L’association Pluriagri (1) s’est interrogée sur « l’articulation entre les enjeux environnementaux et la sécurité alimentaire dans une perspective globale de développement durable », lors d’un débat d’experts le 20 octobre 2021, où plusieurs pistes ont été proposées.

Créer un « choc d’investissement »

« Les initiatives de la stratégie “De la ferme à la fourchette” viennent se surajouter à la Pac », et il y a fort à parier que ses exigences soient prises en compte dans la Pac post-2027, analyse Yves Madre, directeur de Farm Europe. Ce think-tank ne cache pas ses inquiétudes sur les impacts des stratégies de Bruxelles sur l’agriculture européenne : « décroissance de la production agricole, réduction des exportations, hausse des prix à la consommation », et tout cela, pour de maigres gains environnementaux, estime Yves Madre.

Selon lui, pour que la pilule passe mieux auprès des producteurs, il faudrait éviter d’attaquer le sujet sous l’angle des restrictions contraignantes, ce qui est « contre-productif ». Au contraire, « il faut d’abord investir, en créant un choc d’investissement et un choc d’innovation, et de là découleront les bénéfices environnementaux », insiste Yves Madre, en annonçant que Farm Europe dévoilerait prochainement ses recommandations.

Motiver les acteurs avec un chemin réaliste

C’est aussi une approche par la motivation et l’accompagnement financier que défend Arnaud Rousseau, président de la Fop et d’Avril. Réduire la voilure est toujours compliqué à comprendre pour un producteur, estime-t-il, en insistant sur la « supportabilité » du virage demandé.

« Les entreprises auront la volonté de s’engager si les objectifs sont atteignables, réalistes, et dans un pas de temps acceptable », rappelle-t-il. D’où un horizon de 2030 peu crédible. « Il faut prendre en considération la demande des acteurs, pas que des citoyens », souligne-t-il.

Embarquer toute la filière alimentaire

Pour Isabelle Garzon, du cercle de réflexion « Europe Jacques Delors », l’agriculture est bel et bien engagée dans une « transformation profonde » : « La question n’est pas si on s’engage, mais comment on va y arriver », lance-t-elle, en présentant les conclusions d’une étude sur le verdissement des politiques alimentaires de l’Union européenne. Le cap d’une nouvelle politique alimentaire européenne est fixé, qui embarque tous les acteurs — agriculteurs, transformateurs, distributeurs et consommateurs.

Et la Pac devra intégrer la stratégie « De la ferme à la fourchette », estime-t-elle. Le succès dépendra aussi des politiques commerciales adéquates qui évitent les distorsions de concurrence. Quant à la mise en musique, « dans le séquençage, la lisibilité, on peut faire mieux pour tracer une trajectoire pour aider les acteurs de la production », concède-t-elle.

Pour l’expert de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), Ludovic Larbodière, l’environnement aura une valeur dans l’économie de demain. En prendre soin donnera à l’Europe un « coup d’avance », estime-t-il, la qualifiant même de « d’opportunité. »

Sophie Bergot

(1) L’association Pluriagri rassemble des entreprises et organisations du secteur des céréales (Unigrains), des oléoprotéagineux (Sofiprotéol, Terres Univia) et de la betterave à sucre (CGB, Association de recherche technique betteravière), ainsi que le Crédit Agricole.