Du bon, et du moins bon. En 2021, « la France est devenue championne de l’Union européenne sur la consommation de viande de volaille (1,926 million de tonnes), devant l’Allemagne (1,865 milion de tonnes) et l’Espagne (1,581 millions de tonnes) », se réjouit Yann Nédélec, le directeur de l’interprofession des volailles de chair (Anvol), lors d’une conférence de presse organisée le 7 septembre 2022. Mais cette fierté ne masque pas, ni ne compense, les difficultés rencontrées par la filière française, confrontés à répétition à de grands défis sanitaires et économiques.

1. La grippe aviaire a encore frappé

Le dernier épisode « historique » d’influenza aviaire, « aussi violent qu’inattendu », est lourd de conséquences. Entre abattages, vides sanitaires et fragilisation des maillons reproducteurs, « nous estimons que la production française de volailles va baisser de presque 10 % en 2022 », indique Jean-Michel Schaeffer, le président de l’Anvol. Ce repli devrait dépasser les 30 % pour les canards à rôtir, et se limiter à 3 % pour les poulets.

« La France, deuxième pays producteur de volailles de l’Union européenne en 2021, devrait ainsi passer à la quatrième place », précise l'Anvol dans son dossier de presse. « La production repart depuis juin », souligne son président, qui compte sur l’acte citoyen pour soutenir la filière nationale.

Pour éviter qu’un tel scénario ne se reproduise, l’interprofession cherche notamment à améliorer son plan de surveillance et de détection. « Il est compliqué d’empêcher le virus d’entrer dans les bâtiments, mais essayons au moins de l’empêcher de sortir grâce à un suivi hebdomadaire des statuts sanitaires des élevages », suggère Guy-Marie Brochard, représentant de la filière du canard à rôtir.

Le dossier de la vaccination contre la grippe aviaire, en expérimentation à l’échelle européenne, est également sur la table. Mais la perspective d’une mise en marché, et l'estimation de son coût, est encore loin.

2. Les charges explosent

L’Anvol « estime que le coût de production d’un poulet de chair [70 % de la production de volaille française] en sortie élevage a augmenté de 45 à 50 % au second trimestre 2022 par rapport au second trimestre 2020. » La flambée du coût de l’alimentation animale l’explique en grande partie.

Jean-Michel Schaeffer salue « le travail collectif » réalisé autour des indicateurs de coûts de production et « leur prise en compte par les metteurs en marchés ». Les industriels ont fait passer des hausses de tarifs de 30 à 35 % sur la viande de volaille crue depuis deux ans, qui reste malgré tout « la plus accessible ».

Mais le travail n’est pas terminé et la crise énergétique s’en mêle. « Il est important que les hausses de coûts de production soient répercutées jusqu’au dernier maillon » au risque de « mettre à mal » le modèle de contractualisation entre producteurs et transformateurs, relève Gilles Huttepain, de la Fédération des industries avicoles.  

3. Les importations repartent à la hausse

Autre danger pour une filière déjà fragilisée, la recrudescence des importations. « Sur les 5 premiers mois de 2022, 43 % des volailles consommées en France sont importées contre 39 % sur toute l’année 2021. C’est une très mauvaise nouvelle », se désole Gilles Huttepain.  

Le responsable pointe notamment du doigt la hausse des importations ukrainiennes de 122 % sur le premier semestre 2022. Pourtant « solidaire » avec les aviculteurs et industriels ukrainiens, l’interprofession remet en cause l’ouverture des frontières « à un exportateur quasi-unique coté à la bourse de Londres et dont le siège social est à Chypres ».

Qui plus est, la grande taille des élevages ukrainiens et les conditions de vie des animaux interpellent Gilles Huttepain : « Que voulons-nous consommer en France et en Europe ? Et quid de notre souveraineté alimentaire ? »