Porter des charges, courir partout… Les trois premiers mois de sa grossesse, durant l’été 2024, Juliette Ohlmann a travaillé « comme si de rien n’était ». « J’étais en stage test installation transmission sur une exploitation maraîchère, relate Juliette, à la tête depuis décembre 2024 des Jardins du Pont de Chêne, à Chaponost (Rhône). Je me sentais en forme et ne voulais pas en parler trop tôt au cédant. Mais je l’ai payé par des contractions fréquentes dès trois mois. J’ai dû lever le pied. À la fin du stage, je me suis retrouvée seule en tant que cheffe d’exploitation enceinte de six mois. »
Une salariée recrutée par le biais du service de remplacement
Un « superréseau d’entraide » et des embauches ponctuelles l’ont aidée à gérer les récoltes et les ventes jusqu’à son congé de maternité. Arrêtée à la mi-février 2025 pour dix-huit semaines, dont deux pour grossesse pathologique, elle a recruté elle-même sa remplaçante pour poursuivre la culture des légumes bio sur 5 000 m² de plein champ et sous trois tunnels.
Celle-ci devait également assurer les ventes aux particuliers, dont 80 % via des paniers commandés sur Cagette.net et distribués les mardis et vendredis. « J’ai contacté quelqu’un de confiance plusieurs mois à l’avance, relate-t-elle. Pour m’éviter de la salarier moi-même en avançant l’argent, elle a été embauchée par le service de remplacement, qui réglait ses salaires et indemnités de transport et se faisait rembourser par la MSA. Le besoin avait été estimé à 45 heures par semaine, mais le fonctionnement était souple : chaque heure travaillée était notifiée et payée. »
Passer le relais
Avant de se mettre en retrait, Juliette a formé sa remplaçante aux techniques de maraîchage sur sol vivant non mécanisé et fait des ventes avec elle. « Pendant mon repos forcé, j’avais mis au propre le plan de culture et créé des outils numériques qui l’ont aidée à devenir autonome, ajoute-t-elle. J’étais sereine avant d’accoucher. »
Son retour au travail à la fin de juin a été « chaotique », tandis que son conjoint (non-agriculteur) prenait un congé parental jusqu’à l’entrée de leur enfant à la crèche en septembre. « Au bout de deux mois et demi, c’était dur émotionnellement de me séparer de mon bébé, et épuisant physiquement », confie la jeune maman.
« Je me suis retrouvée seule en pleine saison de production pendant la canicule, mal remise de l’accouchement, réveillée trois fois par nuit, avec de gros chantiers de plantation et beaucoup de ventes. Je n’avais pas encore de trésorerie pour salarier quelqu’un, sauf pour gérer des urgences. Si c’était à refaire, je ferais un emprunt pour prolonger le contrat de ma remplaçante. »
Âgé de onze mois, son fils ne l’accompagne pas au travail. « Il y a ce fantasme du bébé dans les champs, sourit Juliette. Mais entre l’absence d’eau potable, les moustiques-tigres et les intempéries, ce n’est pas sa place. Je préfère travailler seule efficacement pour avoir ensuite du temps avec lui à la maison. »