Lors de leurs vœux à la presse, à Paris le 8 janvier 2026, le président et le secrétaire général de la FNSEA, Arnaud Rousseau et Hervé Lapie, ont multiplié les signaux d’impatience. « L’attente est forte dans les fermes », a martelé Hervé Lapie, ajoutant que les agriculteurs « attendent des actes » et non plus de simples annonces du gouvernement.
Le syndicat dépeint une agriculture française prise dans une « triple crise » : une crise de vision, marquée par l’absence de cap stratégique en France comme en Europe ; une crise économique, avec une perte continue de production et de compétitivité ; et une crise de confiance envers la parole publique. Face à cette situation, la FNSEA a transmis au Premier ministre une liste détaillée de revendications structurées autour de trois axes : l’urgence financière, la simplification administrative et la définition d’une vision à long terme.
Situations d’urgence
Pour la viticulture, le syndicat réclame la mise en œuvre sans délai du plan d’arrachage validé en novembre dernier. « Il faut que ce soit opérationnel maintenant, a insisté Hervé Lapie. On ne peut plus attendre. On est au mois de janvier. La taille de la vigne, c’est demain. » Bien que le financement dépende du projet de loi de finances pour 2026 (dont le vote peut prendre encore plusieurs semaines), la FNSEA demande au gouvernement de donner un signal immédiat. Elle suggère d’ouvrir les dossiers et les guichets dès la semaine prochaine pour permettre aux agriculteurs de prendre leurs décisions d’exploitation sans attendre la validation budgétaire définitive.
La filière céréalière, confrontée depuis trois ans à des prix de vente inférieurs aux coûts de production, attend, quant à elle, un fonds d’allègement des charges et une prise en charge des cotisations sociales. La FNSEA a également demandé à la ministre de l’Agriculture de saisir Bruxelles pour mobiliser la réserve de crise européenne en faveur des céréaliers et des viticulteurs.
Du côté de l'élevage, le syndicat réclame une enveloppe supplémentaire pour la dermatose nodulaire contagieuse. Elle serait destinée à accompagner les éleveurs qui se trouvent dans des zones réglementées et qui subissent un préjudice économique important, car ils ne peuvent plus sortir leurs animaux, notamment pour l’exportation.
Enfin, sur les intrants, la FNSEA exige une baisse effective du prix des engrais dans les exploitations. Elle souligne que de nombreux acteurs ont anticipé la hausse des prix liée à la mise en place du mécanisme carbone aux frontières (MACF), rendant la situation actuelle difficile pour les exploitations.
La directive nitrates dans le viseur
Au-delà de l’urgence financière, c’est sur le terrain administratif que le ton se fait le plus virulent. La FNSEA dénonce une administration qui « marche sur la tête » et réclame un « changement de logiciel ». Elle illustre cette critique par la directive nitrates, dont les programmes d’action actuels (PAN 7 et PAR 7) sont qualifiés d'« anti-agronomiques ».
Selon le syndicat, ces dispositifs imposent des dates fixes d’épandage des engrais sans tenir compte des besoins réels des cultures. Si février se révèle doux et que le colza reprend sa croissance, l’agriculteur ne peut pas le fertiliser, bloqué par un calendrier administratif. La FNSEA dénonce également des incohérences en élevage : les restrictions sur l’épandage d’effluents naturels contraignent, selon elle, les exploitants à acheter des engrais chimiques importés. Les obligations de réaliser des reliquats azotés en novembre après une récolte de betteraves, jugées sans utilité agronomique, illustrent aussi cette logique de contrôle bureaucratique déconnectée du terrain, poursuit le syndicat. Ce dernier demande l’abrogation des programmes actuels pour repartir d’une « feuille blanche ».
L’embouteillage des décrets
La FNSEA fustige par ailleurs les délais de publication des décrets d’application de lois déjà votées par le Parlement. La réforme des retraites agricoles, qui doit désormais se calculer sur les 25 meilleures années, a été validée à l’unanimité par les parlementaires en décembre 2023. Le syndicat assure qu’il a dû exercer une pression « très forte » pour obtenir la publication du décret d’application, finalement publié le 30 décembre 2025, soit la veille de sa mise en application prévue pour le 1er janvier 2026.
Le syndicat interroge également le gouvernement sur plusieurs textes récents : l’arrêté sur la prédation en préparation sortira-t-il en l’état ? L’arrêté pris à la fin de décembre sur le registre phytosanitaire, qualifié de « bombe » par la FNSEA, sera-t-il corrigé ?
Vers une loi d’exception
Le syndicat est aussi dans l’attente d’une réponse concernant sa demande d’une loi d’exception, une idée que le Premier ministre n’a, pour l’heure, pas rejetée. Celle-ci permettrait de débloquer des chantiers comme le stockage de l’eau — une centaine de projets seraient actuellement à l’arrêt — ou la gestion de la prédation. Si le terme de « loi d’exception » est mis en avant parce qu’il permet un encadrement spécifique dans le temps, Arnaud Rousseau précise que cela pourrait aussi prendre la forme d’un texte agricole spécifique ou d’un projet de loi (PJL) plus court. Toutefois, le syndicat reste vigilant sur le calendrier parlementaire, craignant que le texte ne soit repoussé au-delà d’avril ou mai, un délai trop tardif au goût de la FNSEA.