Un arrêté fixant les mesures de prévention, de surveillance et de lutte contre la rhinotrachéite infectieuse bovine (IBR) a été publié le 14 novembre 2021 au Journal officiel. Il « met en cohérence les prescriptions nationales avec le droit européen faisant suite à la reconnaissance par la Commission européenne du programme français d’éradication de la maladie », annonce le ministère de l’Agriculture.

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Une éradication de la maladie fixée à l’horizon de 2027

« L’approbation officielle du programme national de lutte contre l’IBR par la Commission européenne, avant l’entrée en vigueur de la loi sur la santé animale (LSA), faisait partie des enjeux forts pour la France, explique David Ngwa-Mbot, vétérinaire conseil chez GDS France. Elle permet en effet d’éviter un surcoût de l’ordre de 100 millions d’euros sur une année. »

Les élevages qualifiés indemnes depuis plus de trois ans sont désormais susceptibles, selon leur taille, de profiter de conditions allégées. En revanche, la réglementation se corse pour les troupeaux non indemnes, soit 7 % en France. Ces derniers ont six ans, suivant l’entrée en application de la LSA, pour se mettre à niveau et atteindre le statut indemne.

« Au-delà de ce délai, si la France ne compte pas 99,8 % de troupeaux indemnes sur son territoire, elle pourrait perdre les garanties additionnelles obtenues pour les échanges d’animaux et ne pas bénéficier d’allégements encore plus conséquents », prévient David Ngwa-Mbot.

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Une prophylaxie allégée pour les troupeaux indemnes

Dans le cas des troupeaux « indemnes d’IBR », soit 93 % des troupeaux en France, les dépistages annuels sont mis en œuvre :

  • Soit par contrôle par analyses sérologiques sur mélange de sérums et pratiqué sur des prélèvements englobant la totalité des bovins âgés de 24 mois ou plus ;
  • Soit par contrôle par analyse sérologique sur le lait de mélange produit par le troupeau contrôlé. « Sur ce point, la fréquence d’analyse du lait de tank passe de deux à six fois par an, soit un surcoût total de 32 € à raison de 8 € par dépistage », estime David Ngwa-Mbot.

« La reconnaissance du programme français de lutte autorise les dépistages annuels sur mélanges de sérum, explique le vétérinaire de GDS France. La possibilité de s’affranchir du dépistage individuel conduit à des économies significatives dans les élevages de taille importante. »

Les troupeaux qualifiés indemnes depuis au moins trois ans successifs (environ 70 %) peuvent quant à eux bénéficier d’allégements de surveillance. Cela concerne aussi bien les élevages allaitants, avec 40 bovins prélevés sur les troupeaux comptant plus de 40 bovins de 24 mois et plus, que laitiers, avec une analyse sur lait de tank par an.

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Incitations à la réforme pour les troupeaux non indemnes

Pour les troupeaux non qualifiés au regard de l’IBR, l’ensemble des bovins âgés de 12 mois et plus doivent dorénavant être soumis à un dépistage sérologique sur sérum individuel. « Les troupeaux non indemnes détenant moins de 10 % de bovins infectés vaccinés auront l’obligation de réformer ces animaux sur la campagne », rapporte David Ngwa-Mbot.

S’agissant des mesures de lutte dans un troupeau nouvellement infecté :

  • Si la part de bovins âgés de douze mois et plus « infectés d’IBR » est inférieure ou égale à 10 %, alors tous les bovins « infectés d’IBR » doivent quitter l’élevage par transport direct sans rupture de charge à l’abattoir dans un délai d’un mois au maximum. « En deuxième option, les bovins “infectés d’IBR” peuvent être introduits dans un troupeau d’engraissement dérogataire en bâtiment spécifique à condition d’avoir fait l’objet d’une vaccination conformément à l’article 20 et d’être conduit à destination par transport sécurisé », relève le vétérinaire ;
  • Si la part de bovins âgés de douze mois et plus « infectés d’IBR » est supérieure à 10 %, alors les bovins « infectés d’IBR » peuvent être conservés dans le troupeau à condition d’avoir été soumis à une primo-vaccination contre l’IBR réalisée par le vétérinaire sanitaire dans un délai d’un mois au maximum ;
  • Si la part de bovins âgés de douze mois et plus « infectés d’IBR » est strictement supérieure à 30 %, la vaccination de tous les bovins âgés de trois mois et plus peut être mise en œuvre, à la suite d’une analyse de risque réalisée par le GDS en lien avec le vétérinaire sanitaire de l’élevage.

Contenir la maladie lors des déplacements d’animaux à risque

Les bovins qualifiés « non indemnes » ou « suspects d’IBR » sont aussi « soumis avant leur départ à une quarantaine d’au moins 21 jours avant la sortie du troupeau d’origine et à un dépistage sérologique de l’IBR sur sérum individuel dans les 15 jours précédant la sortie du troupeau et au moins 21 jours après le début de la quarantaine », indique l’arrêté.

Cette mesure ne concerne ni les broutards, ni les veaux laitiers. Ces derniers peuvent en effet déroger à cette mesure sous réserve d’apposer sur l’attestation sanitaire à délivrance anticipée (ASDA) des bovins une étiquette « non dépisté IBR », précise GDS France.

Comme autre grande nouveauté, les élevages foyers ou suspectés d’être infectés n’ont plus la possibilité d’envoyer des animaux vers une autre exploitation d’élevage. « Lorsqu’ils viennent d’un élevage non conforme, les bovins ne peuvent être destinés qu’à l’abattoir par transport direct », fait savoir David Ngwa-Mbot.

Des mesures renforcées de façon progressive

Dans certains départements, les campagnes de prophylaxie ont déjà débuté alors que les nouvelles modalités ministérielles contre l’IBR viennent tout juste de tomber. « C’est pourquoi les règles mises à jour ne pourront pas être appliquées d’emblée par tous », note David Ngwa-Mbot, qui évoque un déploiement progressif sur le territoire jusqu’à la prochaine campagne.

« Les dispositifs de surveillance et de lutte s’appliquant aux troupeaux non indemnes seront renforcés de façon progressive dans les six années à venir, l’objectif étant d’aller chercher les derniers animaux positifs sans pénaliser un nombre d’éleveurs trop important », reprend le référent de GDS France.

Lucie Pouchard