Le samedi 7 février 2026, ils étaient une dizaine à Brest, devant la mairie, jusqu’à 300 à Lille, place du Théâtre, et une centaine à Bordeaux pour protester contre les « lois Duplomb ».
À Lyon, 150 personnes étaient réunies place Bellecour, en majorité des agriculteurs de la Confédération paysanne, selon la préfecture. De Boulogne-sur-Mer à Albi, une trentaine de rassemblements étaient organisés pour dénoncer une « accumulation d’annonces » sur l’agriculture et l’environnement qui « tournent le dos à l’intérêt général », selon le collectif Nourrir, qui rassemble notamment Greenpeace, la Confédération paysanne, Oxfam, Foodwatch, WWF. Partout, le même message : « Duplomb, non c’est non » ou encore : « Plus de paysans, moins de pesticides ».
En cause, les « lois Duplomb » en France, mais aussi des projets législatifs européens, porteurs selon eux de « reculs environnementaux majeurs », au « mépris de la santé publique » et sans pour autant répondre aux problèmes du monde agricole.
C’est notamment le cas du projet de simplification (dit directive Omnibus) qui permettrait, s’il était adopté en l’état au Parlement européen, d’accorder « une autorisation illimitée » à de nombreux pesticides. Ou encore du projet de révision en France de la directive nitrates (qui fixe le calendrier des épandages d’engrais), que les ONG redoutent de voir détricotée à la demande notamment de la FNSEA, premier syndicat agricole.
« Contre le vivant »
« C’est important pour nous de défendre un autre modèle d’agriculture que celui défendu par la FNSEA, ce modèle agro-industriel où on produit beaucoup pour l’exportation », a expliqué à l’AFP Marie Bermyn, 46 ans, à Lille.
À Bordeaux, François, enseignant à la retraite de 70 ans, est venu dire sa colère : « On va droit dans le mur et tant pis pour la santé publique, c’est lamentable. On devrait être des milliers ici ! »
Après la mobilisation de ce week-end, un grand rassemblement est prévu à Paris mercredi, jour d’un débat à l’Assemblée sur la loi Duplomb, adoptée cet été et qui prévoit notamment de faciliter le stockage de l’eau et l’agrandissement de bâtiments d’élevage.
La disposition la plus contestée de ce texte — la réautorisation de l’acétamipride, un insecticide néonicotinoïde toxique pour les abeilles — a été censurée par le Conseil constitutionnel « faute d’encadrement suffisant ».
Sa réintroduction était réclamée par la FNSEA et la Coordination rurale (deuxième syndicat agricole), notamment pour les producteurs de betteraves sucrières qui affirment n’avoir aucune solution pour protéger efficacement leurs cultures.
Ce texte a été vivement combattu à gauche et une pétition réclamant l’abrogation de la loi Duplomb a réuni plus de 2,1 millions de signatures, franchissant largement la barre des 500 000 signatures permettant un débat à l’Assemblée nationale. Sans attendre ce débat, le sénateur de LR est revenu à l’offensive, déposant le 2 février une nouvelle proposition de loi (PPL) autorisant la réintroduction encadrée et limitée dans le temps de pesticides actuellement interdits, l’acétamipride et le flupyradiflurone, ciblant les cultures de la betterave sucrière, mais aussi de pommes, noisettes et cerises.
Dans un entretien à la presse régionale publié samedi, le Premier ministre a exclu d’intégrer cette nouvelle PPL Duplomb à la « loi d’urgence » agricole, en préparation. « Car si elle peut résoudre certains problèmes, elle en pose aussi d’autres », a dit Sébastien Lecornu, sans plus de commentaires.
Cette PPL est perçue comme une nouvelle offensive « contre le vivant ». Les organisations mobilisées ce week-end, estiment que la « loi Duplomb » ne répond pas à la première demande du monde agricole : « la garantie d’un revenu digne ».