Maintenir un élevage de porcs à l’entrée de la ville de Cholet, dans le Maine-et-Loire, était loin d’être gagné pour Olivier Bouchonneau, exploitant agricole à Saint-Christophe-du-Bois. Face à une urbanisation galopante, l’agriculteur qui emploie trois salariés, a dû réfléchir dès son installation à la façon de sécuriser son activité. « Je cherchais aussi à valoriser mes effluents tout comme à assurer évidemment mon équilibre financier, sans m’amener plus de contraintes sur l’exploitation », se souvient-il. Dans un rayon de quatre kilomètres, neuf autres éleveurs de vaches laitières répartis sur trois Gaec, étudiaient dans le même temps le moyen de se diversifier tout en réduisant leur empreinte carbone. Puis, « on s’est dit, tous ensemble, qu’avec la mise en place du traitement de nos effluents d’élevage par la méthanisation, on allait pouvoir s’offrir des perspectives ».

Passer de la cogénération à l’injection

En 2010, les dix éleveurs ont fait appel à Astrade, un bureau d’études spécialisé en méthanisation et en valorisation du biogaz, et ont créé la société Agribiométhane. « Nous avons d’abord entamé une réflexion sur une unité de méthanisation avec cogénération », se rappelle Olivier Bouchonneau. Mais l’étude de faisabilité a démontré que leur projet était voué à l’échec : « Aucune rentabilité, système trop compliqué… Cependant, Astrade, convaincu par notre approche, nous a alors conseillé de plancher sur l’injection. » Outre le cabinet Astrade, le réseau Cerfrance est rapidement intervenu sur la partie juridique, fiscalité et études économiques de la démarche. « Tout ça s’est joué de concert. GRDF est venu pour regarder la proximité et la capacité du réseau… Il y a eu beaucoup d’études réalisées en amont qui ont conditionné la faisabilité du projet ». Les éleveurs ont aussi été notamment accompagné par l'Ademe.

Apporter à son territoire

Le choix de l’implantation n’a pas été caution à discussion. A cheval sur deux départements, les éleveurs ont sondé la municipalité de Mortagne-sur-Sèvre, en Vendée, qui enregistre 6000 habitants et celle de Cholet, dans le Maine-et-Loire qui en compte quasiment dix fois plus. La première s’est montrée très motivée, tout comme le département. Le conseil général de la Vendée a apporté 25 % des 3,4 millions d’euros investis pour l’unité de méthanisation. Sur le plan de l’acceptabilité locale, les éleveurs se sont fait épauler par un cabinet extérieur. « Nous avons informé les riverains et nous les avons écoutés. Nous avions surtout à cœur de démontrer que notre projet était bien en adéquation avec l’environnement ». Initiée en 2014, l’injection dans le réseau de distribution de GRDF se fait aujourd’hui à hauteur de 110 Nm3/h (65 Nm3/h au départ). L’unité de méthanisation assure désormais 10% de la consommation de gaz de la population de Mortagne-sur-Sèvre, elle alimente également les fours d’une usine de viennoiserie industrielle.

Réaliser des économies d’engrais

L’unité de méthanisation d’Agribiométhane valorise au total 17 000 tonnes d’effluents issus des élevages, et 6 000 à 7 000 tonnes de déchets alimentaires issus des cantines et du secteur agroalimentaire. « Ce qui nous permet de continuer à mettre en avant auprès des riverains les différents rôles de l’agriculture sur le territoire ». Le digestat obtenu est épandu sur les sols des quatre exploitations. « C’est un gain très important. A l’origine, on estimait, pour les quatre exploitations, une économie à hauteur de 70 tonnes. Nous sommes restés sur ce ratio. Personnellement, je mets de l’azote minéral en janvier-février et après j’apporte du digestat en deuxième et troisème apports sur mes blés, sur les maïs, et sur le colza. »

Réduire son impact sur le climat

En 2017, pour pallier la diminution de consommation de gaz l’été et les week-ends, les agriculteurs ont créé la société Agribiométhane Carburant, détenue à 90% par eux et 10% par la société Vendée Energie, afin d’ouvrir une station en bio-GNV. 20 % de la production de leur unité est ainsi désormais dédiés à leur station de biocarburant implantée à Mortagne-Sur-Sèvre. Une cinquantaine de poids lourds et une vingtaine de véhicules légers viennent s’y approvisionner. Face à l’augmentation du coût de l’électricité, les éleveurs se sont dotés de panneaux photovoltaïques installés sur les toits de leur hangar : ils fournissent 25 % des besoins électriques de l’unité de méthanisation.

« La boucle est bouclée. Je considère que je suis en HVE, résume Olivier Bouchonneau. Mes effluents sont valorisés en biogaz, j’utilise mon digestat, toutes mes cultures sont destinées à mes animaux. J’ai dépassé l’équilibre financier, j’emploie trois salariés…Et évidemment, ce n’est pas rien d’être fier de ce que l’on fait pour son territoire quand on est agriculteur. »

« Les voix de la métha, par ceux qui font le biométhane », une série réalisée par la France Agricole Factory et proposée par GRDF.