À un peu plus d’un mois de la fin des négociations commerciales pour 2022, les relations entre les différents acteurs de la chaîne agroalimentaire semblent plus que tendues. C’est dans cette ambiance que le député Grégory Besson-Moreau a réuni un représentant de chaque maillon des filières agricoles pour un débat à Troyes, le 21 janvier 2022 :

  • La production avec Christiane Lambert, présidente de la FNSEA ;
  • La transformation avec Emmanuel Besnier, PDG du groupe Lactalis ;
  • La distribution avec Dominique Schelcher, président du groupe Système U.

Le député qui a porté la loi Egalim 2, avait aussi convié Julien Denormandie, le ministre de l’Agriculture, lui faisant endosser le rôle de « l’arbitre ». Tous les quatre étaient invités à débattre de l’avenir de l’agriculture française.

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Davantage de dialogue entre les maillons

Sur la question de la rémunération des agriculteurs, tous semblent sur la même longueur d’onde : la souveraineté alimentaire française passe obligatoirement par une meilleure rémunération. Mais en guise d’introduction, Christiane Lambert a appelé à davantage de dialogue entre les acteurs.

« Il faut qu’entre acteurs nous nous parlions davantage, a déclaré la présidente de la FNSEA. […] Pourquoi ? Parce que l’État ne peut pas tout encadrer et réguler. Mais quand les règles ne sont pas respectées il est normal que l’État intervienne. »

Rester compétitif

Pour Emmanuel Besnier, président-directeur général du groupe Lactalis, la priorité est de maintenir la compétitivité, notamment pour la filière laitière : « La loi Egalim a été une réponse sur le revenu des agriculteurs, mais n’a pas d’effet sur la partie compétitivité. » Selon lui, les filières françaises pourront être compétitives seulement si une réglementation harmonisée est mise en place au sein de l’Union européenne.

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« Il ne faut pas avoir peur d’un agrandissement et d’une évolution des tailles des élevages laitiers qui permettront une meilleure productivité, a-t-il ajouté. Et qui permettront aussi de supporter beaucoup mieux les investissements pour la compétitivité, mais aussi les investissements importants pour la transition écologique actuelle. »

Un point de vue avec lequel le ministre de l’Agriculture n’est pas en phase. Julien Denormandie estime que « le sens de l’histoire c’est cette consolidation » (NDLR : l’agrandissement des structures pour les rendre plus compétitives), mais que « cela n’arrivera pas car ce n’est pas la volonté des consommateurs ».

Julien Denormandie juge que sur la compétitivité coût, les exploitations françaises seront toujours moins disantes et que « notre marque de fabrique doit être la compétitivité hors coût », à savoir la qualité française.

Emmanuel Besnier poursuit en relevant que le fait que la filière laitière française soit présente sur l’ensemble des marchés (le cœur de gamme qui représente 80 % des volumes, le haut de gamme 3-4 % et les AOP de terroir 8 %) est un atout qu’il faut conserver. Ces marchés sont complémentaires, selon lui.

Faire passer le message du vrai prix de l’alimentation

« La grande distribution, nous sommes une partie du problème actuellement sur la question du revenu, estime Dominique Schelcher, président de Système U. Mais sur la question de l’image de l’alimentation, de son vrai prix, là-dessus on a une part de responsabilité, on a aussi une part de la solution. » L’arrivée du mot « consommacteur » dans le Larousse cette année n’est pas un hasard, relève-t-il.

Selon lui, la transition écologique concerne tous les acteurs de la chaîne agroalimentaire. Et le prochain défi majeur sera de définir comment les surcoûts engendrés par cette transition peuvent être répartis entre tous les acteurs.

« Nous sommes à un moment charnière », estime-t-il et en même temps il faut prendre en compte le pouvoir d’achat alors que « 40 % des Français sont à l’euro près à la fin du mois en ce moment ».

Éviter la délocalisation de toutes les productions

Le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, a eu le mot de la fin : il faut que chacun garde à l’esprit que si le maillon en amont flanche, c’est toute la chaîne agroalimentaire qui s’effondre et c’est la « délocalisation de tout ».

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Marie Salset