Comment accélérer la transition vers un système alimentaire plus sain et plus durable ? Un rapport de France Stratégie, institution de conseil placée auprès du Premier ministre mais autonome, rendu le mercredi 22 septembre 2021 à l’Assemblée nationale livre ses recommandations. Remis par Gilles de Margerie, commissaire général de France Stratégie, à la demande du président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand, ce rapport dresse d’abord un diagnostic avant de faire ses propositions.

« Face à ce sujet énorme, protéiforme, nous avons pris parti de ne traiter que la situation française dans une perspective européenne, précise Gilles de Margerie. » Et pour cela, l’un des enjeux majeurs de la France pour accéder à une alimentation à la fois saine et durable est de rapprocher les objectifs de santé avec les objectifs environnementaux, économiques et sociaux.

Trop de viande et d’intrants chimiques

À travers les 370 pages du rapport, France Stratégie liste les défis alimentaires mondiaux auxquelles le pays est confronté : qualité nutritionnelle, comptabilité des modèles avec l’urgence climatique, nécessité d’une transition alimentaire vers la végétalisation.

Sur le volet agricole, les auteurs analysent notamment la question des impacts environnementaux que l’agriculture française génère. Dans la ligne de mire, les gaz à effet de serre (GES), les pollutions diffuses des milieux par des intrants chimiques (engrais ou pesticides), l’altération de la qualité des sols, ou l’érosion de la biodiversité.

Le rapport rappelle également que « l’alimentation est à l’origine de plus de 25 % des émissions de GES mondiaux, une tendance appelée à s’accentuer sous l’effet de la croissance démographique et de la consommation de viande ». Pour y faire face, la France doit ainsi engager « une transition alimentaire vers la végétalisation », en remplaçant la viande par des protéines végétales. Une évolution qui doit être favorisée par des dispositifs de soutien spécifiques.

Au total, « quelles que soient les approches développées, celles-ci convergent pour affirmer que la soutenabilité du système alimentaire français à longue échéance impliquera de réorienter l’agriculture vers des modes de production agroécologiques, nécessitant moins d’intrants et moins d’eau. »

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Agriculteurs et autonomie alimentaire en difficulté

Autre « gros enjeu » constaté par le rapport, celui du déclin du secteur agricole. Julien Fosse, directeur adjoint du département du développement durable et du numérique de France Stratégie, souligne que les agriculteurs représentent moins de 2 % de la population active française. Conséquence de la faiblesse des revenus, du manque d’attractivité de ces métiers, des conditions de travail et du vieillissement des actifs agricoles.

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Dans ce contexte économique jugé « préoccupant » pour la production agricole, France Stratégie pointe également la dégradation de l’autonomie alimentaire nationale et les baisses de performance à l’exportation. S’appuyant sur l’examen de la balance commerciale agroalimentaire, le rapport relève que « hors excédents liés aux vins et céréales, la France connaît désormais un déficit de sa balance et importe environ 20 % de son alimentation ».

Un constat qui révèle « le manque de compétitivité de pans entiers de l’agriculture française, ainsi que l’absence d’autonomie de certaines de nos filières. […] La croissance des importations reflète aussi la diminution de production pour des produits et des filières stratégiques indispensables à la promotion de régimes alimentaires équilibrés et sains (poissons, fruits et légumes, etc.), parfois elle-même liée à la pression concurrentielle.

En conséquence, le rapport préconise que la France accélère « sa transition vers l’agroécologie pour réduire les pressions exercées par l’agriculture sur l’environnement tout en lui permettant de reconquérir son autonomie alimentaire ».

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Des politiques alimentaires insuffisantes

En résumé, si « la France a franchi des étapes », rassure Gilles de Margerie, elle doit s’inscrire dans une stratégie de transition alimentaire à long terme. Les politiques nationales de nutrition et d’alimentation actuelles « n’apportant que des réponses partielles et restant trop sectorielles ».

Alors comment améliorer la situation ? interroge Julien Fosse. « L’article 265 de la loi Climat et résilience peut en être la base. Et pour que cette stratégie soit efficace, elle doit être coconstruite au sein d’instances ouvertes publiques et indépendantes. « Nous ne préconisons pas de fusion de nos instances, mais davantage de convergences et de coordination », insiste Gilles de Margerie.

D’autant que la France et l’Europe ont « des instruments pour y parvenir ». Il s’agit notamment des programmes nationaux nutrition santé (PNNS) et des programmes nationaux pour l’alimentation (PNA). Mais également les politiques connexes qui structurent le système alimentaire telles que la politique agricole commune (Pac) et donc la loi Climat et résilience. « Il y a une volonté de transformer les politiques de l’alimentation », conclut Julien Fosse.

Et Gilles de Margerie d’ajouter : « On fait peser sur l’alimentation un nombre d’attentes qui est considérable, ce qui est un très grand défi. Il n’y a pas beaucoup de désaccords sur les objectifs visés, peut-être sur les manières d’y parvenir. En revanche, on tâtonne et on évalue tellement peu qu’on n’est pas capable de dire de manière argumentée et factuelle ce qui marche ou ne marche pas. Le défi qui arrive, c’est d’être bien au clair sur qui fait quoi, comment on le fait et que fait-on si ça ne va pas. »

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Oriane Dieulot