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Grandes cultures : premiers pas dans le label bas carbone

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Empreinte environnementale  - Grandes cultures : premiers pas dans le label bas carbone
Éric Legras, président d’une organisation de producteurs, a décidé de tester le label bas carbone. © T. Legras

Éric et Thibault Legras se sont engagés dans le dispositif national, avec l’objectif de le tester et de faire valoir leurs pratiques, chiffres à l’appui.

Éric Legras, agriculteur à Besny-et-Loizy, dans l’Aisne, produit des grandes cultures et des légumes. Il a décidé, sous l’impulsion de son fils, d’inscrire son exploitation dans le label bas carbone (LBC), ouvert au secteur végétal depuis le 26 août 2021. Pas encore installé sur la ferme, Thibault a été moteur dans la démarche. « Lors de ma formation, j’ai approfondi la thématique du carbone et j’en ai discuté avec mon père », explique-t-il. Pour se lancer, ils se sont tournés vers la start-up Rize (lire l’encadré).

La thématique carbone a été abordée durant la formation de Thibault Legras. © E. Legras

Fertilisation azotée

Un premier bilan réalisé a permis de faire un constat du point de vue de l’empreinte climatique de l’exploitation. « Nous faisons déjà du bon travail, déclare Thibault. Le label bas carbone nous permet d’avoir une reconnaissance et une valorisation des pratiques “éco-logiques” déjà mises en place, ainsi que les modifications que nous pouvons apporter. »

Réduction du travail du sol, mise en place de couverts d’interculture – mélange de phacélie et de moutarde –, implantation et maintien de haies… De nombreux leviers ayant un impact positif sur les émissions de gaz à effet de serre et sur le stockage de carbone dans les sols sont déjà mises en place. « Le GPS, c’est un gain d’efficacité de 10 à 15 % sur les passages dans les champs, ce qui permet de diminuer la consommation de carburant. Nous en sommes équipés depuis de nombreuses années », complète Éric.

« Nous faisons déjà du bon travail, le label bas carbone permet de le valoriser et d’avoir des données tangibles. »

Le volet fertilisation azotée, qui est le poste d’émission de gaz à effet de serre le plus important, est également pris en compte. Cela passe, par exemple, par l’optimisation du dernier apport, l’enfouissement, ou encore par la modulation intraparcellaire. Le diagnostic précis sera effectué très prochainement. Porte d’entrée dans le label bas carbone, il viendra affiner la première estimation réalisée via l’outil d’initiation de Rize. Pour Éric et Thibault, l’intérêt du processus est également de disposer de données tangibles, basées sur une méthode cadrée reconnue. « Le LBC permet de valoriser les résultats, et pas uniquement la mise en œuvre », souligne Thibault.

Les deux hommes ont décidé de mettre le pied à l’étrier rapidement après le lancement du LBC. Ils expliquent ce choix par un besoin de ne pas subir la demande des industriels, et répondre à l’évolution des filières. L’exploitation est, notamment, en lien avec Bonduelle et McCain, entreprises qui intègrent des objectifs bas carbone dans leurs démarches RSE (responsabilité sociétale des entreprises). Éric Legras, également président de l’Organisation de producteurs de légumes verts (OPLVert), complète : « Je souhaite éviter d’engager les producteurs dans quelque chose que je ne connais pas. » Une des raisons qui l’a aussi poussé à se tourner vers la haute valeur environnementale (HVE).

Couverts de meilleure qualité

Du point de vue économique, les exploitants ne s’attendent pas à une révolution. En considérant le prix moyen actuel du crédit carbone sur le marché, qui est de 30 à 50 euros, Thibault espère que les financements obtenus permettront, au minimum, d’augmenter la performance agronomique des couverts implantés. Éric insiste, par ailleurs, sur le fait que « l’objectif premier de l’agriculture est de nourrir, tout en rémunérant les agriculteurs à leur juste prix. Si nous avons à capter plus de carbone pour le bien de la planète, cela doit être également rémunéré.  » Le but de l’opération est de voir de quelle manière il est possible de progresser sur le plan climatique, tout en maintenant la productivité et la compétitivité économique des exploitations.

Hélène Parisot

Le contexte

• Exploitation familiale de 290 ha en polyculture à Besny-et-Loizy (Aisne).

• Grandes cultures et légumes d’industrie (blé, pommes de terre, betteraves, orge de printemps, petits pois, haricots verts).

• En lien avec Bonduelle et McCain.

• Certification HVE (troisième niveau de la certification environnementale).

Une centaine d’agriculteurs accompagnés par Rize

La start-up Rize, créée en septembre 2020, a pour objectif de simplifier aux agriculteurs l’accès à la finance carbone. « Nous avons été les premiers à déposer, courant septembre, un projet label bas carbone auprès du ministère de la Transition écologique », indique Étienne Variot, PDG de Rize. En attente de reconnaissance administrative, la démarche fédère une centaine de producteurs de grandes cultures, engagés « en direct », comme Éric et Thibault Legras, ou par le biais d’une structure intermédiaire (coopérative, négoce, association…). Sur l’aspect financement, « on progresse assez vite, et les acteurs sont identifiés », déclare-t-il. La quantification précise des crédits carbone en jeu, via les diagnostics chez les agriculteurs, est en cours.

Le récap
Les points positifs
  • Reconnaissance des pratiques mises en œuvre.

  • Données chiffrées.

  • Test du schéma de labellisation.

Les points négatifs
  • Prix des crédits carbone (marché de gré à gré) peu élevé.

  • Démarches administratives.

Des actions valorisées par la démarche

Malgré une rotation intégrant des cultures industrielles (ici des haricots), le travail du sol est réduit au minimum. © T. Legras
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Cet article est paru dans La France Agricole

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