Dans un rapport d’avril 2022 présenté le 28 juillet 2022 par l’OPESCT (office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques) au ministre de l’Agriculture, le député Philippe Bolo (Maine-et-Loire) et le sénateur Gérard Longuet (Meuse) ont émis plusieurs recommandations concernant les aspects scientifiques et technologiques de la gestion quantitative de l’eau.

Audition publique

Ce rapport fait suite à une audition publique organisée par l’office le 10 février dernier afin de faire le point sur les impacts du dérèglement climatique sur la ressource en eau, d’évaluer les avantages et les inconvénients des outils pouvant être utilisés pour améliorer la gestion de cette ressource. Autre objectif de cette audition : s’interroger sur les évolutions nécessaires de la gestion de l’eau en France, à la lumière des conclusions du « Varenne agricole de l’eau et de l’adaptation au changement climatique ».

 

Il ressort de ces échanges la nécessité de poursuivre les recherches scientifiques pour anticiper les impacts du changement climatique sur la ressource en eau, tant à l’échelle du pays que des territoires. Ils demandent aussi d’examiner les options possibles en matière d’adaptation du système agricole et de gestion de la ressource en eau, en veillant à minimiser leurs impacts indirects.

 

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Périodes estivales plus arides

« Avec le changement climatique, les périodes estivales seront plus arides sur l’ensemble du territoire, ce qui entraînera des épisodes de sécheresse plus importants et une baisse générale des débits des cours d’eau et du niveau des nappes phréatiques, soulignent Philippe Bolo et Gérard Longuet. La fréquence et l’intensité des situations de tension augmenteront alors, ce qui appelle à faire évoluer les modalités de notre gestion de l’eau. »

 

Les parlementaires appellent par ailleurs à engager « sans tarder la transition permettant de construire un modèle agricole résilient face au changement climatique, capable d’assurer la souveraineté alimentaire de la France et respectueux de l’environnement, et en particulier de la biodiversité aquatique. Cette transition devra inclure un accompagnement économique et technique des agriculteurs. »

La transition vers un modèle agricole résilient face au changement climatique devra inclure un accompagnement économique et technique des agriculteurs.

Philippe Bolo, député du Maine-et-Loire et Gérard Longuet, sénateur de la Meuse.

Capacités de stockage

Selon eux, il est possible d’augmenter les capacités de stockage qui permettent d’apporter une réponse à la variabilité saisonnière de la ressource en différant son utilisation. Et de citer les grands réservoirs de stockage, les retenues de plus petites tailles mais aussi la réalimentation artificielle des aquifères qui « fournit une autre opportunité de stockage, sa nature souterraine minimisant la perte par évaporation ».

 

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Réutilisation des eaux usées traitées

Autres possibilités : la réutilisation des eaux usées traitées au lieu de les rejeter dans le milieu naturel. « Cette ressource stable en quantité et en qualité peut permettre d’éviter de nouveaux prélèvements », indique le rapport. À condition de prendre en compte l’impact éventuel d’une diminution du volume d’eau retourné au milieu naturel. « En outre, le prix des eaux usées traitées peut atteindre le triple de celui de l’eau brute, ce qui peut s’avérer problématique pour un usage agricole », complètent les parlementaires.

 

Quant à la désalination de l’eau de mer, elle offre une dernière solution pour accroître la ressource en eau douce. « Néanmoins, les divers procédés disponibles sont – en l’état actuel des connaissances – à la fois très coûteux et énergivores », juge l’OPESCT.

Irrigation plus efficiente

L’utilisation de ces différents outils ne doit par faire oublier, expliquent les rapporteurs, la nécessité d’agir aussi sur la demande. En premier lieu l’irrigation. « Environ 40 % de l’eau fournie à la plante par irrigation est effectivement absorbée par le végétal, chiffre le rapport. L’utilisation de l’eau pourrait être rendue plus efficiente et les prélèvements réduits par l’irrigation au goutte-à-goutte ou l’agriculture de précision. »

 

Le choix des cultures et des variétés, l’adoption de pratiques agroécologiques offrent d’autres leviers d’action.

Stratégie nationale de sobriété en eau

« L’agriculture doit engager un effort de sobriété pour faire face aux conséquences du changement climatique, mais elle doit également mener de front l’objectif de la souveraineté alimentaire de notre pays, considèrent les parlementaires. L’effort ne doit donc pas reposer outre mesure sur les agriculteurs mais conduire à des progrès sur l’ensemble des usages de l’eau. » C’est pourquoi ils recommandent d’« établir pour les autres usages de l’eau, une stratégie nationale de sobriété en eau ».

 

Enfin, Philippe Bolo et Gérard Longuet encouragent la mise en place de PTGE (projets de territoire pour la gestion de l’eau) sur l’ensemble du territoire, « afin de développer des politiques territoriales de gestion raisonnée pour faire face aux déséquilibres futurs, tant spatiaux que temporels. »

 

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