Hiver particulièrement doux, pluies incessantes, volumes excédentaires et prix en chute libre : les producteurs de légumes bretons vivent une campagne éprouvante. « Des conditions extrêmes pour ramasser les légumes et pas de rémunération pour les producteurs. Nous sommes inquiets », a résumé Marc Kéranguéven, président de la Sica Saint-Pol-de-Léon, lors d’une conférence de presse organisée le lundi 16 mars 2026.
« Les volumes augmentent, mais le chiffre d’affaires recule »
Sur l’exercice 2024-2025 (1), la coopérative affiche un chiffre d’affaires stable à 230 millions d’euros : 188 millions d’euros pour les légumes (-1 %) et 42 millions d’euros pour l’horticulture (+ 3 %). Les 485 exploitations adhérentes ont produit 177 800 tonnes de légumes, une quantité en hausse de 6 % sur un an. « Les volumes augmentent, mais le chiffre d’affaires recule, souligne Marc Kéranguéven. C’est bien le signe d’un problème de valorisation. »
Parmi les produits qui tirent leur épingle du jeu, figure la tomate avec une progression de 14 % du chiffre d’affaires par rapport à l’an passé et des volumes en hausse de 3 %. « La rémunération a été plutôt bonne avec la contractualisation d’une partie des volumes et une gestion fine du marché en ayant de prévisions de récolte au plus juste, précise Thomas Quillivéré, secrétaire général de la coopérative. La consommation était aussi au rendez-vous. » La salade quatrième gamme poursuit son développement (+ 13 % de chiffre d’affaires). Les produits bios retrouvent de la stabilité.
Chou-fleur en crise
En revanche, le chou-fleur, produit emblématique de la Sica s’enfonce dans la crise : des volumes de production en hausse de 11 % mais un chiffre d’affaires qui chute de 31 %. Les prix ne couvrent plus la flambée des charges. L’endive suit une trajectoire similaire : 21 % de plus en tonnage, mais 10 % de chiffre d’affaires en moins.
Autre légume phare de la Sica Saint-Pol-de-Léon, l’artichaut. Sa culture a été impactée par les excès d’eau, le manque de main-d’œuvre et une consommation en baisse. Bilan, la production a reculé et la valorisation aussi, avec une baisse de 15 % du chiffre d’affaires.
Nouvelle saison catastrophique
Et le pire semble à venir. Les premiers chiffres de la nouvelle campagne, de novembre 2025 à mi-février 2026, annoncent une baisse de 22 % du chiffre d’affaires en légumes : -18 % en chou-fleur, -25 % pour l’endive, — 39 % pour la courge, -58 % pour l’échalote.
En chou-fleur, les volumes ont fortement progressé, de 17 %, à cause de l’avance en culture en raison du temps doux. « Tous les bassins de production se sont télescopés : Espagne, Italie mais également Angleterre, Allemagne », précise Marc Kéranguéven.
« Dans la zone légumière, nous avons l’habitude des crises, mais cette fois tous les légumes sont touchés », alerte-t-il. Entre les coûts de production en hausse sur les exploitations et la valorisation insuffisante, les producteurs peinent à s’en sortir. « Il faut que chacun comprenne qu’un légume à un prix », insiste Marc Kéranguéven, appelant à une prise de conscience collective.
(1) de novembre 2024 à octobre 2025