L’Australie a annoncé ce mercredi 16 décembre 2020 qu’elle allait demander à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) d’enquêter sur la légalité de la hausse des droits de douane chinois sur l’orge australien, au risque d’aggraver les tensions entre les deux pays.

Canberra met en garde Pékin

Les droits de douane punitifs de 80 % imposés par Pékin en mai dernier sur l’orge australienne « manquent de fondement » et « ne reposent sur aucun fait ou preuve », a dénoncé le ministre australien du Commerce, Simon Birmingham, justifiant ainsi la décision de se tourner vers l’OMC. Il avertit en outre que Canberra pourrait faire de même concernant les autres produits ciblés par la Chine.

« L’Australie a un dossier très solide »

Les relations entre le Chine et l’Australie traversent leur crise la plus grave depuis la répression des manifestations de Tiananmen en 1989. Et Pékin a multiplié les mesures de rétorsion sur les exportations australiennes.

« Nous sommes convaincus que l’Australie a un dossier très solide, du fait des preuves, données et analyses que nous avons accumulées », a poursuivi le ministre Simon Birmingham. Les exportations australiennes d’orge vers la Chine ont pesé jusqu’à un milliard de dollars. Cette céréale est pour l’essentiel utilisée par Pékin pour la fabrication de la bière.

Une taxe « antidumping » déjà imposée par la Chine

Accusant l’orge australien d’être subventionné par le gouvernement, la Chine avait annoncé une taxe « antidumping » de 73,6 % et un droit « antisubvention » de 6,9 % sur les importations de cette céréale, et ce pour une durée de cinq ans.

Certains experts pensent que la Chine réfléchissait depuis 2018 à limiter ses importations d’orge australienne car elle s’inquiétait de sa dépendance excessive envers la production étrangère dans ce domaine. La Chine ne produit que 20 % de l’orge qu’elle consomme.

Un embargo sur le charbon ?

Mais beaucoup ont vu dans ces droits de douane punitifs une mesure politique de Pékin, compte tenu de la détérioration de sa relation avec l’Australie et des prises de position de Canberra contre l’influence grandissante de Pékin en Asie-Pacifique, et ses ingérences présumées dans les affaires australiennes.

Outre l’orge, pas moins de 12 produits ou secteurs australiens sont ciblés par Pékin, parmi lesquels le bœuf, le charbon, le cuivre, le coton, les homards, le sucre, le bois, le vin ou encore le tourisme.

Le mardi 15 décembre 2020, le Premier ministre Scott Morrison a indiqué que le gouvernement chinois n’avait pas encore confirmé des informations des médias d’État chinois selon lesquelles le charbon australien serait soumis à un embargo non officiel de Pékin.

Le Global Times avait rapporté dimanche 13 décembre 2020 que les centrales électriques chinoises étaient incitées à acheter du charbon chinois, ou à s’approvisionner ailleurs qu’en Australie. « Si tel était le cas, ce serait manifestement une violation des règles de l’OMC et de notre propre accord de libre-échange », avait dit Scott Morrison.

Une première pour Canberra

La saisine de l’OMC sur l’orge serait une première pour l’Australie, qui avait déjà menacé de porter ces différends avec Pékin devant l’organisation multilatérale, sans toutefois s’y résoudre, de crainte qu’une telle procédure ne prenne des années, et surtout qu’elle n’envenime encore la situation.

Les relations diplomatiques se sont dégradées depuis que Canberra a réclamé il y a quelques mois une enquête internationale sur l’origine du nouveau coronavirus, repéré pour la première fois dans la ville chinoise de Wuhan (centre). La Chine considère cette demande comme hostile et politiquement motivée.

Les tensions avec la Chine ont amené certains à poser la question de la pertinence du modèle économique qui a contribué à l’essor australien de ces dernières décennies, et qui a largement reposé sur la fourniture à la Chine des matières premières qui ont alimenté son extraordinaire décollage.

Avec l’AFP