Les prix des céréales ont chuté encore cette semaine avec la remontée de l’euro face au dollar et le renouvellement du corridor maritime en mer Noire. Néanmoins, les prix du blé remontent modérément depuis le jeudi 17 novembre 2022 après-midi sous l’influence d’achats de blé français par la Chine et de chargements français vers ce pays et le Maroc. Quelques inquiétudes pour la récolte 2023 de blé (sec aux États-Unis et en Afrique du Nord) et le retard de la récolte 2022 de maïs en Ukraine viennent aussi modérer les baisses de prix des céréales. Ces dernières sont plus marquées pour les oléagineux, poussés aussi par la chute du pétrole.

Le renouvellement du corridor est acté

En marge du G20 en Indonésie, le corridor d’exportation des grains au départ de l’Ukraine a été reconduit jeudi 17 novembre 2022, comme l’ont affirmé chacune des parties (Ukraine, Russie, Turquie et Nations Unies). L’accord est de nouveau valable pour quatre mois et le centre de coordination conjoint est maintenu à Istanbul pour l’inspection des navires au départ et à destination de l’Ukraine.

Ce renouvellement permet une poursuite des exportations au départ de l’Ukraine, mais des questions restent en suspens. En effet, ces dernières semaines les Ukrainiens se sont plaints du comportement de la Russie au sein du centre de coordination d'Istanbul, l’accusant de ralentir les inspections des bateaux pour pénaliser les exportations de l’Ukraine. Par ailleurs, la Russie demande que ses exigences concernant la facilitation de ses exports de grains et surtout de fertilisants soient entendues.

Juste après l’annonce du renouvellement, les prix sur Euronext ont perdu environ 4 €/t, avant de se reprendre en fin de journée. L’inquiétude liée au manque de précipitation dans de nombreuses régions du monde a eu raison de la baisse. En effet, les regards sont tournés vers le temps extrêmement sec en Argentine, qui après avoir décimé les rendements du blé d’hiver, pénalise les semis de maïs et de soja.

La situation des blés d’hiver aux États-Unis est également scrutée de près, car après une récolte catastrophique en 2022, en raison du manque de pluie, le déficit hydrique reste inquiétant (notamment dans le Kansas). L’Afrique du Nord est également source d’inquiétude en raison d’un automne très sec, avec des cumuls de précipitations bien inférieurs aux moyennes saisonnières. Or, les pays d’Afrique du Nord sont déjà très dépendants des importations de blé meunier et le souvenir de la catastrophique récolte de 2022 au Maroc a laissé des marques.

La parité euro/dollar joue les trouble-fêtes

Pour la deuxième semaine consécutive, l’euro s’est renforcé face au dollar et il est à son plus haut niveau depuis la mi-août. En conséquence, bien que le prix rendu Rouen ait abandonné 5,5 €/t à 321 €/t cette semaine (en base juillet sur l’échéance janvier), le Fob Rouen en dollar a gagné 3 $/t à 340 $/t. La compétitivité des blés européens est donc affectée sur la scène internationale par ce renchérissement de l’euro. Sur la semaine, les blés russes à 12,5 % de protéine se sont également renchéris de 5,5 $/t à 322,5 $/t, tandis que le blé ukrainien à 11,5 % a gagné 1 $/t seulement à 303 $/t. Au niveau mondial l’offre en blé à plus de 12 % de protéine se réduit, car après les déboires aux États-Unis, c’est la situation australienne qui continue d’inquiéter. Alors que le pays devrait être en train de récolter, des pluies sont de nouveau tombées à la mi-novembre, ralentissant les travaux des champs et surtout menaçant la qualité des céréales. 

Le blé français a été soutenu par un intérêt chinois pour des blés d’origine française à 10,5 % de protéine. La France aurait vendu cette semaine entre deux et quatre Panamax (bateaux de 60 000 tonnes) à la Chine. De plus, des chargements conséquents sont attendus au cours des prochaines semaines vers la Chine (à la suite de la vague d’achat de cet été), le Maroc et l’Afrique de l’Ouest. La demande mondiale est active puisque la semaine a été marquée, entre autres, par un achat de blé de l’Arabie saoudite pour 1 million de tonnes et par un appel d’offres du Pakistan pour 500 000 tonnes. Toutefois, la France ne rivalise pas sur ces derniers marchés face au blé russe, en raison d’un manque de compétitivité et alors que l’essentiel de ces volumes concerne des blés à 12,5 % de protéine.

Tendance baissière confirmée pour l’orge cette semaine

Après une baisse progressive au cours de la semaine dernière, les prix de l’orge fourragère sur le marché français ont enregistré une nouvelle baisse cette semaine. Le prix rendu Rouen du 18 novembre échéance novembre-décembre a ainsi perdu 6 €/t par rapport à la semaine précédente, à 287 €/t (base juillet). Comme pour les autres céréales, la baisse des cours a résulté du renouvellement de l’accord sur le couloir sécurisé en mer Noire. En plus, la poursuite des négociations entre la Russie et l’ONU sur un éventuel accord concernant l’assouplissement des sanctions pour les exportations russes des céréales et des engrais est aussi de nature à rassurer les marchés.

Les origines australiennes et russes ont également évolué à la baisse depuis vendredi 11 novembre 2022 (-3 $/t pour les origines australiennes et -3 $/t pour les origines russes) et sont cotées en prix FOB à 286 $/t et 283 $/t respectivement au 18 novembre. L’écart se maintient ainsi aux alentours de 20 $/t avec les orges tricolores qui, handicapées par la hausse récente de l’euro face au dollar, ont du mal à trouver des acheteurs. La pression baissière sur les prix continue de venir de la Russie dont les orges qui continuent à gagner en compétitivité et s’exportent bien. Après une importante progression des exportations russes sur le mois d’octobre, les exportations du novembre semblent bien parties pour dépasser le niveau de l’an dernier (170 000 de tonnes sont déjà exportées au 11 novembre contre 310 000 de tonnes réalisées en novembre 2021).

Côté affaire, on note un achat de 75 000 tonnes d’orge par la Tunisie le 17 novembre 2022. La baisse s’est également reportée sur le segment brassicole qui a perdu 19 €/t Fob Creil pour les orges de printemps à 343 €/t et 12 €/t à 323 €/t pour les orges d’hiver. La forte détente des prix des céréales sur fond de prolongation du corridor sécurisé constitue le principal élément baissier pour le marché des orges brassicoles et ce, malgré la dégradation des perspectives en Australie (excès de pluie) et en Argentine (excès de sécheresse).

Prix du maïs comprimés par l’euro et le corridor ukrainien

Le maïs Fob Bordeaux a baissé cette semaine, perdant 21,5 €/t, à 308 €/t (base juillet). Le maïs Fob Rhin est de nouveau coté, à 308 €/t (prix traité), en nette baisse (-29 €/t) par rapport à son niveau de fin octobre. Les prix des maïs français ont baissé dès le début de la semaine par anticipation d’un renouvellement attendu du corridor maritime ukrainien. Cette nouvelle a été confirmée depuis avec un renouvellement pour 120 jours supplémentaires. Les prix du maïs ont également baissé sous la pression des fortes disponibilités en blé de la Russie et du renchérissement de l’euro par rapport au dollar. Le renouvellement du corridor a rassuré les opérateurs sur les perspectives d’importation de l’Europe en maïs ukrainiens.

Cependant, une autre question se pose sur la disponibilité des maïs ukrainiens pour la campagne 2022-2023. En effet, l’avancement des récoltes de maïs prend du retard à cause des conditions humides et des difficultés liées à la guerre. La récolte ukrainienne est attendue en baisse par rapport au niveau record de 2021, mais il reste à confirmer dans quelle mesure. En outre, des problèmes de séchage des grains sont à attendre en lien avec des problèmes d’approvisionnements en énergie.

Aux États-Unis, le maïs Fob Gulf est resté ferme, à 321 $/t. Les maïs américains ne sont pas compétitifs face aux autres origines étant donné le manque de disponibilités qui s’annonce chez le premier producteur mondial. Plus globalement, la demande mondiale en maïs est toujours pénalisée par le ralentissement économique et le manque de compétitivité du maïs face aux autres graines. Du côté des importateurs, le Mexique a acheté 1,9 million de tonnes de maïs américain pour les campagnes 2022-2023 et 2023-2024, alors que le pays cherche pourtant à interdire, à terme, les importations de maïs OGM.

Forte baisse des cours du colza

Cette semaine, les cours du colza en France ont fortement régressé, de 43 €/t rendu Rouen et de 46 €/t en Fob Moselle, dans le sillage des huiles et du pétrole.

En effet, le renouvellement du corridor maritime en mer Noire pour 120 jours a rassuré le marché concernant les exportations de colza mais surtout de graines de tournesol depuis l’Ukraine. En conséquence, cela a fortement pesé sur les cours des huiles et du pétrole, d’autant plus que les inquiétudes concernant la demande se sont amplifiées cette semaine en raison de la publication d’une nouvelle prévision de demande par l’OPEP sur 2022 et 2023, de nouveau revue en baisse ce mois. Les craintes de baisse de la demande en pétrole résultent surtout de la recrudescence de cas de Covid-19 en Chine (nombre de cas au plus haut depuis avril) et du maintien d’une politique zéro-Covid qui affecte l’activité économique chinoise. Cette situation accroît les craintes de ralentissement de la consommation chinoise.

Finalement, les cours du colza en France ont diminué à 590 €/t rendu Rouen. Les prix restent de plus sous la pression d’une bonne offre mondiale en oléagineux et notamment d’une récolte australienne imminente qui s’annonce très bonne. Par ailleurs, les cours du colza en France ont également diminué en raison du renforcement de l’euro face au dollar, affectant la compétitivité des graines européennes à l’export.

Chute des prix du tournesol français

Le renouvellement officiel de l’accord sur le corridor maritime sécurisé au départ de l’Ukraine a fortement pesé sur le marché français du tournesol. Les prix sont également sous la pression d’une demande industrielle en berne, pénalisée par les coûts en énergie élevés dans la trituration, et par la forte concurrence de la graine de colza. Le prix de la graine oléique a ainsi chuté de 90 €/t sur la semaine à 630 €/t. La baisse était moins marquée pour le tournesol standard qui cède 30 €/t à 620 €/t. La prime oléique s’est ainsi rétractée à seulement 10 €/t contre en moyenne 80 €/t depuis le début de la campagne. Cela s’explique par les faibles disponibilités en tournesol standard, une grande partie de la production étant déjà contractualisée.

Les cours de l’huile de tournesol ont été moins affectés que la graine par l’officialisation de la prolongation du corridor (-20 $/t à Rotterdam sur la semaine). Le marché de l’huile de tournesol demeure en effet fragile en raison des incertitudes sur l’activité industrielle en Ukraine. Les attaques russes ciblant des infrastructures énergétiques se sont accentuées et les ruptures d’électricité touchent désormais plusieurs régions. Cette situation risque d’affecter la production d’huile de tournesol dans ce pays et de limiter les exportations ukrainiennes.

Les prix du soja s’effondrent

Le déclin du prix de l’huile de soja cette semaine, combiné aux bonnes perspectives pour les conditions météorologiques au Brésil, ont contribué à tirer les prix de la fève vers le bas. Ainsi, le cours à Chicago est tombé de 16 $/t sur le rapproché pour s’afficher à 521 $/t. Le Fob brésilien, a quant à lui, plongé de 57 $/t pour s’afficher à 579 $/t, réduisant son écart avec les autres origines.

D’une part, les replis cette semaine du cours du pétrole et de l’huile de palme ont entraîné à la baisse les cours de l’huile de soja. Par ailleurs, les données de trituration de soja aux États-Unis, publiées par l'Association nationale des transformateurs de graines oléagineuses (NOPA) cette semaine, ont révélé l’accélération de l’activité industrielle en octobre, contribuant à peser sur les cours de l’huile.

En parallèle, la possibilité de voir la production brésilienne atteindre un niveau record sur la campagne 2022-2023 se renforce. Le temps demeure favorable dans le pays et permet une bonne avancée des semis. À noter que les rumeurs d’une possible réintroduction d’un taux de change préférentiel sur le soja s’intensifient en Argentine. De quoi laisser les opérateurs du marché du soja dans l’attentisme. Si la mise en place de cette mesure se confirme, les prix du complexe oléagineux pourraient être entraînés nettement en baisse, car cela libérerait des volumes importants qui sont actuellement stockés chez les agriculteurs.

Par ailleurs, de récentes précipitations ont permis d’améliorer l’humidité superficielle des sols. Cela a donné le coup de départ des semis de soja en Argentine. Au 16 novembre, 12 % de la surface prévue par la Bourse de Buenos Aires était semée. Les réserves hydriques des sols sont extrêmement faibles dans ce pays. Des pluies régulières seront ainsi nécessaires pour un bon développement des cultures au cours des prochains mois.

Le tourteau de soja se replie dans le sillage de la graine

Entraîné par le prix de la graine, le cours du tourteau de soja a aussi perdu de la hauteur. Sur le CBOT (Bourse de Chicago), la cotation a reculé de 13 $/t cette semaine sur le rapproché pour s’établir à 447 $/t. Aux États-Unis, la forte demande en huile pour le secteur du biodiesel booste la trituration et par ricochet provoque l’augmentation de l’offre en tourteau de soja, sans pour autant que ces disponibilités ne trouvent preneur en totalité. Les filières animales souffrent en effet d’une mauvaise conjoncture économique (charges élevées, demande en viandes affectée par l’inflation).

En Argentine, le repli a été plus marqué. Le tourteau de soja Fob perd ainsi 29 $/t à 464 $/t. L’incertitude liée à la possible mise en place du taux de change préférentiel sur le soja rend les opérateurs très prudents, qui ne sont pas très actifs à l’achat.

À Montoir de Bretagne, le cours a dégringolé de 45 €/t pour s’établir à 515 €/t. Le marasme du secteur animal européen pèse sur la demande. L’épidémie de grippe aviaire en France continue de sévir avec plusieurs dizaines de foyers enregistrés ces dernières semaines. Cela reste à surveiller car cette épidémie pourrait fortement affecter la demande du secteur volailles à court terme.

À noter que la Chine doit toujours faire face à de faibles niveaux de stocks en tourteaux de soja mais que la récente résurgence de cas de Covid-19 dans le pays inquiète, car elle pourrait affecter la consommation de viandes et la demande du secteur de l’élevage.

Le prix du pois en France s’est lui plutôt tassé cette semaine, perdant 2 €/t départ Marne à 388 €/t, les acheteurs s’étant détournés de cette matière au profit du tourteau.

À suivre : exigences de la Russie concernant les exports de grains et de fertilisants du pays, conditions climatiques en Argentine et au Brésil (soja, blé et maïs), en Australie (céréales), conditions des céréales à paille pour récolte 2023, situation sanitaire en Chine (Covid-19), prix du pétrole, contexte économique mondial, épidémie de grippe aviaire (Union européenne), évolution du change euro/dollar