L’hiver a mis les producteurs bretons de légumes à rude épreuve. Les récoltes compliquées par les conditions météorologiques et les prix, loin d’être rémunérateurs, ont mis les trésoreries à sec alors qu’il faut déjà relancer les semis de printemps.
La situation se reflète dans les chiffres de la Sica Saint-Pol-de-Léon, présentés le 16 mars 2026 : le chiffre d’affaires de l’activité légumes a reculé en 2025, à 188 millions d’euros. Et il s’effondre encore de 22 % à mi-février 2026, malgré des volumes en hausse. « Depuis septembre 2024, nous avons du mal à valoriser nos produits » constate Marc Kéranguéven, président de la coopérative légumière.
Une concurrence européenne accrue
Si le pouvoir d’achat des ménages joue un rôle dans ces chiffres, d’autres facteurs pèsent encore plus lourd. La production légumière se développe dans de nombreux pays européens, chacun cherchant à alimenter son marché intérieur.
« En novembre, l’Allemagne, jusque-là importatrice de chou-fleur, est devenue autosuffisante. L’Angleterre, elle, exporte désormais. Le réchauffement climatique permet à ces pays de prolonger leur saison de production, ce qu’ils ne faisaient pas auparavant », souligne Marc Kéranguéven.
Dans le même temps, les surfaces cultivées en Bretagne diminuent. En chou-fleur, la Sica a perdu 21 % de ses surfaces en sept ans. « Pourquoi la production française baisse-t-elle alors que celle de nos voisins (Italie, Espagne, Belgique, Pays-Bas, Allemagne) augmente fortement ? » s’interroge-t-il. En Allemagne, la production de légumes a bondi de 40 % entre 2017 et 2022.
Des règles du jeu inégales
Cette perte de compétitivité s’explique d’abord par les distorsions de concurrence au sein de l’Union européenne. « En Espagne ou en Italie, le coût de la main-d’œuvre est 35 à 36 % inférieur au nôtre », rappelle Marc Kéranguéven. Or, la main-d’œuvre pèse 40 % du coût de production d’un légume.
La réglementation phytosanitaire accentue encore l’écart : la France interdit certaines molécules pourtant homologuées au niveau européen et utilisées par ses voisins. À cela s’ajoutent les difficultés de stockage de l’eau, sans parler de la fiscalité.
« On nous parle de souveraineté alimentaire, mais on ne rémunère plus nos producteurs alors que la France ne couvre que 50 % de ses besoins en fruits et légumes », regrette Thomas Quillévéré, le secrétaire général de la coopérative.
Face à la ministre de l’Agriculture, le 12 mars 2026, Marc Kéranguéven a réclamé des mesures concrètes : « Nous attendons de l’État une vraie volonté d’agir face aux distorsions européennes. La France recule parce qu’elle ne joue plus avec les mêmes règles que ses voisins. »