L’annonce est tombée le 25 janvier 2019. L’atelier de découpe et de transformation d’Éloyes, qui emploie 81 salariés, et a traité 9 060 tonnes de viande bovine en 2018 (pièces et steaks hachés surgelés), fermera vers la fin du premier semestre de 2019. Il en ira de même pour le site de découpe de viande porcine et bovine du Mans (4 000 tonnes en 2018), employant 14 salariés.

10 millions d’euros à économiser

Le numéro 2 de la viande en France met en avant la baisse structurelle de la consommation de viande bovine (–10 % en 12 ans), la forte compétition régnant entre les multiples acteurs du secteur et la pression mise sur les prix par le basculement d’une clientèle atomisée de boucheries à de puissants distributeurs.

« Nous perdons de l’argent chaque année, déclare Elivia. Les investissements et les optimisations opérés sur nos 15 sites nous ont permis de diviser par deux les pertes entre 2017 et 2018, mais il reste encore environ 10 millions d’euros à économiser. » Deux sites ont donc été sacrifiés.

« Le site d’Éloyes a des coûts logistiques deux fois supérieurs à ceux des autres, des frais fixes très élevés et des activités qu’Elivia peut faire moins cher dans ses autres sites », a justifié le directeur du site aux partenaires sociaux. Le site du Mans est, quant à lui, « trop proche de celui que possède Elivia à Alençon (55 km), ce qui conduit à un chevauchement des zones d’affaires », détaille un communiqué du groupe.

Menaces sur la vente directe

« La prestation de service pour des éleveurs pratiquant la vente directe représente environ 10 % de l’activité du site d’Éloyes, souligne Philippe Mauchamp, conseiller en circuits courts à la chambre d’agriculture des Vosges. Ce sont 400 élevages, dont la moitié située dans le département, qui sont concernés par la fermeture du site. »

« S’ils pourront retrouver une solution pour la prestation de découpe, il n’existe en revanche pas d’autre outil de fabrication de steaks hachés surgelés dans le Grand Est. En 2018, 230 tonnes de steaks hachés ont ainsi été transformées à Éloyes, pour le compte d’éleveurs. L’équilibre économique de certaines exploitations est menacé. »

Elivia s’est engagé à poursuivre la prestation jusqu’en décembre 2019, aux mêmes coûts. La viande sera traitée sur un site normand. « Nous attendons une confirmation écrite d’Elivia », précise Philippe Mauchamp.

Préparer la suite

La chambre d’agriculture, la FDSEA et JA ont fait appel à un bureau d’études pour analyser les solutions se présentant aux éleveurs, notamment la reprise du site. « Le problème, c’est de réussir à atteindre un niveau d’activité suffisant pour faire tourner l’outil. Nous invitons donc les artisans et les petits industriels locaux intéressés à se joindre à la réflexion. »

Le 6 mars, une réunion d’information à destination des éleveurs sera organisée dans les locaux de la chambre d’agriculture. Les éleveurs peuvent également recenser leurs besoins en fabrication de viande hachée sur le site internet de la chambre d’agriculture.

Du côté des salariés, les discussions sont en cours entre direction d’Elivia et les partenaires sociaux. Certains salariés du site d’Éloyes pourraient se voir proposer un reclassement en interne, notamment dans l’abattoir de Mirecourt, à 50 km.

Valérie Scarlakens