Lors de ses traditionnels vœux du Nouvel an, Emmanuel Macron, président de la République, s’est adressé aux agriculteurs français. Au début de son intervention, il a indiqué avoir une pensée pour ceux qui « assurent la continuité de la nation ». Ainsi, il a explicitement reconnu l’agriculture comme un secteur « en première ligne ».

« Cette année doit être et sera une année utile, a-t-il affirmé, citant l’agriculture. Dès le début de l’année 2026, il faudra agir, soutenir nos agriculteurs face aux crises et les protéger de décisions qui peuvent menacer notre capacité à produire, comme notre sécurité alimentaire. Renforcer encore notre économie en simplifiant les règles pour nos entrepreneurs, comme pour nos agriculteurs. »

« Je sais toutes les impatiences, parfois les colères qui continuent d’exister dans le pays »

La mention de « crise » par le président de la République intervient dans un contexte de mécontentement agricole, lié notamment à la stratégie gouvernementale d’éradication de la dermatose nodulaire contagieuse apparue en France en juin 2025.

Les premières semaines de 2026 vont être marquées par la négociation de l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur, ainsi que la mise en œuvre de la nouvelle taxe carbone aux frontières (MACF), la loi Duplomb ou encore les débats budgétaires.

« Je sais toutes les impatiences, parfois les colères qui continuent d’exister dans le pays et je partage plusieurs d’entre elles. Ces urgences exigent des réponses, a poursuivi Emmanuel Macron lors de ses vœux. Le président et le Premier ministre ont la tâche d’être utile au pays. »

Même si le discours n’était pas centré sur l’agriculture, le chef de l’État a mis en avant que l’accompagnement des agriculteurs figurait parmi ses priorités de l’année 2026.

« Emmanuel Macron ne fait que souffler sur des braises »

« Avec son discours, Emmanuel Macron ne fait que souffler sur des braises, explique Frédéric Mazer, coprésident du mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef), à La France Agricole. Il croit apaiser la nation mais il ne se rend pas compte à quel point le monde paysan est en colère. Ce qui se passe dans le pays est très grave. »

La confiance du représentant du Modef envers le président de la République est « définitivement perdue ». « Le chef de l’État aurait utilisé sa rhétorique du « en même temps », ce qui fait que nous ne savons pas clairement quel cap prend l’agriculture », analyse Frédéric Mazer.

Partout en France, l’allocution d’Emmanuel Macron ne semble pas apaiser la colère des agriculteurs. En effet, ce vendredi 2 janvier 2026, la Confédération paysanne appelle à la mobilisation en Ariège, suite à un nouveau cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) détecté dans le département le mercredi 31 décembre 2025.

Dès midi ce 2 janvier 2026, les manifestants étaient attendus devant la sous-préfecture de Mirepoix. Dans l’après-midi, une opération escargot jusqu’à la préfecture de Foix devrait suivre. Les manifestants demandent à être reçus par le préfet.

« On continue de se mobiliser car l’abattage total est toujours en vigueur. Nous avons proposé une alternative mais qui n’a pas été entendue, explique Angel Alègre, porte-parole de la Confédération paysanne en Ariège, joint par téléphone. Les actions ne peuvent qu’aller crescendo dans le pays. » D’après lui, lors de ses vœux, « les mots du président n’ont pas été suffisants ».

« Emmanuel Macron se fout un peu de nous »

En manifestant de nouveau, la Confédération paysanne d’Ariège souhaite « être entendue par les pouvoirs publics ». « Dans son discours, en nous saluant comme étant « en première ligne » Emmanuel Macron se fout un peu de nous car il a tendance à ne pas agir en notre faveur », considère Angel Alègre.

Dans le Sud-Ouest également, à hauteur de Carbonne, après près de vingt jours de mobilisation, les agriculteurs installés sur le barrage de l’A64 sont encore mobilisés. En ce mois de janvier, leurs actions sont appelées à se multiplier.

Lors du réveillon de la Saint-Sylvestre, Jérôme Bayle, figure du mouvement des « Ultras de l’A64 » n’était pas devant son poste de télévision. « Je ne sais pas pourquoi je suivrai le discours du président car il ne nous écoute pas, juge-t-il auprès de La France Agricole. On ne veut pas que des paroles, on souhaite des actes forts, surtout dans la région Occitanie. »

Ces prochaines semaines, les manifestations pourraient s’intensifier comme en janvier 2024, envisage Jérôme Bayle. « Aujourd’hui, il faut continuer à montrer notre mécontentement », conclut-il.