À la fois « effaré et dépité », Bernard Mogenet, président de la FDSEA des Savoies, ne cache pas sa colère face aux mobilisations contre la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) dans l’Hexagone. « L’exemple des Savoies montre que le protocole fonctionne s’il est appliqué sérieusement, martèle cet éleveur laitier. Il y a des spécialistes à l’Anses et en Europe qui suivent la maladie depuis plus de quinze ans : il faut écouter la science ! »
Un protocole 174 strictement appliqué »
Dans les Savoies, premiers territoires frappés par l’épidémie mais premiers à l’avoir jugulée localement, le protocole gouvernemental a été strictement appliqué : interdiction de mouvements, surveillance et déclaration des cas, dépeuplement des foyers, vaccination. C’est cette politique sanitaire et son bilan que défendent, dans un communiqué daté du 17 décembre 2025, la FDSEA, JA, la chambre d’agriculture, le GDS des Savoies, la coopération laitière des Savoies, l’interprofession laitière des Savoies, l’Association des fromages traditionnels et la coopérative Éleveurs des Savoies.
« On peut être en colère contre le gouvernement mais il ne faut pas se tromper : se battre contre le protocole, c’est tirer contre son camp, reprend Bernard Mogenet. C’est un combat sanitaire, pas syndical : il doit être collectif. Comme nos grands-parents ont lutté contre la brucellose et la tuberculose, la lutte sanitaire d’aujourd’hui conditionne l’élevage de demain. »
Esprit collectif
« Dans les Savoies, les éleveurs ont appliqué le protocole car il y a un esprit collectif très fort, analyse Julien Courtil, président de JA de Savoie. Le message était qu’on s’en sortirait tous ensemble. Personne n’a été laissé de côté grâce à l’accompagnement du réseau Réagir et de la chambre d’agriculture, et la solidarité des acteurs de l'amont et de l'aval. »
Les dépeuplements ont concerné plus de 1 700 bovins dans ces deux départements, soit 0,7 % des effectifs bovins. « C’est tragique, mais bien moins que les 10 % de mortalité annoncés pour la DNC, sans parler des vaches qui survivent mais souffrent, souligne Julien Curtil. Aujourd’hui, le repeuplement est achevé à 80 %. Plus de 90 % des éleveurs ont repris leur activité et retrouvé le sourire. Et le solde des dossiers d’indemnisation est en bonne voie. »
Protection vaccinale
Les deux syndicats réclament encore l’exonération fiscale des indemnités liées au dépeuplement, et exigent d’urgence un rappel de vaccination pour protéger les animaux avant la sortie au pré. Mais ils s’opposent à une vaccination nationale. « Il faudrait 16 millions de doses : ce serait trop long à obtenir, argumente Bernard Mogenet. Et les vétérinaires n’auraient pas les moyens de surveiller toutes les réactions vaccinales pour les différencier de la maladie : on passerait à côté de l’émergence de nouveaux cas. »
Tout en désapprouvant les blocages autour des dépeuplements, FDSEA et JA fustigent l’emploi « disproportionné » des forces de police. Pour eux, les moyens policiers devraient être déployés pour contrôler les mouvements d’animaux afin d’éviter de diffuser la maladie. Les efforts et sacrifices des éleveurs savoyards pourraient-ils avoir été vains ? « Bien sûr que c’est une crainte », souffle Bernard Mogenet.