La Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB) a présenté ce mercredi 1er décembre le bilan de la campagne de 2021. « Celle-ci ne peut être jugée que meilleure comparativement à celle de 2020, une des plus mauvaises récoltes depuis 30 ans à cause de la jaunisse virale », estime son président Franck Sander.

« L’enjeu d’aujourd’hui est donc de conforter la performance agronomique de la betterave face à la jaunisse, au charançon et au changement climatique. » Et cela passe, selon la CGB, par le plan national de la recherche et de l’innovation (PNRI) dont l’objectif est de trouver, d’ici à 2023, des solutions alternatives aux néonicotinoïdes.

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« La recherche va nous apporter des réponses concrètes »

Si l’épisode historique de gel printanier a entraîné la perte de 14 % des surfaces totales de betteraves qui ont dû être ressemées, la jaunisse est « la catastrophe qui reste dans toutes les têtes », assure Franck Sander. En 2020, cette maladie a fait perdre quelque 280 millions d’euros aux planteurs. Mais, selon le président de la CGB, « la recherche va nous apporter des réponses concrètes ».

« On pourrait même envisager que d’ici à cinq, voire dix ans, poursuit-il, il n’y ait plus de traitement grâce aux alternatives. Pour y parvenir, on doit tous se mettre en mode “task force” — force d’intervention — pour améliorer la recherche publique. »

La CGB rappelle ainsi que, depuis la mise en place en septembre 2020 du plan de soutien du gouvernement à la filière de la betterave sucrière, cette dernière « est totalement investie » dans le cadre du PNRI élaboré par l’Institut technique de la betterave (ITB) et l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).

« On devra toujours utiliser des phytos en agriculture »

« Le PNRI est un supervéhicule », appuie Pierre Rayé, le directeur général de la CGB. Car ce plan vise à identifier les combinaisons de solutions optimales pour prévenir au mieux les pertes de rendement engendrées par les virus de la jaunisse sur betteraves.

De gauche à droite : Pierre Rayé, directeur général de la CGB, et Franck Sander, président de la CGB. © Capture d’écran de la conférence de presse de la CGB le 1er décembre 2021.

« On a mis en place des moyens comme on n’en avait encore jamais vu, insiste-t-il. Des premières solutions sont à l’étude et dès l’année prochaine, le PNRI s’exprimera davantage grâce à la mise en place de fermes pilotes à travers la France qui testeront en conditions réelles ces alternatives. »

Mais des questions restent en suspens, rappelle le président de la CGB. À savoir, « quel sera le coût de ces dispositifs d’atténuation ? Pourra-t-on garder les mêmes variétés de betteraves que celles d’aujourd’hui ? Le président de la République sera-t-il capable d’imposer des clauses miroirs ? »

Si la CGB assure que la recherche apportera des solutions d’ici à 2023, « elles seront toutefois moins efficaces que les néonicotinoïdes. On devra toujours utiliser des produits phytopharmaceutiques en agriculture, même à petites doses », tempère Franck Sander.

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La CGB renouvelle sa demande de dérogation pour 2022

En l’absence d’alternatives encore pleinement opérationnelles, « il est inenvisageable pour les betteraviers de ne pas pouvoir utiliser des néonicotinoïdes pour protéger leurs betteraves des ravages de la jaunisse », soutient la CGB. C’est pourquoi le syndicat a envoyé une demande officielle au gouvernement à la fin de novembre pour assurer le renouvellement de la dérogation pour l’utilisation des néonicotinoïdes en 2022.

Sur la dernière récolte, « on a vu des impacts de la jaunisse au sud de Paris, déplore le président du syndicat. Il y a eu de la casse alors qu’on n’était pas sur une année à forte pression. En l’absence d’alternatives efficaces, on reste mobilisé pour protéger nos betteraves et nos agriculteurs. »

Si la dérogation est accordée, elle le sera au début de 2022, « occasionnant une nouvelle course contre la montre pour assurer la préparation et la livraison des semences ».

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Oriane Dieulot