"Le monde ne peut pas se permettre de laisser les problèmes mondiaux d'accessibilité aux engrais devenir une pénurie alimentaire mondiale", a estimé l'Organisation des Nations unies (ONU) dans un communiqué de presse diffusé le 11 novembre 2022. Cela faisait suite à une réunion entre la secrétaire générale de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, Rebeca Grynspan, le chef de l'agence humanitaire de l'ONU, Martin Griffiths, et le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergey Vershinin.

Un plan européen pour faire face à la pénurie d'engrais (10/11/2022)

Une contrepartie aux exportations de céréales ukrainiennes

Ces discussions se sont tenues à Genève, à une semaine de l'expiration le 19 novembre de l’accord qui a permis l'exportation de céréales ukrainiennes paralysées par l'invasion russe. Cet accord, Moscou n'a pour l'heure pas accepté de le proroger. "Les participants restent engagés dans la mise en œuvre de cet accord" et ont tenu des "discussions constructives sur sa poursuite", indique un communiqué de l'ONU, publié à l'issue de la réunion.

Le principe des exportations russes d'engrais et de produits alimentaires avait été adopté en même temps que l'accord sur les céréales ukrainiennes. Les sanctions économiques qui frappent la Russie, depuis son invasion de l'Ukraine, épargnent engrais et céréales. Toutefois, la crainte de franchir accidentellement une ligne rouge et de se retrouver du mauvais côté de la loi paralyse les transporteurs et fait exploser les primes d'assurance.

Autant de points d'achoppement que Rebeca Grynspan et Martin Griffiths s'efforcent de lever. Ils ont informé la partie russe "sur les licences générales récemment délivrées, les destinations des expéditions d'engrais vers les pays en développement" et "de l'engagement continu (de l'ONU) avec le secteur privé et les États membres", souligne le communiqué. Ils ont aussi relaté "des initiatives prises pour faciliter le paiement, les assurances ainsi que l'accès aux ports de l'Union européenne des céréales et des engrais", souligne le communiqué.

Un bateau en partance pour le Malawi

L'organisation internationale a réussi à débloquer la situation pour un chargement de 20 000 tonnes qui doit quitter le port néerlandais de Rotterdam dans les jours qui viennent pour le Malawi, sous l'égide du Programme alimentaire mondial (PAM). Ce chargement avait été gelé "parce qu'un individu sanctionné est impliqué dans la société russe qui en est propriétaire", explique le ministère néerlandais des Affaires étrangères dans un communiqué.

La décision de libérer le chargement a été prise "étant entendu que l'ONU veillerait à ce qu'il soit livré à l'endroit convenu (Malawi) et que la société russe et l'individu sanctionné ne gagneront rien à la transaction, explique encore La Haye. En libérant l'engrais sous forme de don à l'ONU, les Pays-Bas contribuent à améliorer la sécurité alimentaire mondiale", assure le gouvernement, réitérant aussi son soutien à l'accord sur les céréales ukrainiennes.

Une initiative française

Parallèlement, la France a annoncé le 11 novembre qu'elle allait aider au financement "à hauteur de 7,5 millions d'euros" de l'acheminement par le Programme alimentaire mondial vers l'Afrique. Cette enveloppe vient en plus d'un appui financier "aux prochaines opérations du PAM de livraison vers l'Afrique des engrais russes présents en Europe", selon un communiqué du quai d'Orsay publié vendredi.

À l’issue d'une réunion entre partenaires publics et privés à l'initiative de la ministre des Affaires étrangères, Catherine Colonna, il a été convenu de tenter de mutualiser la demande d'engrais des partenaires africains, de réduire les prix d'achat et de privilégier l'achat de la production africaine.

À moyen terme, il s'agit de développer un marché euro-africain des engrais "qui donnera la priorité à l'accélération des capacités de production d'engrais durables sur les deux continents", souligne le communiqué. Il s'agit d'établir un dialogue régulier entre les secteurs privés européen et africain et de mobiliser les outils de financement et de garantie européens.