« L’érosion du solde commercial des secteurs agricole et agroalimentaire constatée ces dix dernières années [11,9 milliards d’euros en 2011-2012 à 5,5 milliards en 2017] traduit une perte de notre compétitivité à l’exportation comme sur notre marché domestique », observe FranceAgriMer dans un rapport diffusé le 25 juin 2021.

En cause, la croissance des exportations, plus faible que celle des importations. « Corrigées de l’inflation, les exportations françaises ont même stagné entre 2011 et 2017 », constate FranceAgriMer. Ce phénomène concerne davantage le marché européen : les exportations y augmentent de 11 % en 15 ans, contre 70 % vers les pays tiers. La balance commerciale avec le reste de l’Union européenne est devenue négative en 2015 et ne cesse de baisser depuis.

Les fruits et légumes et la viande en mauvaise posture

« L’érosion du solde commercial est particulièrement préoccupante pour les fruits et légumes mais se dégrade aussi fortement pour les viandes, les produits de la pêche et de l’aquaculture ou les produits d’épicerie », analyse FranceAgriMer. La perte de marché observée dans ces secteurs, ainsi que dans le secteur des céréales, se chiffre à 25 % sur 10 ans à l’exportation.

« Cette érosion des parts de marché à l’exportation est très spécifique à la France, le reste de l’Union européenne ne connaissant pas de baisses de même ampleur », commente FranceAgriMer.

Concernant le marché national, la France est « structurellement très dépendante des importations (plus de 30 %) pour la viande ovine, les fruits tropicaux et agrumes et, désormais également, les fruits frais tempérés, le blé dur, le riz et le soja (et dérivés) ».

Perte de marché : quelles explications ?

La baisse de compétitivité des produits français est le premier facteur explicatif du recul des parts de marché sur les marchés de l’Union européenne et des pays tiers, selon des travaux de l’Inrae, cités dans le rapport. (1)

Concernant la « compétitivité prix » de l’amont, le rapport identifie plusieurs facteurs majeurs qui participent au repli des parts de marché :

  • Le coût des consommations intermédiaires tels que les engrais, les produits phytosanitaires et l’énergie, qui « contribue de manière déterminante à la moindre compétitivité des exploitations françaises par rapport à leurs concurrentes étrangères »,
  • La dépendance de l’élevage aux aliments importés,
  • Les politiques environnementales : la France est l’un des pays européens où les exigences ont le plus augmenté et sont « particulièrement élevées », bien que leur impact quantitatif sur la compétitivité soit peu étudié.
  • Le coût de la main-d’œuvre pour certains secteurs,
  • Les distorsions de concurrence du fait de la réglementation française.

Concernant la « compétitivité hors prix » du secteur agricole, qui fait intervenir d’autres leviers que le prix, le rapport relève trois facteurs qui participent à sa baisse :

  • Une adéquation réduite entre l’offre française et la demande locale,
  • La mise en place de signes d’identification de la qualité et de l’origine (SIQO) qui permet d’exporter à des prix plus élevés mais qui reste « moins performante en France que chez certains pays concurrents »,
  • Des lacunes dans la formation professionnelle,
  • Une faiblesse des investissements en innovation,
  • Une faiblesse de l’organisation collective intrafilière.

Raphaëlle Borget