Dans une note de synthèse du 2 juillet 2021, Agreste, le service de la statistique du ministère de l’Agriculture, relève un repli global de la consommation totale de viande, calculée sur bilan, pour l’année 2020. Même constat pour la consommation de viande apparente. Et ce, malgré l’augmentation inédite du nombre de repas pris à domicile qui a tiré à la hausse les achats de viande par les ménages sur la même année.

À lire aussi : La consommation à domicile a tiré les ventes de viande en 2020 (20/04/2021)

La consommation de viande totale recule encore

En 2020, pour la seconde année consécutive, la consommation totale de viande, calculée par bilan, ou mise à disposition sur le marché intérieur, recule de 1,5 % sur un an (graphique 1 — tableau 1). Ce repli global correspond à une baisse de la consommation moyenne de viande par habitant (- 1,7 %), qui passe de 86,0 kg par habitant en 2019 à 84,5 kg par habitant en 2020.

[Graphique 1] En 2020, nouveau recul de la consommation apparente de viande. ©Agreste, DGDDI

© [Tableau 1] En 2020, la consommation de viande de boucherie recule sur un an. ©Agreste, DGDDI

La consommation de viande de boucherie recule de 2,1 %. Ce net repli s’inscrit dans le contexte particulier de la crise sanitaire mais aussi de la tendance à la baisse enregistrée ces dix dernières années : — 0,4 % en moyenne par an entre 2010 et 2019. La part dans la consommation totale de viande perd ainsi cinq points (67,1 % en 2020, contre 72,0 % en 2010).

La consommation de volaille de chair, quant à elle, fléchit plus modérément (- 0,3 % sur un an), conséquence d’évolutions contrastées entre filières. Malgré l’augmentation du nombre de repas pris à domicile, la fermeture de la restauration hors foyer a pesé sur la consommation de volaille, après 20 ans de croissance ininterrompue.

Les mesures prises pendant la crise du Covid-19 expliquent en grande partie la baisse de la consommation (graphique 2).

[Graphique 2] En 2020, net repli de la consommation apparente de viande pendant les restrictions sanitaires. ©Agreste, DGDDI

La consommation apparente de viande bovine recule aussi

En 2020, la consommation globale de viande bovine poursuit le repli enregistré depuis 2015 et plus largement depuis 2011 (graphique 3). Malgré la hausse inédite de la consommation à domicile, la crise liée à la Covid-19 a amplifié ce recul : — 2,9 % en 2020, après une baisse plus limitée en 2019 (- 1,2 %). Sur la période 2010-2019, la consommation de viande bovine a diminué de 0,7 % en moyenne par an. En volume, elle reste la seconde viande la plus consommée en France (1 495 milliers de tec) après celle de porc, et devant celle de poulet.

[Graphique 3] En 2020, repli de la consommation apparente de viande. ©Agreste, DGDDI

La consommation moyenne par habitant de viande bovine diminue également, de 24,3 kg-équivalent carcasse (kgec) par habitant en 2019, à 23,6 kgec en 2020. Oscillant autour de 26 kgec par habitant entre 2003 et 2012, elle est descendue aux environs de 25 kgec jusqu’en 2018, pour se rapprocher ensuite des 24 kgec.

Issues à près de 92 % de l’Union européenne, les importations de viande bovine chutent de 16,8 % sur un an, pour atteindre près de 283 milliers de tec en 2020. Principalement destinées à la restauration hors domicile (RHD), elles ont été fortement touchées par les mesures sanitaires mises en place dans le cadre de la lutte contre la Covid-19 (confinements, baisse d’activité dans la restauration collective, limitation des flux touristiques).

Cette baisse concerne les achats de viande quelle que soit leur présentation : — 19,9 % pour les viandes fraîches et réfrigérées, — 13,1 % s’agissant des viandes congelées et — 1,4 % pour les volumes moins importants de préparations de viandes et conserves.

La consommation apparente de viande porcine repart à la baisse

La consommation de viande porcine souffre également des conséquences de la crise sanitaire. Toutefois, son repli reste limité sur un an (- 0,9 %) comparativement aux autres viandes. Elle reste la première viande consommée par les Français. La consommation moyenne par habitant baisse légèrement : 33,4 kgec en 2020, après 33,7 kgec en 2019.

Alors que la demande extérieure se maintient, grâce à la fermeté de la demande asiatique, les importations françaises de viande porcine fléchissent (- 3,6 % sur un an). Ce repli concerne aussi bien la viande fraîche que congelée et salée-fumée. Seuls les achats extérieurs de saucissons et saucisses augmentent (+ 3,0 %).

Baisse de la consommation apparente de viande ovine

Après une relative stabilité les années précédentes, la consommation de viande ovine recule, de 5,1 % en 2020. Les importations de viande ovine baissent de 10 %. La France a moins importé du Royaume-Uni, principal fournisseur (- 14,5 % sur un an) mais aussi d’Espagne et de Nouvelle-Zélande. En revanche, les importations se sont accrues en provenance d’Irlande (+ 8,5 %).

La consommation apparente de viande de volaille recule légèrement

En progression continue depuis 20 ans, la consommation française de volaille, toutes espèces confondues, se replie légèrement en 2020 (- 0,3 %). Avec près de 1,9 million de tonnes, la volaille fait partie des viandes de plus en plus consommées en France. Sa consommation tend à se rapprocher de celle de viande porcine. À l’exception de 2020 où elle stagne, la consommation moyenne de viande de volaille n’a cessé de croître : entre 2010 et 2019 notamment, elle a augmenté de 2,0 % en moyenne par an, passant de 23,8 kgec par habitant en 2010, à 28,3 kgec en 2019.

La consommation de poulet de chair (y compris de poule de réforme) est dynamique (+ 1,5 % sur un an), à un rythme cependant inférieur au taux de croissance annuel moyen observé depuis 2010 (+ 3,7 %). Le poulet reste, de loin, la principale volaille consommée : 74 % de la consommation de viande de volaille, contre 64 % en 2010. Par habitant, la consommation de viande de poulet progresse de 1,5 % en moyenne en 2020, atteignant 22,1 kgec.

La demande intérieure en viande de poulet est satisfaite pour près de la moitié par des importations. Après avoir augmenté jusqu’en 2016, en lien avec la croissance de la RHD dont l’approvisionnement repose en majorité sur l’importation de découpes de volaille, cette proportion décroît depuis 2017. En 2020, conséquence des restrictions sanitaires liées à la Covid-19 et, en particulier, de la fermeture d’une grande partie de la restauration hors domicile, le recul est plus accentué.

En baisse de 3,8 % en 2020, les importations françaises de viande de poulet proviennent à 93 % des pays de l’Union européenne (à 27). 78 % des volumes importés sont constitués de découpes de viande (filets, cuisses, etc..). Malgré le contexte sanitaire, en 2020, la Pologne a augmenté ses envois vers la France, devenant le premier fournisseur de viande de poulet devant la Belgique et les Pays-Bas. La Pologne représente ainsi un quart des importations françaises de viande de poulet.

À l’instar de la consommation de poulet, la consommation de dinde est en hausse (+ 1,8 % en 2020, après un repli en 2019). La viande de canard affiche, quant à elle, une forte baisse (- 14,0 % sur un an). Viande plus chère à l’achat s’agissant du canard gras et très présente en restauration collective sous forme de canard à rôtir, la consommation de viande de canard a été pénalisée par les conséquences de la crise sanitaire. Les importations de viande de canard chutent (- 26,7 % sur un an), réduisant leur part dans la consommation de viande française.

Oriane Dieulot