« 64 millions d’euros (1), c’est l’estimation du surcoût annuel de la mise en œuvre de la fin de l’élimination des poussins mâles. Pour un élevage de 20 000 poules pondeuses en plein air, [cela représente] entre 20 000 et 80 000 euros selon les méthodes choisies », chiffre la CFA, association spécialisée de la FNSEA, après que Julien Denormandie a annoncé le 19 juillet 2021 la mise en place de cette réglementation en 2022.

La hausse des coûts de production, « déjà mis à rude épreuve depuis plusieurs mois », induite par cette mesure, inquiète naturellement les éleveurs, comme en témoigne la Confédération de l’aviculture (CFA) dans un communiqué diffusé le 19 juillet 2021. Tout comme l’association syndicale, l’interprofession de l’œuf (CNPO) appelle à un effort des consommateurs.

Trois centimes supplémentaires pour une boîte de six œufs

Les deux organisations souhaitent la mise en place d’une cotisation assumée par le consommateur, les marges des différents maillons de la filière étant trop faibles pour supporter les surcoûts générés, explique le CNPO dans un communiqué.

« Nous demandons que l’ensemble des surcoûts soit pris en charge par le consommateur, via un dispositif gravé dans le marbre, sur du très long terme. La mise en place d’une cotisation interprofessionnelle nous paraît être l’outil adéquat », précise Jean-Michel Schaeffer, président de la CFA. « La filière estime ce surcoût à un minimum de trois centimes d’euros par boîte de six œufs », précise l’interprofession.

Cette dernière ajoute qu’en plus des 64 millions de frais à supporter par les éleveurs, la mise en place de technologies de pointe représente un investissement de 15 millions d’euros pour les couvoirs.

« Le calendrier est quand même serré »

« Les couvoirs vont devoir investir pour accueillir les machines et adapter leur fonctionnement. Ils ont tous fait faire des devis, demandés les permis de construire quand nécessaire, les travaux vont débuter cet été », assure Philippe Juven, président du CNPO et vice-président de la CFA en charge du dossier œufs, interrogé par l’AFP.

Il juge toutefois que « le calendrier est quand même serré ». Selon lui, « au moins deux couvoirs [sur cinq] auront les capacités de tout ovosexer au premier trimestre 2022 ». […] Les petits couvoirs seront peut-être prêts plutôt en fin d’année, » alors que certains ont commencé à adopter les technologies de sexage dans l’œuf pour une partie de leur production.

À lire aussi : Sexage in ovo, Les technologies se multiplient (08/03/2021)

Des risques pour l’organisation de l’accouvage

La CFA se dit volontaire pour mettre fin à cette pratique, mais milite pour une mise en place « progressive et sécurisée afin d’éviter la délocalisation et la concentration de l’accouvage ».

« La transformation des élevages est clairement à l’œuvre, [mais] doit se faire en cohérence avec le marché et dans un objectif constant et non négociable de protéger la souveraineté alimentaire de notre pays » ajoute Philippe Juven.

La CNPO se félicite par ailleurs « de l’engagement du ministre pour promouvoir les méthodes alternatives à l’élimination des poussins mâles à l’ensemble des pays de l’Union européenne » afin d’éviter des distorsions de concurrence.

Raphaëlle Borget avec l’AFP

(1) « Estimation réalisée en janvier 2021 sur la base de plusieurs hypothèses et des méthodes alternatives existantes. […] Ce chiffrage correspond au coût de l’arrêt total de l’élimination des poussins mâles en France », précise la CFA.