Tandis que les agriculteurs menacent de reprendre leurs mobilisations, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a publié dimanche 4 janvier 2026 une lettre ouverte pour tenter d'apaiser les tensions. À la veille de deux jours de consultations avec les syndicats agricoles, les 5 et 6 janvier, le chef du gouvernement multiplie les promesses, et reconnaît l’exaspération du monde agricole : « Depuis trop longtemps, un sentiment domine dans votre profession : celui d’une injustice profonde, celui d’une iniquité structurelle, celui d’un empilement de règles venues de loin qui, parfois, ont perdu leur bon sens. »

Sébastien Lecornu détaille ensuite la « boussole » du gouvernement : « mettre fin aux deux poids deux mesures », « rétablir la justice économique », « supprimer ou adapter des règles qui pénalisent notre agriculture ». Il rappelle les mesures déjà engagées — simplification des contrôles administratifs, allègement des obligations de la Pac, reconnaissance de la bonne foi des agriculteurs — avant d’annoncer un changement de braquet.

Une phase « plus ferme »

« Nous devons entrer dans une phase plus ferme, plus offensive », écrit le Premier ministre. Parmi les mesures : des arrêtés gouvernementaux seront pris cette semaine pour interdire l’importation de fruits et légumes d’Amérique du Sud contenant des résidus de substances interdites en Europe. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, l’a confirmé dimanche, citant notamment le mancozèbe, le glufosinate, le thiophanate-méthyl et le carbendazime. L’arrêté devra toutefois obtenir l’aval de Bruxelles.

Sébastien Lecornu annonce également que les contrôles aux frontières et sur le territoire seront « massivement renforcés » et appelle l’Union européenne à « amplifier rapidement » ces actions à l’échelle du marché européen.

Sur la question de l’eau, le Premier ministre adopte une ligne largement favorable aux revendications de la FNSEA. Il promet de débloquer les projets de retenues « aujourd’hui bloqués ou ralentis » par des décisions qu’il qualifie d’ « abstraites » et de « positions idéologiques ». Le fonds de soutien aux équipements hydrauliques agricoles, qui accompagne déjà une centaine de projets, verra sa dotation multipliée par trois.

Toujours dans le sens des revendications de la FNSEA, Sébastien Lecornu se dit « pas opposé » à une loi d’exception, « dès lors qu’elle se construit avec toutes les forces présentes au Parlement ». Le syndicat majoritaire la réclame en effet pour permettre à la profession de s’exempter de certains « verrous réglementaires », de « relancer la production » et de « mettre fin aux contrôles absurdes », selon ses termes employés dimanche dans un échange avec la presse.

Le Premier ministre s’engage également à faire pression sur Bruxelles pour neutraliser temporairement les effets du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) sur le prix des engrais, et garantit que « le budget de la Pac ne baissera pas, ni aujourd’hui, ni demain ».

Malgré cette offensive de communication, les syndicats restent sceptiques, et certains prévoient déjà de reprendre les mobilisations. Ils seront reçus à Matignon, les Jeunes Agriculteurs et la Coordination rurale ce lundi 5 janvier, la FNSEA et la Confédération paysanne le 6 janvier. Par ailleurs, le chef du gouvernement présidera une réunion interministérielle sur l’agriculture le 6 janvier 2026.