À l’occasion d’une conférence de presse organisée le 23 juin 2022, à la veille de son assemblée générale, les dirigeants de la Cooperl, la première coopérative porcine de France ont dressé un tableau sombre de la situation porcine avec des éleveurs qui subissent la flambée des matières premières et disposent d’un prix du porc insuffisant pour couvrir leur coût de revient.

Baisse d’au moins 10 % de la production en France

« S’il n’y a pas une détente importante du prix des matières premières, que je ne vois pas venir dans le contexte international actuel, et une reprise très forte et rapide du cours du porc pour le porter au-delà de 2 €/kg, nous allons inévitablement vers une baisse de la production d’au moins 10 % de la production en France, soit 2 à 3 millions de porcs en moins », a expliqué Emmanuel Commault, directeur de la Cooperl, s’appuyant sur les chiffres de l’interprofession. Avec pour conséquence une surcapacité d’abattage et de transformation.

100 000 € de pertes

L’urgence, c’est donc la montée du prix du porc. « Même s’il est élevé, le prix reste très insuffisant par rapport aux besoins des producteurs pour faire face à leur coût de revient », souligne le directeur. Les pertes sont très importantes dans les élevages de la coopérative depuis un an.

Pour un élevage de 250 truies naisseur engraisseur, le cumul sur 12 mois s’élève en moyenne à plus de 100 000 € (juin 2021 à mai 2022). « Avec un prix d’aliment à 390 €/t et un porc à 1,70 €/kg, seulement 10 % des éleveurs sont à l’équilibre et donc 90 % des autres perdent de l’argent, détail Emmanuel Commault. Certains, souvent les jeunes, qui ont investi récemment auraient besoin d’un porc à 2 €/kg pour commencer à dégager des flux de trésorerie. »

Inquiétudes pour la rentrée

« Heureusement qu’il y a eu les aides de l’Etat, cela nous permet de tamponner jusqu’à la récolte », fait remarquer Patrice Drillet, président de la Cooperl. Mais quid de la rentrée ?

Avec l’inflation, les taux bancaires remontent. En septembre, les éleveurs seront à court de trésorerie. Ils vont avoir besoin de se refinancer.

« Nous sommes très inquiets pour la rentrée avec un prix qui saisonnièrement baisse liée à une suroffre. Comment les banques vont arbitrer entre les élevages qui passeront la crise ou pas ? interroge Emmanuel Commault. La coopérative n’a pas les moyens d’investir dans les élevages, les capitaux sont beaucoup trop importants. »

Accompagnement technique

Même si la coopérative n’a pas mis en place de mesures de soutien, elle accompagne ses producteurs. « Nous travaillons sur le moyen et long terme. Nous apportons de la compétitivité grâce à la génétique, de la qualité d’aliment. Nous accompagnons les éleveurs sur le plan technique et sanitaire pour être plus performants », a détaillé Patrice Drillet. « Nous faisons en sorte qu’un porc standard moyen chez Cooperl soit mieux payé qu’un porc moyen standard de nos concurrents », résume-t-il.

Dans ce contexte perturbé, en 2021, la coopérative qui compte 2 950 producteurs et produit 5,6 millions de porcs par an, a réalisé un chiffre d’affaires de 2.45 milliards d’euros. Le résultat est en retrait à 19 millions d’euros contre 49 millions en 2020.

Isabelle Lejas