Drôle d’anniversaire ! Juste un an après la mise en place des dispositions sur les ZNT riverains, le « plan pollinisateurs » refait surface. Annoncé en août, en même temps que la dérogation sur les néonicotinoïdes, il s’agit notamment de réviser l’arrêté « abeilles » de 2003.

« On est très remonté sur ce projet qui ressemble à un passage en force sans concertation, informe Christian Durlin, vice-président de la commission de l’environnement de la FNSEA. Ca va mettre le feu dans les campagnes ! »

Garder une vision globale

« Nous avons demandé régulièrement d’avoir des précisions, qu’on n’a jamais eues, ajoute-t-il. Nous avons même apporté une contribution en donnant aux deux ministères notre vision d’un plan pollinisateurs, qui ne concerne pas exclusivement les produits phytosanitaires. »

Pour le syndicat, il faut en effet aborder les questions sanitaires, mais aussi les problèmes de bols alimentaires. « Avec une succession d’années climatiques difficiles, il existe une disette alimentaire et les abeilles n’ont pas suffisamment, en deuxième partie de saison, pour terminer le remplissage des ruches pour l’hiver. D’ailleurs, à ce sujet nous avons des choses intéressantes à proposer », juge Christian Durlin.

Pour la FNSEA, demeure la question des bonnes pratiques agricoles et apicoles, et notamment l’accompagnement des agriculteurs dans une meilleure connaissance du fonctionnement des pollinisateurs. « Évidemment, on n’écarte pas le point qui concerne les produits phytosanitaires pour voir comment améliorer les choses ! », ajoute-t-il.

Projet en consultation publique pour la fin de l’année

« Mais il n’y a eu qu’un premier échange le 4 décembre 2020, suivi d’un autre le 15 pour donner les orientations de ce plan, informe Christian Durlin. En fin de compte, il repose presque exclusivement sur la déclinaison de l’avis de l’Anses (1). Ce qui ne nous convient pas du tout. »

La réunion du groupe « pollinisateurs » doit avoir lieu le vendredi 18 décembre 2020 pour un projet de mise en consultation publique à la fin de l’année. « C’est vraiment n’importe quoi en termes de calendrier ! estime Christian Durlin. De plus, le ministère de l’Environnement ne voit que par cet arrêté abeilles et la partie phytosanitaire et nous dit : “On parlera du reste au début de l’année prochaine.” Mais selon nous, si on veut s’occuper des abeilles, il faut s’occuper de l’ensemble. Nous n’accepterons pas ne de rentrer que par la fenêtre réglementaire des produits phytosanitaires. »

Le projet de texte reprendrait ainsi de façon très proche les conclusions du rapport de l’Anses. « Nous pensons qu’il s’agit d’un avis parapluie qui fonctionne plus par la précaution que par l’analyse scientifique, complète Christian Durlin. Il faudra absolument affiner la partie scientifique pour mesurer quels sont les risques. » Ainsi, l’Anses préconise de réévaluer tous les produits employés à la floraison (fongicides et herbicides), et de se baser sur des tests qui ne sont pas encore validés au niveau européen.

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Vers des usages retirés et des filières orphelines

La FNSEA prévient : « Comme on va durcir l’agrément de ces produits, les firmes phytosanitaires ne vont pas rebalayer l’ensemble de tous les usages pourvus pour des questions de lourdeurs administratives et de coûts. Il y aura donc un nombre important d’usages supprimés au moment de la floraison, et des filières vont se retrouver orphelines. Cela aura des conséquences sur le plan protéines, car dans l’œil du cyclone se retrouvent toutes les cultures oléoprotéagineuses. A l’heure où on préconise leur développement, nous ne voyons pas comment cela est compatible ! »

Enfin, il reste la question de traiter trois heures après le coucher du soleil. « C’est vraiment ne jamais avoir mis les pieds dans une exploitation que de proposer un tel schéma. Même s’il propose de rallonger d’une ou deux heures sous forme de dérogation, c’est beaucoup plus complexe que ça avec des situations dangereuses, des questions liés au travail de nuit du personnel, aux nuisances sonores et de durée de traitement. Traiter un hectare de verger prend plus de deux heures, alors dix hectares ! », appuie le vice-président de la commission environnementale de la FNSEA.

Céline Fricotté

(1) Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.