Les cours mondiaux des denrées alimentaires ont atteint des niveaux records depuis l’invasion russe de l’Ukraine, l’un des principaux pays producteurs de blé, de maïs et d’huile de tournesol. Pour la Chine, une baisse des récoltes d’automne obligerait à davantage d’importations, fragilisant encore un peu plus le marché mondial actuel.

 

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« Un impact important » sur les prix mondiaux

La Chine assure plus de 95 % de ses besoins en riz, blé et maïs. Mais en cas de mauvaises récoltes à l’automne, il y aura inévitablement « un impact important » sur les prix mondiaux si Pékin compense un manque sur les marchés étrangers, avertit l’analyste Darin Friedrichs du cabinet Sitonia consulting, spécialisé dans l’agriculture chinoise.

 

La poursuite en Chine des mesures sanitaires anti-Covid-19, qui perturbent les échanges et la logistique, menace des récoltes clés comme le soja et le maïs ces prochains mois. Des experts de l’agroalimentaire redoutent que des importations supplémentaires du géant asiatique, même infimes, tirent encore les prix mondiaux vers le haut, en pleine période d’inflation.

 

« La dernière chose dont le marché a besoin, c’est que la Chine devienne un acheteur plus actif », résume l’analyste Even Pay, du cabinet d’étude Trivium basé en Chine.

L’ombre du Covid

Le mois dernier, les cours mondiaux du blé ont encore augmenté de 5,6 %, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Sur un an, la céréale, dont Russie et Ukraine assuraient 30 % du commerce mondial, a vu son prix augmenter de 56,2 %.

 

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La Chine est la dernière grande économie à appliquer des restrictions anti-Covid draconiennes, dont des confinements plus ou moins étendus géographiquement, afin de protéger les nombreux seniors non vaccinés. Fermement défendue par le président Xi Jinping, cette stratégie sanitaire Zéro Covid complique les échanges inter-provinciaux et locaux, ce qui pénalise l’activité.

 

« Les villages sont très réticents à laisser entrer des personnes extérieures » entravant la « logistique du dernier kilomètre », souligne Even Pay. Et ce, au moment où les coûts de production sont déjà alourdis par l’envolée du prix des engrais sur fond de flambée des cours de l’énergie.

 

Résultat, à environ 3 000 yuans (426 euros) la tonne, le prix du blé en Chine est 25 % plus élevé que l’an dernier, relève Darin Friedrichs.

 

La Chine, gros importateur de produits agricoles

Le mois dernier, le Premier ministre chinois Li Keqiang a prévenu que de bonnes récoltes nécessitaient un accès « sans entrave » de la main-d’œuvre et des machines aux provinces du pays productrices de blé. Jusqu’à présent, cette directive semble avoir été écoutée.

 

La Chine a déjà achevé plus de 80 % de ses récoltes actuelles de blé, selon les médias officiels. En dépit de ce signal rassurant pour l’approvisionnement mondial en blé, « les perturbations liées au Covid n’ont pas disparu ». Ce qui suscite de l’incertitude sur le futur des autres importations agricoles de la Chine (céréales, soja, etc.), prévient Even Pay.

 

La Chine, en déficit de terres cultivables, est le premier importateur mondial de produits agricoles. Une situation qui la rend vulnérable aux tensions géopolitiques. Dans la foulée de l’invasion russe de l’Ukraine, le président Xi Jinping avait ainsi appelé ses compatriotes à « des efforts sans relâche pour assurer la sécurité [dans l’approvisionnement en] céréales ».

 

La Chine a dans son histoire été frappée par des épisodes de famine, notamment à la fin des années 1950 et au début des années 1960, lorsque la collectivisation des terres imposée par le régime communiste a fait des dizaines de millions de morts dans les campagnes.