Dès 2022, « la France sera le premier pays au monde, avec l’Allemagne, à mettre fin à l’élimination des poussins mâles », annonce Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture. À l’occasion d’un séminaire vendredi 16 juillet 2021, « le comité de filière franco-allemand a renouvelé sa volonté cojointe d’entériner la fin de cette pratique dans toute l’Union européenne pour éviter toute distorsion de concurrence au sein du marché unique », renseigne son cabinet lors d’un point de presse ce lundi 19 juillet 2021.

En France, le Conseil d’État sera saisi à la fin de l’été d’un projet de décret précisant les nouvelles obligations permettant de mettre fin à l’élimination d’environ 50 millions de poussins mâles chaque année. « Au 1er janvier 2022, les cinq couvoirs concernés devront s’être équipés ou, du moins, avoir commandé les machines de “sexage in ovo”. Toutes les machines devront être installées et fonctionner dans tous les couvoirs dans le courant de l’année », indique le ministère.

Une enveloppe de dix millions d’euros dédiée

Pour accompagner les acteurs de la filière dans cette transition, le gouvernement allouera dix millions d’euros sous forme de subventions, dans le cadre du plan France Relance. « Ce montant d’aides fait partie des fonds consacrés à l’accompagnement de projets collectifs de structuration des filières agricoles et agroalimentaires », ajoute le ministère.

Alors que l’installation de ces machines de “sexage in ovo” représente un investissement de « plusieurs millions d’euros », la juste répartition des coûts tout au long de la chaîne constitue un enjeu majeur. « Il s’agit en effet de répartir la charge que représentent ces surcoûts mais aussi de donner de la visibilité aux couvoirs afin qu’ils bénéficient du temps nécessaire pour amortir leurs investissements », soutient le ministère.

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Pour la mise en œuvre d’alternatives durables à la fin de l’élimination des poussins mâles, deux pistes de réflexion ont été évoquées au sein de la filière : « l’instauration de modalités de contractualisation, y compris avec la grande distribution, ou alors la mise en place d’un fonds interprofessionnel ». En parallèle, les professionnels planchent, à plus long terme, sur le positionnement de l’élevage de coquelets au sein de la filière française de volailles de chair.

Des investissements à répercuter sur toute la chaîne

Selon le cabinet de Julien Denormandie, « la proposition de loi visant à protéger la rémunération des agriculteurs devrait permettre, d’une part, une meilleure prise en compte des coûts de production en amont de la filière et d’autre part, une non-négociabilité de la matière première agricole le long de la chaîne alimentaire ». In fine, « l’investissement et la mise en service des machines de “sexage in ovo” devraient représenter une hausse à l’achat de un à quatre centimes pour une boîte standard de six œufs ».

En outre, « chaque entreprise sera libre de choisir la technique d’ovosexage qu’elle souhaite mettre en place », ajoute le ministère.

Plusieurs pays prêts à emboîter le pas selon le ministère

Ce lundi 19 juillet 2021 au Conseil des ministres de l’agriculture à Bruxelles, le ministre français, Julien Denormandie, et son homologue allemande défendent le dossier, espérant étendre cette interdiction à l’ensemble de l’Union européenne.

Le Luxembourg, le Portugal, l’Espagne, l’Autriche et l’Irlande se sont d’ores et déjà associés à la démarche franco-allemande de mettre un terme au broyage et au gazage des poussins mâles au sein du marché unique. « Le Danemark, la Finlande et Chypre apporteront leur soutien à l’oral en séance à Bruxelles aujourd’hui », complète le cabinet de Julien Denormandie.

Lucie Pouchard