Réunis jusqu’au milieu de la nuit, les ministres européens de l’Agriculture ont cédé peu de terrain aux revendications du Parlement européen, reflétant le blocage des tractations en cours entre eurodéputés et États membres sur la future Pac plus « verte » destinée à être appliquée à partir de 2023.

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« Il nous faut des objectifs ambitieux, mais atteignables »

« L’odyssée n’est pas terminée. […] Il nous faut des objectifs ambitieux, mais ceux-ci doivent être atteignables. Sinon, on sape ce qu’on essaye de construire », a commenté la Portugaise Maria do Céu Antunes, dont le pays occupe la présidence de l’Union européenne. Les pourparlers reprendront jeudi.

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« La proposition de la présidence portugaise pourrait remporter l’adhésion (des États). Sur l’autre, portée par le Parlement, il est illusoire de penser avoir un compromis », a abondé le ministre français Julien Denormandie.

Julien Denormandie lors de son arrivée au Conseil européen des ministres de l’Agriculture. © Union européenne

Plein phare sur les écorégimes

Dossier clé : les « écorégimes », primes accordées aux agriculteurs. Ils pourraient représenter 25 % des paiements directs aux agriculteurs, à mi-chemin entre les propositions des États (20 %) et eurodéputés (30 %).

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Si les États veulent rester libres d’en définir le contenu avec « flexibilité », les eurodéputés réclament un encadrement strict et l’alignement sur les stratégies environnementales européennes (pacte vert, objectif de cultures bio…)

Les Vingt-Sept avaient approuvé en octobre 2020 la réforme de la politique agricole commune, avec un budget de 387 milliards d’euros pour sept ans, mais doivent s’entendre avec les eurodéputés.

Le verdissement dans l’impasse

« Les négociations sont sorties de la nuit dans une impasse en raison de l’opposition (des ministres) aux demandes de verdissement » du Parlement, a déploré l’eurodéputé Pascal Canfin (Renew, libéraux).

« Les agriculteurs ne doivent pas être ensevelis sous la bureaucratie […] Nous voulons récompenser les pratiques environnementales, mais cela doit être praticable financièrement, avait prévenu la ministre allemande Julia Klöckner. Les modes de calcul égarent les agriculteurs, c’est trop complexe », a-t-elle dénoncé dans la nuit.

« Nous ne voulons pas de nouveaux contrôles accrus »

Les États refusent aussi de conditionner les subventions aux agriculteurs au respect de normes sociales, avec d’éventuelles sanctions, comme le réclament les eurodéputés sociaux-démocrates.

« Nous ne refusons pas des standards sociaux, les droits des travailleurs. La question est : qui s’en occupe ? […] Nous ne voulons pas de nouveaux contrôles accrus sur les entreprises », a observé Julia Klöckner.

Anne Sander, négociatrice (PPE, droite) du Parlement, prône un « équilibre », rappelant que la transition écologique est suspendue à un « budget en berne » : « Sans revenus agricoles, sans durabilité économique, il n’y aura pas de durabilité environnementale et climatique », a-t-elle estimé.

AFP