Après une enquête sur les importations de céréales en provenance de l’Australie, Pékin a jugé que les subventions et le dumping pratiqués par Canberra « ont considérablement endommagé l’industrie nationale », a indiqué le ministère chinois du Commerce ce 18 mai 2020.

Une taxe et des droits de douane

Une taxe « antidumping » de 73,6 % et un droit « anti-subvention » de 6,9 % sur les importations d’orge australienne entreront en vigueur ce mardi 19 mai 2020 pour une durée de cinq ans, a précisé le ministère dans un communiqué.

Pékin avait déjà suspendu mardi les importations de bœuf australien dans un contexte de différend diplomatique avec Canberra, qui réclame l’ouverture d’une enquête sur la façon dont Pékin a géré la crise du nouveau coronavirus.

Après le bœuf, les céréales

Le ministère chinois des Affaires étrangères a assuré que la suspension des importations de bœuf n’était « pas liée » à la demande d’enquête de Canberra, affirmant que « ce sont deux choses complètement différentes ».

Mais l’ambassadeur de Chine à Canberra, Cheng Jingye, avait averti à la fin d’avril que la demande d’enquête australienne sur le Covid-19 était « dangereuse » et pourrait entraîner un boycott de la part des consommateurs chinois.

En guise de représailles

« La population chinoise est mécontente, consternée et déçue par ce que fait actuellement l’Australie », avait alors déclaré Cheng Jingye au quotidien économique Australian Financial Review.

La Chine est le principal partenaire commercial de l’Australie. Mais les deux pays sont à couteaux tirés depuis l’exclusion faite au géant chinois des télécoms Huawei de construire le réseau 5G en Australie, sur fond de soupçons d’espionnage.

Canberra ne riposte pas

L’Australie, « déçue » par la décision de la Chine de prélever des droits de douane punitifs sur son orge, a déclaré ce mardi 19 mai 2020 envisager de porter ce différend devant l’Organisation mondiale du commerce dans un contexte de tensions entre les deux pays.

L’administration australienne a minimisé les risques d’une guerre commerciale, Canberra affirmant ne pas vouloir répliquer par une réponse de type « un prêté pour un rendu » avec la Chine, son principal partenaire commercial.

Le ministre australien déçu

« Dire que je suis déçu est un euphémisme, a déclaré mardi le ministre de l’Agriculture, David Littleproud. Nous rejetons catégoriquement le postulat que l’orge cultivée en Australie est subventionnée de quelque manière que ce soit. »

« Nous allons désormais travailler avec les autorités chinoises, calmement et méthodiquement, et nous nous réservons le droit d’aller devant l’Organisation mondiale du commerce pour qu’un arbitre indépendant tranche cette question », a poursuivi David Littleproud.

« Pas une guerre commerciale »

La Chine achète plus de la moitié des exportations d’orge australienne : 2,5 millions de tonnes l’an dernier, loin devant le Japon (800 000 tonnes). David Littleproud a cependant nié tout lien entre ces tensions et ces nouveaux tarifs, affirmant que ce n’est « pas une guerre commerciale ».

« Nous continuons à faire ouvertement du commerce avec un certain nombre d’autres produits de base, non seulement dans l’agriculture, mais aussi dans les minéraux et les services. Cela ne changera pas », a-t-il soutenu.

Le ministre australien du Commerce, Simon Birmingham, a assuré qu’il n’y aurait pas de mesures de représailles. « Nous ne menons pas des politiques commerciales sur la base du principe “un prêté pour un rendu”. Nous continuerons à fonctionner comme nous l’avons toujours fait. »

AFP