Seules 65 % des exploitantes agricoles ayant accouché en 2024 ont effectivement pris leur congé de maternité, selon la MSA. Sous certaines conditions, les non-salariées agricoles peuvent bénéficier d’une allocation de remplacement couvrant les frais liés à leur absence sur l’exploitation. En 2024, 995 d’entre elles y ont eu recours.

Lorsque le remplacement est assuré par un service de remplacement (SR), la MSA verse l’allocation à la structure (CSG et CRDS incluses). Si aucun agent n’est disponible, l’exploitante peut recruter directement un salarié. La MSA lui rembourse alors les frais engagés, sur présentation du contrat de travail et du bulletin de salaire.

Depuis 2019, en l’absence de remplaçant, les cheffes d’exploitation peuvent percevoir des indemnités journalières (IJ). Les collaboratrices et aides familiaux n’y ont pas accès. Ce dispositif reste très peu utilisé : 91 exploitantes seulement en ont profité en 2024. Pour être indemnisée, la future maman doit cesser totalement son activité pendant au moins huit semaines, dont six après l’accouchement.

En 2024, plus d’un tiers y a renoncé

Alors pourquoi plus d’un tiers des agricultrices renoncent-elles encore à ce droit ? Différents obstacles sont évoqués. « Le dispositif du congé de maternité est bon, mais il manque de flexibilité, témoigne Anaïs Amalric-Joary, viticultrice en Gaec à Foissac (Gard) et présidente de la MSA du département. À la naissance de ma fille en octobre 2014, j’ai pu avoir un remplaçant… Mais à un moment où il n’y avait presque rien à faire, puisque nous sommes en cave coopérative. »

« J’aurais préféré avancer ce remplacement au moment des vendanges, poursuit-elle. Faire des travaux agricoles intensifs à plus de six mois de grossesse est extrêmement éprouvant. Résultat : j’ai accouché de façon prématurée. Pour mon fils en 2018, nous avions pu garder un alternant et ma famille a redoublé d’efforts pour m’aider. » Anaïs Amalric-Joary plaide pour que les agricultrices soient mieux informées et que leur suivi médical, avant et après la grossesse, soit renforcé.

Le remplacement est souvent un défi : les profils proposés ne répondent pas toujours aux besoins. « Pour mon premier fils en 2016, je n’ai pas demandé de congé de maternité, faute d’information, et j’ai tout accompli avec l’aide de mon père et de mon conjoint… » raconte Sabrina Abadie, éleveuse d’une trentaine de chevaux à Sarrouilles (Hautes-Pyrénées) et quatrième vice-présidente de la Coordination rurale.

« Comme je faisais de la rétention d’eau, bouger les chevaux en plein été était un enfer, se souvient-elle. Pour mon deuxième fils en 2024, j’ai déposé une demande d’allocation de remplacement. Mais trouver un remplaçant est un vrai casse-tête, surtout avec les chevaux : certains ont peur, d’autres manquent d’expérience. Le matin de l’accouchement, je mettais du foin et de l’eau aux animaux car je n’avais personne. »

Des avancées possibles

Sabrina Abadie souligne les avancées possibles : simplifier les démarches, les automatiser, revaloriser les indemnités journalières et rendre l’adhésion au service de remplacement accessible à toutes, dans tous les territoires.

Catherine Faivre-Pierret, éleveuse laitière dans le Doubs et présidente de la commission nationale des agricultrices de la FNSEA, apprécie le chemin parcouru. « Mais tout n’est pas acquis : trouver des agents reste difficile, surtout pour les exploitations diversifiées ou atypiques. Le “turnover” pendant le congé est une vraie contrainte. Les agricultrices ont encore des combats à mener pour obtenir des droits comparables à ceux d’autres catégories professionnelles. Par exemple, pour le futur congé de naissance ou pendant un parcours de procréation médicalement assistée (PMA) lors de leurs soins. »

« Même si la situation évolue bien, l’accès aux droits reste compliqué, surtout pour les jeunes installées, estime Amandine Pacault, éleveuse et maraîchère dans les Deux-Sèvres. À six mois de grossesse, il faudrait que les paysannes puissent plus facilement cesser leur activité, car le métier est physique et parfois dangereux pour leur santé et celle de leur bébé. Un arrêt de maladie permet des IJ, mais celles-ci ne couvrent pas tous les frais. À la Confédération paysanne, nous travaillons sur le futur congé de naissance, un progrès vers plus d’égalité dans la parentalité. »

Présenté le 23 février 2026 au Salon de l’agriculture, le plan ministériel pour favoriser la place des femmes en agriculture prévoit trois actions sur le congé de maternité : d’ici à 2027, une information renforcée par la MSA sur les droits liés à la grossesse et à la maternité ; à l’horizon de l’été 2027, la mise en place de remplacements avec des horaires plus flexibles ; enfin, une campagne de promotion des congés auprès des conjoints, y compris non affiliés au régime agricole.

Un signal positif pour les agricultrices, qui attendent désormais des mesures opérationnelles pour que maternité et métier puissent enfin se concilier dans les fermes.