Les prix des céréales et des oléagineux s’affaissent cette semaine avec l’influence des pluies et le rapport du secrétariat américain à l’Agriculture (USDA). Pas de grosse lourdeur en vue pourtant à l’échelle mondiale que ce soit pour les céréales ou les oléagineux !

Un rapport de l’USDA interprété comme baissier mais à prendre avec prudence pour le blé

La semaine a été marquée par la publication de nouvelles estimations et prévisions dont celle de l’USDA qui a fortement influencé les prix.

C’est surtout le maïs, comme la semaine dernière, qui a exercé son impact sur les prix du blé (voir ci-dessous). Mais les chiffres américains du blé ont tout de même été considérés comme baissiers. L’USDA a relevé sa prévision des stocks de blé US pour la fin de la campagne en cours à 23,7 millions de tonnes contre 23,2 le mois dernier, à un niveau supérieur à celui attendu par beaucoup d’opérateurs US. Par ailleurs, l’organisme prévoit les stocks US à la fin de la campagne de 2021-2022 à 21,1 millions de tonnes, un niveau plus haut aussi que la moyenne des opérateurs.

L’USDA a aussi donné sa première version du bilan mondial de blé pour 2021-2022, entérinant une forte hausse de la production mondiale et une stabilisation des stocks. Combinés avec l’influence du maïs, ces chiffres ont été considérés comme baissiers et ont fait chuter les prix US et les prix européens.

Pourtant, même s’ils ont été relevés légèrement, les stocks de blé aux USA sont très bas pour la fin de la campagne en cours et l’USDA vient de confirmer qu’ils le resteront encore pour la prochaine campagne !

À l’échelle mondiale, nous pensons qu’une stabilisation des stocks ne peut en aucun cas être considérée comme une nouvelle baissière… D’autant plus que l’USDA reste très prudent en ce qui concerne son estimation de la consommation animale mondiale de blé. Nous prévoyons que cette dernière va augmenter de 10 millions de tonnes en 2021-2022 alors que l’USDA prévoit une progression de 1,4 million seulement !

Nous lisons donc les données américaines comme celles d’une situation qui restera assez tendue en 2021-2022.

FranceAgriMer a aussi publié ses nouveaux bilans cette semaine, réduisant le stock de blé attendu à la fin de la campagne de 2020-2021 en France de 100 000 tonnes à 2,6 millions de tonnes. Notre prévision se situe encore plus bas, à 2,1 millions de tonnes.

Bonnes conditions climatiques et perspectives de récolte en blé

La semaine a été marquée aussi par la confirmation du retour des pluies en Europe, en France notamment et dans les plaines de blé d’hiver aux États-Unis (USA). Les inquiétudes pour les récoltes de blé diminuent donc de part et d’autre de l’Atlantique mais il reste quand même à surveiller le nord des USA et l’ouest du Canada où la situation hydrique n’est pas très favorable au développement des blés de printemps.

Dans notre publication Stratégie grains de cette semaine, nous maintenons notre prévision de la récolte de blé tendre de l’Union européenne (UE) à près de 130 millions de tonnes (UE 27), soit 138 millions de tonnes en incluant le blé dur (127 l’an passé). Nous avons revu la récolte de blé tendre de la France en baisse à 36,1 millions de tonnes (–0,5) mais cela est compensé par une amélioration des perspectives dans le centre-est de l’UE.

En Russie, la situation est contrastée avec des dégâts d’hiver dans les terres noires du Centre beaucoup plus important que prévu mais une très bonne situation dans le Sud. L’USDA, dans sa publication de mercredi 12 mai 2021, a estimé la récolte russe à 85 millions de tonnes, soit un niveau proche de celui de l’an dernier. Ce chiffre fait débat, le consensus pour l’instant se situant plus près de 80 millions de tonnes.

Au final, la baisse des prix US appuie sur les prix français qui abandonnent 8,5 €/t rendu Rouen cette semaine en nouvelle récolte à 214,5 €/t. Les cotations chutent aussi sur le Matif à 219,5 €/t à la mi-journée pour l’échéance de septembre (232 €/t vendredi dernier à la fermeture).

À lire aussi : Face au stress hydrique, des céréales sous surveillance (12/05/2021)

Nette correction baissière des prix mondiaux en maïs

L’USDA a donné le ton sur le marché mondial du maïs cette semaine avec la publication de ses bilans mensuels et de sa première prévision pour la campagne de 2021-2022.

L’organisme prévoit les stocks de maïs US à 31,9 millions de tonnes à la fin de 2020-2021 et à 38,1 millions de tonnes à la fin de la prochaine campagne de 2021-2022. Ces estimations indiquent une situation qui reste très tendue, surtout pour la fin de la campagne en cours. Néanmoins, comme ces stocks sont légèrement supérieurs à ce qui était attendu par les opérateurs US, ils ont déclenché un fort mouvement de baisse à Chicago qui s’est reporté sur la plupart des origines mondiales (qui ont perdu environ 20 $/t).

L’USDA a aussi confirmé la forte progression probable de la récolte de maïs mondiale pour 2021-2022 ; il estime cette progression à 5,4 %, un niveau légèrement plus modéré que ce que nous retenons dans notre dernière publication Stratégie grains cette semaine (+6 %). La production US de maïs, particulièrement, est prévue par l’USDA proche de 380 millions de tonnes contre 360,25 millions de tonnes en 2020.

Pour aboutir à ce chiffre, l’USDA table sur un rendement extrêmement élevé, qui ne sera atteint qu’en cas de très bonnes conditions climatiques. Sur un autre front, l’USDA a aussi revu à la baisse la récolte brésilienne à 102 millions de tonnes (–7) alors qu’il y a probablement un risque que cette récolte n’atteigne pas les 100 millions de tonnes (nous la prévoyons à 95 millions de tonnes).

Comme pour le blé, les chiffres de l’organisme américain ont donc fait baisser les prix alors qu’ils ne viennent pas changer beaucoup la situation fondamentale : le bilan US du maïs reste très tendu et la récolte brésilienne risque de descendre encore en dessous de l’estimation des 102 millions de tonnes publiées.

L’USDA confirme aussi que la situation se détendra légèrement en 2021-2022 avec une légère augmentation attendue des stocks mondiaux à 292 contre 284 millions de tonnes. C’est l’augmentation des stocks que le marché a vu. Il n’a cependant pas attaché d’importance au fait que cette augmentation reste très faible. Malgré la poursuite de grosses ventes de maïs US à la Chine cette semaine, la publication de l’USDA a donc une vague de liquidations après les fortes prises de positions à l’achat passées les semaines précédentes ; nous n’attendons toutefois pas de grand effondrement à cause de la tension qui demeure.

Les prix français ont suivi la tendance en abandonnant entre 10 et 16 €/t entre le Fob Rhin à 250 €/t (base juillet) et le Fob Bordeaux à 240 €/t.

Les orges fourragères corrigent aussi en baisse mais pas les orges brassicoles

L’orge fourragère aussi a vu ses prix baisser au cours de la semaine : rendu Rouen, elle vaut maintenant 209 €/t pour la nouvelle récolte, soit 8 €/t de moins que la semaine dernière.

L’orge a suivi le maïs et le blé à la baisse. L’USDA (dont les chiffres sont moins regardés en orge qu’en blé ou en maïs) prévoit une baisse de la production mondiale et une baisse des stocks d’orge dans le monde pour la prochaine campagne. Notre prévision Stratégie grains de ce mois va exactement dans le même sens, avec des besoins chinois qui pourraient se rétracter légèrement mais devraient rester conséquents. Sauf si un accord miracle se profilait très rapidement entre la Chine et l’Australie, il semble que la Chine aura encore largement besoin des orges françaises en 2021-2022 même si la concurrence canadienne et argentine s’accroît. Pas de grande détente en vue !

Sur le créneau brassicole, les prix n’ont pas suivi la tendance de baisse générale malgré les pluies bénéfiques pour les orges de printemps. À Creil, les prix de la récolte de 2021 ont gagné 8 €/t pour les variétés d’hiver à 225 €/t et 1 €/t à 230 €/t pour les variétés de printemps (base juillet). La situation de 2021-2022 s’annonce tendue pour les orges brassicoles à l’échelle de l’UE et cela explique probablement cette indépendance des prix brassicoles par rapport aux prix fourragers.

Légère correction à la baisse des prix du colza français

Les prix des colzas rendus Rouen et Fob Moselle de la nouvelle campagne ont essuyé un recul de 6,5 €/t entre le 6 et le 13 mai avec l’arrivée de pluies abondantes sur une bonne partie de la France, qui alternent avec des périodes ensoleillées.

Les colzas ont pu bénéficier de ces conditions et voir leur état général s’améliorer. Les prix du colza se situent maintenant tous à 543,50 €/t rendu Rouen et Fob Moselle pour des livraisons sur juillet-septembre. L’an dernier à la même époque, les prix de la nouvelle campagne étaient pour mémoire de seulement 375 €/t ! La forte tension dans l’UE et à l’échelle mondiale à la fois sur la fin de la campagne de 2020-2021 et sur la campagne à venir, continuent de soutenir les prix.

Tension sur les canolas canadiens mais affaissement cette semaine

La tension sur les canolas canadiens est très forte sur la période de juillet à septembre, car, au Canada, les nouvelles moissons ne sont pas attendues avant octobre, et les stocks de la moisson de 2020 sont au plus bas. Les stocks estimés par le ministère canadien de l’Agriculture ont été récemment publiés. Ils sont évalués à 6,6 millions de tonnes au 31 mars, soit en chute de 37 % ou encore de 4 millions de tonnes sur un an !

Cette chute spectaculaire est due à la très forte demande en canola de l’industrie de la trituration, que ce soit au Canada ou dans les autres pays. Elle résulte de l’explosion des prix des huiles végétales sur la campagne, avec une chute des productions d’huile de tournesol en mer Noire et dans l’UE ainsi que d’huile de palme en Malaisie. Par ailleurs, les utilisations industrielles des huiles et notamment du secteur du biodiesel ont fortement progressé dans plusieurs pays (Brésil, USA, Indonésie…). Cela soutient également les prix canadiens.

L’échéance de juillet 2021 sur le marché à terme canadien est ainsi cotée à 706 $/t, soit 74 % plus haut qu’il y a un an. Toutefois, les prix canadiens se sont corrigés en forte baisse cette semaine (–81 $/t). Les semis de la nouvelle moisson ont en effet fortement progressé dans le Manitoba et le Saskatchewan, les agriculteurs profitant du temps sec. Des précipitations sont annoncées sur ces régions d’ici à la fin de mai (au moins 20 mm). De plus, dans l’Alberta, des précipitations bienvenues et propices à une bonne émergence sont tombées ces derniers jours, et d’autres devraient arriver d’ici à la fin du mois.

Petite remontée des cours du soja

Sur le marché de Chicago, le prix du soja sur l’échéance de juillet 2021 a bénéficié d’un petit regain de prix sur la semaine (+5 $/t entre le 6 et le 13 mai 2021). Les prix ont surtout été soutenus par la publication de l’USDA, qui a publié le 12 mai 2021, pour la première fois, des bilans prévisionnels de soja pour 2021-2022.

Malgré une production US de soja prévue en hausse de plus de 7 millions de tonnes à presque 120 millions de tonnes en 2021, les stocks de soja à la fin de septembre 2022 ne sont prévus en hausse que de 0,6 million de tonnes sur l’année en raison de la chute des stocks de début de campagne et d’une nouvelle progression de la trituration prévue en 2021-2022.

Les prix du soja ont ainsi atteint des plus hauts historiques, avant de retomber en fin de semaine, entraînés à la baisse par des prises de positions des opérateurs de marché, et surtout par les prix du maïs.

Par ailleurs, l’annonce par le Brésil que seulement 10 % de biodiesel devra être incorporé obligatoirement dans le diesel sur les prochains mois (au lieu de 13 % selon le plan initial) a apporté de la pression sur les cours du soja en fin de semaine. Cette semaine, le ministère brésilien a confirmé sa récolte de 2021 aux alentours de 135 millions de tonnes, un niveau historiquement élevé.

En Argentine, un peu plus de la moitié de la récolte de 2021 est déjà engrangée. Les ventes de soja de cette nouvelle récolte sont très lentes, les agriculteurs argentins préférant stocker leur soja pour se prémunir des variations du peso argentin par rapport aux autres monnaies. Seuls 1,9 million de tonnes de soja sont engagées à l’exportation contre 5,6 l’an dernier à la même époque. L’offre argentine étant limitée, cela devrait soutenir les cours durant encore quelques mois.

Hausse des cours des matières riches en protéines

Le tourteau de soja à Montoir est coté à 449 €/t au 13 mai, en hausse de 14 €/t sur la semaine. La lenteur des ventes de soja argentin soutient fortement les cours.

Le pois départ Marne de la récolte de 2020 est côté à 272 €/t au 13 mai, en hausse de 7 €/t sur la semaine. Il a bénéficié de la hausse des cours du tourteau de soja en France.

Progression des cours du tournesol nouvelle campagne.

Les prix de la nouvelle campagne sont en hausse de 10 €/t sur la semaine pour la qualité oléique, à 505 €/t pour les tournesols rendus Bordeaux ou Saint-Nazaire. Cette semaine, les cours ont été soutenus par un achat d’huile de tournesol de l’Égypte, alors que ce pays avait favorisé les achats d’huile de soja depuis 7 mois. Malgré un prix très élevé, le Gasc s’est procuré 10 000 tonnes d’huile de tournesol.

Par ailleurs, les prix ont été soutenus par l’estimation des surfaces de 2021 de tournesol du SSP (services de la statistique du ministère de l’Agriculture) en France : malgré une forte demande et des prix élevés, la surface serait en recul de 14 %, à 666 000 ha. Cela découlerait de la forte hausse de la surface des céréales d’hiver.

La nouvelle récolte de tournesol en mer Noire a bénéficié de températures proches de la normale en mai, et de précipitations abondantes. Plus de la moitié des surfaces prévues sont ensemencées en Ukraine. Une bonne humidité des sols devrait favoriser l’émergence.

Tallage

À suivre : conditions météo dans l’hémisphère Nord pour les blés de printemps et le développement des blés d’hiver, récolte de maïs au Brésil, surface de maïs et de soja aux USA, stocks de blé russes, semis de canola au Canada, de tournesol en mer Noire, demande en huiles en Inde, production d’huile de palme en Asie.

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