Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail Commenter

La guerre du camembert repart de plus belle

réservé aux abonnés

AOP - La guerre du camembert repart de plus belle
Le projet d’AOP élargie devait permettre d’intégrer environ 2 000 producteurs au total (contre 500 actuellement) et de mettre fin à la guerre du camembert. © Alexis Dufumier

L’association de défense du Camembert de Normandie a demandé le 4 mars, l’application « immédiate » de l’interdiction de la mention « fabriqué en Normandie ».

La trêve n’aura été que de courte durée. Après des centaines d’heures de travail collectif autour de la définition du cahier des charges d’une « grande AOP » (appellation d’origine protégée) censée mettre un terme à près de trente ans de conflit entre le « Camembert de Normandie » et le « Camembert fabriqué en Normandie », ce projet a été définitivement balayé le 3 mars dernier.

À lire aussi : Non au camembert pasteurisé (11/03/2019)

Les parties prenantes, réunies au cours d’une assemblée générale extraordinaire de l’organisme de défense et de gestion (ODG) de l’AOP Camembert au siège régional de l’Inao, ont voté à 53 % le refus du nouveau cahier des charges et 97 % des professionnels ont fait valoir leur souhait d’abandonner purement et simplement le projet de grande AOP. Ce vote « en deuxième instance » vient confirmer celui du 29 janvier 2020.

Lait cru contre lait pasteurisé

« Par ce projet, nous avions pourtant trouvé une solution pour exprimer le terroir malgré la pasteurisation par le retour des fondamentaux du camembert mi-lactique mi-présure qui avaient été abandonnés de longue date et c’est de cela que les fabricants n’ont probablement pas voulu… », laisse entendre Patrick Mercier, président de l’ODG, qui renvoie ainsi la faute de ce naufrage sur les industriels.

De son côté, le Conseil national des AOP (Cnaol) était également opposé à cette réforme. Michel Lactoste, éleveur et président du syndicat, dénonçait alors « une dérive » sur le plan des technologies fromagères visant à standardiser le lait.

Le battage médiatique autour de la problématique du lait cru aura également fortement pollué toutes les discussions durant ces deux années de débat. Quel accueil le consommateur aurait-il réservé à cette nouvelle AOP largement incendiée par les leaders d’opinion ?

Prochaine étape au tribunal

Pour le président de l’ODG, l’échec de ce projet doit aussi sonner le glas des camemberts « fabriqués en Normandie ». « L’application de la réglementation européenne sur la protection des appellations d’origine doit être immédiate. […] L’AOP Camembert de Normandie est protégée, notamment contre toute usurpation de notoriété, d’évocation de celle-ci quant à l’origine. »

Dès le lendemain de l’assemblée générale, Patrick Mercier a demandé à l’Administration et aux distributeurs de faire leur travail pour « veiller au retrait de toute référence à la Normandie sur tous les fromages de type Camembert ». Il n’aura pas fallu plus d’une journée pour que la hache de guerre soit déterrée. Cette fois-ci, le conflit ne trouvera vraisemblablement son issue que par la voie judiciaire et c’est Bruxelles qui pourrait en être l’arbitre.

Alexis Dufumier

Une grande AOP, pour quoi faire ?

Le projet de grande AOP devait permettre de réunir les volumes de l’AOP actuelle (5 500 tonnes par an) et l’essentiel des camemberts fabriqués en Normandie, y compris ceux au lait pasteurisé (60 000 tonnes par an). Cela aurait ainsi mis fin à la guerre des appellations qui dure depuis 25 ans.

La grande AOP aurait recruté jusqu’à 1 500 producteurs supplémentaires, contre 500 aujourd’hui, avec un cahier des charges contraignant en matière de maintien des herbages et d’effectif de race normande. Elle se serait hissée au rang de deuxième AOP française derrière le Comté.

Imprimer Envoyer par mail Commenter
Commenter cet article 0 commentaires
En direct
Afficher toutes les actualités


Transmission & Patrimoine : tous les conseils pour passer le relais !