La mandature municipale 2020-2026 aurait été marquée par un record historique de démissions. Qu’en est-il des maires agriculteurs ?

Il y en a de moins en moins. Mais parce que les agriculteurs se réduisent dans la population totale comme une peau de chagrin. C’est mécanique. De manière générale, je n’entrevois pas de crise de vocation des maires, le taux de sortants qui se représentent reste stable. Certes, les mandatures des édiles ne sont pas un long fleuve tranquille, mais beaucoup restent motivés par la fonction et la poursuite des projets en cours ou la volonté d’en commencer des nouveaux.

Qui plus est, dans les petites communes rurales, les maires ont multiplié les mandats. Ils arrivent à un âge qui fait que certains d’entre eux peuvent décéder durant leur mandature ou sont simplement trop vieux pour repartir. C’est la fin d’un cycle, avec des départs de maires d’une même génération.

S’il y a moins de maires agriculteurs, le monde agricole est-il pour autant absent des conseils municipaux ?

Non. Les agriculteurs n’ont peut-être plus la place qu’ils occupaient avant en tant que maires, mais qu’ils soient chefs d’exploitation ou proches du monde agricole, ils restent attentifs à la destinée de leur commune et surveillent, voire gèrent, avec attention, une part considérable du foncier sur notre territoire.

Une étude que j’ai coréalisée pour l’Association des maires de France (AMF) avec Martial Foucault en novembre 2025 est assez éloquente. Sur 3 700 répondants, seulement 4,6 % des maires disent que les relations entre le monde agricole et le conseil municipal sont mauvaises ou très mauvaises ; et plus de 80 % des agriculteurs les jugent bonnes ou très bonnes. C’est dire combien les liens qui unissent les édiles et l’agriculture sont forts.

Comment les agriculteurs maintiennent-ils leur ancrage dans la vie locale sans être maires ?

D’une manière différente. La population en général a modifié sa manière de militer. Le fait de voter ou d’être élu n’est plus l’unique moyen. Bloquer des autoroutes, manifester, rejoindre le milieu associatif, c’est aussi militer. Et les agriculteurs n’y échappent pas. Pour ancrer l’agriculture dans leur territoire, ils ne le font plus seulement en tant qu’élus. Ils usent d’autres moyens.

Cela va aussi de pair avec la façon dont ils appréhendent désormais leur métier. L’ancienne génération travaillait toute la journée, se rendant le soir en mairie pour les tâches administratives liées à leur fonction de maire. Les nouveaux agriculteurs, qu’ils le soient par héritage ou vocation, aspirent à autre chose. Ils veulent travailler mais aussi partir en vacances, comme toute autre profession. Le soir, ils gèrent l’administratif de leur exploitation depuis chez eux, dont le volume a largement augmenté comparé aux générations précédentes.

Quelle place les élections municipales de 2026 accordent-elles à l’agriculture ?

Les agriculteurs ont une aura qui a évolué ces trente dernières années. Ça se ressent dans les enquêtes d’opinion auprès des Français. On est très loin de la vision des paysans des années 1980 qui étaient stigmatisés, relayés au rang de « campagnards » loin des réalités du monde contemporain.

Désormais, les électeurs ont une vision positive, mais fantasmée des agriculteurs et agricultrices. Ils les soutiennent, mais sans vraiment les comprendre. Cependant, comparés aux taxis, aux chauffeurs routiers, aux étudiants, les agriculteurs, lorsqu’ils manifestent, possèdent une cape de « superman » sur laquelle est écrit « je nourris la France ».

La présence d’agriculteurs sur une liste électorale influe-t-elle sur les votes ?

Oui, sur les votes des agriculteurs, sans que l’agriculture soit pour autant la thématique jugée la plus importante pour 2026-2032.

Selon la dernière enquête coréalisée avec François Purseigle en vue des municipales, l’accès aux services de santé est la plus importante pour les maires (56 %), comme pour les agriculteurs (26 %). La question agricole arrive, quant à elle, en dernière position pour les maires (18 %) et à la troisième place pour les agriculteurs (26 %).