de son troupeau afin de prévenir une inflammation excessive chez les vaches saines.
L’une des difficultés étant d’identifier le bon indicateur. Plusieurs molécules sont régulièrement citées comme marqueurs de l’inflammation : l’insuline, le BHB (corps cétonique), le TNFa et le cortisol, mais aussi les AGNE (acides gras non estérifiés) également appelés Nefa (en anglais), qui sont les principaux composants des triglycérides.
« Les AGNE sont faciles à doser. Ils viennent des adipocytes du foie, rappelle Émilie Knapp, qui alerte : Il ne faut pas surestimer le rôle du BHB, surtout qu’il n’est pas pro-inflammatoire mais physiologique et soutient la production laitière. Et il n’est pas corrélé aux AGNE. »
Des matériels portables sont disponibles depuis dix-huit mois pour une analyse du BHB en élevage, mais il faut se méfier car la tendance générale a été de tout miser sur lui.
La vétérinaire incite donc à mesurer aussi le cholestérol en parallèle des AGNE, en visant un ratio inférieur à 0,2 (AGNE/cholestérol). « Des concentrations élevées en AGNE sont associées à des altérations minérales en calcium, en magnésium, en zinc, en cuivre, en sélénium et en manganèse. »
L’inflammation a un coût
Toute inflammation aura un coût pour l’animal. D’abord en temps, car il faut une dizaine de jours pour que les réponses innées puis adaptatives se mettent en route face à une agression mobilisant le système immunitaire, surtout si le message est brouillé.
Par exemple, à l’ouverture d’un nouveau silo, certains animaux en état pro-inflammatoire vont basculer dans un état inflammatoire et l’éleveur, sans toujours comprendre pourquoi, va se retrouver face à une flambée de mammites. Les mycotoxines sont généralement pointées du doigt alors qu’elles ne sont peut-être pas toujours responsables.
L’inflammation a aussi un coût en termes protéiques car les médiateurs de l’immunité, comme les cytokines et les globulines, sont majoritairement des protéines. Cela peut expliquer un manque d’efficacité de la fraction protéique de la ration en période inflammatoire.
L’inflammation coûte également en énergie, avec une augmentation entre 10 et 40 % du besoin en glucose. Elle exige aussi que l’animal mobilise des minéraux (le zinc se plaçant en tête de liste), des oligoéléments, ainsi que des vitamines A, C, D, E et B.
Zones de risque
La première zone de risque se situe autour du vêlage, période d’inflammation naturelle et de changement de statut immunitaire de la matrice (surtout en cas de césarienne), de la mamelle et du foie. La lactation constitue la seconde période à risque, l’inflammation pouvant s’installer dans le rumen mais, surtout, dans l’intestin dont la paroi devient alors perméable aux pathogènes (bactéries et virus), exactement comme avec une ration très riche en amidon fermentescible.

« Il n’y a pas que l’acidose : un stress de chaleur, des problèmes de transitions ou de restrictions alimentaires peuvent aussi induire de telles réactions chez la vache saine », liste l’intervenante. L’inflammation clinique et subclinique en début de lactation génère un mauvais démarrage en lait, et des pathologies post-partum souvent compliquées comme des métrites, le syndrome de la vache couchée, les déplacements de caillette, les boiteries non infectieuses et les mammites à Escherichia coli. En lactation s’y ajoutent la diminution de l’efficience alimentaire et l’augmentation de la sensibilité aux pathologies avec des mammites et des boiteries.