Le diagnostic est partagé, mais les modalités restent à préciser, alors que « l’agriculture bas-carbone » fait l’objet d’un projet législatif de la Commission européenne attendu à la fin de 2022. La France a fait de la question climatique une priorité de sa présidence de l’Union européenne. Elle veut concilier l’objectif environnemental de séquestration de CO2 (dioxyde de carbone) dans les sols et celui de valorisation économique, avec l’émission de crédits carbone agricoles.

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Deux jours de discussions et de visites sur le terrain

Réunis autour de Julien Denormandie, les représentants des Vingt-Sept vont alterner visites de terrain et discussions. Le ministre français de l’Agriculture a appelé ses homologues à voir le carbone « non comme une obligation, mais comme une opportunité » et un levier pour la transition écologique du monde agricole.

L’agriculture représente environ 10 % des émissions européennes de gaz à effet de serre — 19 % en France, premier producteur agricole de l’Union européenne. Elle-même victime du dérèglement climatique, elle offre aussi des solutions : après les océans, les sols sont les principaux puits de carbone de la planète.

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De multiples solutions

Comment séquestrer le carbone dans les sols agricoles ? Les solutions sont connues : ne pas laisser les sols nus, en développant les prairies ou les cultures dites intermédiaires entre deux récoltes (le couvert végétal retourne au sol sous forme de biomasse), planter des haies autour des champs, utiliser les fumiers issus de l’élevage, éviter les labours qui alimentent l’érosion, diversifier les cultures au profit de légumineuses (pois, lentilles) qui vont enrichir les sols…

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Il reste à s’accorder sur des critères de certification pour aboutir à « un consensus », une « vision partagée » : c’est l’objet de la rencontre de Strasbourg au cours de laquelle Julien Denormandie veut « poursuivre les efforts de structuration du marché des crédits carbone générés par les agriculteurs ».

Un marché en pleine expansion

Le gouvernement français fait deux constats. D’une part, « le marché de la compensation volontaire de carbone est en pleine expansion » et la demande mondiale pourrait être « multipliée par quinze d’ici à 2030 ». D’autre part, la marge de croissance se situe dans le secteur agricole, qui représente aujourd’hui « moins de 0,1 % des crédits carbone mondiaux ».

À Paris, Julien Denormandie a récemment invité secteurs privé comme public à investir dans des crédits carbone générés par des agriculteurs français. Il a plaidé pour « une démarche proactive et pas seulement comptable », alors que la tonne de carbone est aujourd’hui cinq à dix fois plus chère en Europe qu’en Amérique latine ou en Asie.

Obtenir un cadre européen clair et transparent

À Strasbourg, Julien Denormandie a vanté auprès de ses collègues européens le « Label bas-carbone » agricole français ? Ce label s’appuie sur des méthodes différentes (viticulture, élevage, grandes cultures), offre un cadre national et est connecté au marché du carbone agricole.

Démonstration dans une ferme en polycultures-élevage du Bas-Rhin : quatre agriculteurs viennent de réaliser un diagnostic qui va les conduire à des changements de pratiques, comme créer des prairies, allonger la durée de lactation des veaux, etc. Objectif : réduire les émissions de 1 400 tonnes d’équivalent C02, qui pourront in fine rapporter 40 000 euros aux exploitants.

Un « très bon exemple d’agriculture durable », a salué le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, qui a expliqué à la presse s’être rendu compte qu’il pouvait être avantageux pour l’agriculteur, même à l’échelle d’un élevage de 160 vaches, et « pas seulement pour les grandes cultures », de s’engager dans cette transition bas carbone.

Mardi, les discussions se poursuivent à Strasbourg jusqu’à la mi-journée. Plusieurs pays européens ont développé des labels, parfois bien plus tôt que la France comme l’Autriche dès 2007. Mais ces démarches sont le plus souvent limitées au niveau local ou réservé à un seul secteur, comme l’Italie ou l’Espagne pour la forêt.

« L’avantage du “Label bas-carbone” français est qu’il est national, couvre tous les secteurs et est connecté au marché du carbone agricole », souligne-t-on au ministère français de l’Agriculture.

En France, un millier d’agriculteurs sont engagés dans une démarche « bas-carbone » : 168 projets ont été labellisés, pour plus de 406 000 tonnes de carbone économisées. Plus d’une quarantaine de grandes entreprises sont partenaires du label ou vont le rejoindre. Parmi elles, le groupe LVMH ou le Crédit Agricole qui vient de s’engager à acquérir « 25 000 tonnes de carbone issues de la ferme France ».

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AFP