En ce début de vacances scolaires d’hiver, Hélène Moreau nous reçoit dans une ambiance animée, entourée de ses quatre enfants : Evann (13 ans), Elie (11 ans), Brice (7 ans) et Zoé (4 ans). En congé de maternité depuis peu, elle attend son cinquième enfant pour avril. Sur la ferme laitière, l’éleveuse garde néanmoins un œil attentif et doit y faire quelques passages, faute de remplacement toujours assuré. Avec son mari Cyril, Hélène est à la tête d’un troupeau de 90 vaches de race prim’holstein sur 133 ha, à Visseiche, en Ille-et-Vilaine. Le Gaec produit 1,2 million de litres de lait par an, avec l’aide d’un salarié, Thomas. Deux robots de traite sont en service depuis 2019.
Adaptation et débrouille
« La première semaine de mon congé de maternité, j’ai eu un jeune de l’association de remplacement tous les après-midi, puis un autre en journée la semaine suivante. Et durant mon congé pathologique, quinze jours avant, c’était déjà une autre personne », raconte Hélène, 36 ans. Lors de sa déclaration de grossesse à la MSA, elle a désigné cette association à laquelle adhère le Gaec, en sollicitant le maximum d’heures de remplacement autorisées : six heures par jour, week-end compris.
Reste que l’association ne dispose que d’une salariée à plein temps et qu’elle s’appuie surtout sur des jeunes, disponibles pendant les week-ends ou les vacances scolaires, ou sur des solutions de dépannage avec d’autres structures. En attendant, Hélène s’adapte. Responsable des veaux, elle veille à ménager ses efforts pour les charges lourdes et a arrêté d’utiliser des huiles essentielles pour les vaches.
« C’est compliqué, car les remplaçants changent sans cesse : il faut réexpliquer les consignes à chaque fois. Je ne suis pas totalement sereine et, pour les jeunes, trouver leurs repères n’est pas toujours évident », confie-t-elle. Heureusement, la période est encore calme, ce qui limite la pression. « Nous faisons l’effort de motiver des jeunes dans l’espoir d’avoir un remplaçant au moment de l’accouchement et pour les semis de maïs qui vont suivre. »
Lors de la naissance de Zoé, leur quatrième enfant, le couple s’était débrouillé pour faire embaucher par l’association leur apprenti, devenu salarié depuis, comme unique remplaçant. « C’était bien plus simple et rassurant ! » Cyril et Hélène ont du mal à déléguer. « Avec des animaux, les incidents peuvent se produire en un rien de temps », justifie-t-elle. Cet après-midi-là, sous une pluie battante, Hélène reçoit la visite de son amie Aurélie, elle aussi éleveuse et mère de quatre enfants. Toutes les deux sourient en comparant leur parcours. Aurélie a connu jusqu’à dix intervenants par congé de maternité. « Cinq, ça aurait été le “turnover” maximum supportable », estiment-elles d’une même voix.
Des enfants élevés sur la ferme
Pour cette cinquième naissance, le couple a déposé pour la première fois une demande de congé de paternité, « tout en sachant que les soucis de remplacement seront les mêmes ».
Par choix, les Moreau n’ont jamais eu recours à un mode de garde extérieur. « Nous pouvons concilier vie de famille et travail, la maison n’étant qu’à 200 mètres de la ferme. C’est un des avantages de notre métier », souligne Hélène. Les robots de traite lui offrent une grande souplesse : elle peut fractionner ses tâches, rentrer à la maison entre deux interventions et garder une oreille sur le babyphone. Le bureau chauffé du Gaec sert aussi de pièce de sieste et d’espace pour le parc des tout-petits. Ingénieuse, Hélène a même prévu deux châssis de landau, dont un est réservé à la ferme.
Vers deux ans et demi, son futur bébé rejoindra la crèche, pour découvrir la vie en collectivité. L’organisation est millimétrée : Hélène aide les enfants à se préparer avant le passage du car scolaire de 8 heures, qui s’arrête juste devant la maison. Le soir, ils prennent leur goûter et commencent leurs devoirs de manière autonome si elle rentre un peu plus tard. « Ce rythme nous va bien très bien », assure la jeune maman, débordante d’énergie et toujours prête à s’impliquer, que ce soit au bureau du syndicat Jeunes Agriculteurs ou à l’association des parents d’élèves de l’école.